samedi 1 novembre 2014

TABLEAU D’EXCELLENCE : Gunter PAULI, LE HERAUT DE L'ECONOMIE BLEUE.





J’ai ouvert ce tableau d'excellence  avec Elisabeth HOLMES, cette jeune californienne qui a commencé à révolutionner la pratique médicale aux Etats Unis en s’attaquant avec succès aux analyses de sang qu'elle rend plus accessibles et nettement moins coûteuses.
Je veux y inscrire cette fois  Gunter PAULI.  Cet homme qui,  loin des discours écologistes habituels incantatoires, a   décidé, lui, d'agir pour  abolir le   gaspillage et la pollution en prônant  le développement durable  et créer en dix ans 100 millions d’emploi, grâce à 100 innovations.*
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Sa prise de conscience  du gaspillage,  il l’a  acquise quelques années après avoir construite en 1990 une usine entièrement recyclable pour son entreprise belge  de détergents biodégradables ECOVER.  Il découvre  que  son savon biodégradable était produit à base  d’huile de palme  qui détruisait la forêt de Bornéo et menaçait les tribus présentes vivant de chasse et de cueillette. Il abandonne l'économie verte qui   n’est pas durable et est coûteuse pour se consacrer à l'économie bleue. Il vend son entreprise et se consacre alors à la recherche.  Il crée l’Institut ZERI, Zero Emission Research Institute, qui depuis 20 ans maintenant, grâce à un réseau de 3000 chercheurs et entrepreneurs de par le monde, inventorie toutes les innovations concrètes qui marchent. Celles-ci permettent de produire ce dont l'homme a besoin en utilisant ce dont nous disposons, tout comme fonctionnent les systèmes naturels. Ces chercheurs et entrepreneurs pratiquent  la "pollinisation croisée" entre leurs découvertes et leurs pratiques sur le terrain.    

L'économie bleue, c'est l’abolition du gaspillage des ressources naturelles. Nous produisons des déchets que personne ne veut alors que dans la nature les déchets n’existent pas. Elle répond aux besoins  de l'homme et pour cela elle s'appuie sur les ressources locales, les lois de la physique plutôt que celles de la chimie et  elle crée des systèmes vertueux où une activité rentable en finance une autre qui l'est moins, mais répond toujours à un besoin vital.  Elle privilégie l'augmentation du pouvoir d'achat à celle du salaire ainsi que la vie en communauté.  
 Elle s’inspire du vivant ( le biomimétisme)  par exemple utiliser la soie pour réparer des nerfs ou des os. Ou encore se servir de l’électricité du corps pour alimenter un pacemaker.
Un principe de base : produire mieux ne doit jamais coûter plus cher. C’est pourquoi  PAULI  est tout à fait opposé aux subventions et diverses  écotaxes.

Je citerai quelque unes de ces innovations :
 Fabriquer du papier sans besoin d’eau ni de bois, mais avec de la poussière de pierre, de la craie  et du plastique recyclé.
Récupérer du marc de café, excellent compost,  dans les grands restaurants pour  construire des champignonnières en périphérie des villes et  dont les déchets servent à nourrir le bétail qui produira du biogaz.
Capturer  le CO2 avec de la spiruline, micro algue cultivée maintenant dans beaucoup de pays à travers le monde, puis   produire  des  phosphodiesters   pour la cosmétique et du biodiesel.
Remplacer l’acier (on en utilise 100 000 tonnes par an) par   la soie pour fabriquer des rasoirs jetables qui permettrait de ne jamais blesser la peau. Un hectare de mûriers produit 2 tonnes de soie qui ont l’avantage de se développer sur des sols arides. Il en faudrait 250 000 hectares, ce qui permettrait de créer plus de 12 000 emplois. 

Gunter  PAULI écrit aussi des livres et des contes pour enfants. Ceux-ci  leur inculquent principes de l'économie bleue  qu'ils adopteront plus facilement. La Chine en a assure la distribution gratuite dans ses écoles. Ils sont traduits dans de nombreuses langues et certaines font l'objet de danses et de chansons.**    

ENSEIGNEMENTS 

- Il faut du temps pour passer du scepticisme à  l’opposition  puis  à  l’ adoption, comme cela a été le cas avec l’abolition de l’esclavage.  Mais le temps aujourd’hui, comme dans d’autres domaines, s’accélère et l'avènement de l'économie bleue pourrait survenir assez rapidement.

On assiste peut être au même phénomène que celui  de l’avènement de l’abolition de l’exploitation des animaux   prôné Mathieu RICARD*** et par d’autres végétariens célèbres.

La révolution provoquée par  l’émergence de l’économie bleue sera peut être aussi importante que la révolution du numérique.

L’abolition du gaspillage  peut être très rentable. C'est l'aspect le plus révolutionnaire de l'économie bleue.  Elle offre d’innombrables possibilités d’innovation, de  création d’entreprises petites et moyennes et de très nombreuses créations d’emploi. Ces dernières venant  remplacer les emplois de demain détruits notamment par l’avènement de la robotique. 

- Une grande espérance se lève dans la crise systémique profonde que nous traversons !


* «  L’économie bleue : 10 ans, 100 innovations, 100 millions d’emploi » aux éditions Caillade.

**« Les fables de Gunter, pour ne jamais cesser de rêver » aux éditions Bluekids

***«  Plaidoyer pour les animaux » aux éditions Dallery

samedi 18 octobre 2014

L'acceptation du risque : Impressions de Londres


J’avais intitulé  mon article à mon retour de San Francisco : « Pour l’amour du risque », faisant ainsi allusion à une célèbre série télévisée américaine.
A mon retour de Londres, je préfère l’intituler simplement :  L’acceptation du risque, notamment pour les français qui y travaillent. Ils seraient actuellement 400 000. Les offres d’emploi y sont nombreuses et c’est pour cela que les français et d’autres ressortissants de pays étrangers s’y ruent. Cependant le risque qu’ils courent est de se retrouver sans emploi. En effet les indemnisations en cas de chômage sont très faibles quel que soit le montant du salaire perçu : 400 livres sterling par mois, soit environ 500 € (très  proche du RSA) et seulement sur une durée maximale de 6 mois. Etant donné le coût de la vie à Londres, il est indispensable de retrouver très vite un job, même si celui-ci ne correspond pas forcément à vos souhaits et le salaire à vos prétentions. Les français que j’ai rencontrés m’ont paru heureux et n’envisageaient pas de rentrer à la maison. Ils étaient optimistes. Il est vrai qu’ils étaient souvent jeunes et beaucoup d’entre eux  diplômés.

Le hasard a voulu que je sois arrivé  le lendemain de la visite de notre premier ministre venu déclarer sa profession de foi « pro business » dixit, dans la capitale de la Finance Internationale. Il souhaitait rassurer les chefs   d’ entreprise  britannique et les inviter à venir investir en France. Surréaliste, quand on se souvient  des diatribes de son Président contre son ennemi juré,  la Finance, et de celles, non moins virulentes, de son ancien collègue du gouvernement Montebourg contre les Patrons, notamment étrangers !  La Presse anglaise n’a pas manqué le lendemain d’ironiser sur la taxe à 75%, marque indélébile de ce gouvernement  et   de comparer non sans un certain plaisir : le taux d’augmentation prévue du PIB en 2014 : 0,4% pour la France et 3,2% pour la Grande Bretagne.
                         :   le taux de  chômage dans les deux pays :  10, 3 % dans le nôtre   contre 6,7 % pour le leur. Notre premier ministre a expliqué devant les journalistes que notre pays avait fait le choix d’un chômage  très important et très bien rémunéré. Notre pays, en fait nos dirigeants politiques successifs et nos syndicats.
Dans le  même temps la Presse  s’indignait de l’état déplorable du système de santé britannique à court de financement, le NHS, National Health Service  tandis que des infirmières en grève manifestaient devant BIG BEN.  La suppression d’au moins  500 000 fonctionnaires ces dernières années s’est fait sentir dans  le fonctionnement des services publics. Ce n’est pas l’austérité à la française!  Les listes d’attente  dans les hôpitaux  sont longues et  il faut être patient pour avoir un rendez - vous chez son médecin  . Là où il y avait parfois  5 médecins généralistes, il n’en reste plus qu’un.  Quand on est anglais on peut facilement s’expatrier et gagner plus d’argent que dans le Service National.

Les magasins sont ouverts le dimanche. Tout en déambulant – les magasins, même si on  n’ y entre pas pour faire des achats, nous exposent leurs devantures et animent la ville- j’ai repensé au sketch de Fernand RAYNAUD :  « Sunday Close »,  se moquant  de l’atonie de la vie dominicale d’alors où tous les commerces étaient fermés. Les temps ont décidément bien changé ! 
Je n’ai pas pu éviter de rencontrer des français ,alors que je voulais surtout améliorer ma pratique de la langue anglaise qui en a bien besoin, qui étaient  très   nombreux , surtout  concurrencés en nombre  par des italiens. C’est dans les transports en commun, les bus, que j’ai pu échanger dans la langue de Shakespeare avec d’autres passagers de différentes nationalités.

Les musées sont tous gratuits et il n’y a pas de queues interminables pour y accéder. Les taxis sont certes d’un confort sommaire, mais par contre  ils sont aisément accessibles. Un pass vous permet de prendre le bus, le métro et même la navette sur la Tamise.   Une légère appréhension nous saisit quand, nous devons  nous  restaurer en Angleterre. Les temps là aussi ont changé, la nourriture comme dans toutes les grandes métropoles s’est aujourd’hui  standardisée. Dans les restaurants nous retrouvons les mêmes plats qu’en France. Exception faite des célèbres Fish and Chips qui méritent d’être découverts. Les pubs  londoniens valent le détour. Le vendredi soir, ils débordent sur les trottoirs où la chope de bière à la main, les employés de la City, de Covent Garden et d’autres quartiers d’affaires de Londres  fêtent le début du  week- end. Ils évacuent ainsi leur stress disent-ils.
Le flegme britannique n’est pas une légende. Je l’ai rencontré alors qu’il pleuvait averse sur Saint James Park et que des messieurs habillés comme des lords stoïquement marchaient dans la rue et que les horse guards  immobiles sur leurs montures ne se laissaient pas un instant distraire par les facéties des touristes faisant des  selfies et ne modifiaient pas leur position d’un millimètre. La vie culturelle est intense et foisonnante. Les londoniens sont  fous de théâtre. Dans son livre JONSHON’LIFE OF LONDON* du maire actuel de La capitale, Boris Johnson, que je vous conseille de lire, il révèle  qu’ à l’époque de Shakespeare, sur une population de 200 000 habitants, le tiers de la population adulte assistait chaque mois à une pièce de théâtre.

Il n’est pas très agréable  de se retrouver souvent  à Trafalgar Square, centre névralgique de la ville  et   d’ emprunter  le  Waterloo Bridge après être passé près de la Waterloo Station . Pourquoi pas une Azincourt Street  ou un Fachoda Park, mais peut être existent-ils ?  Il n’est pas non plus très plaisant de voir et entendre les français tourner en ridicule par des comédiens sur la scène d’un théâtre londonien  se moquant de  la pièce « Les Misérables » (qui tient l’affiche à Broadway depuis  de très nombreuses années) sur l’air de « C’est magnifique ! ». Mais certainement que la grande majorité des français touristes ou résidents ignorent Trafalgar, Waterloo ou Azincourt comme ils n’ont jamais entendu parler de Fernand Raynaud.  Cette franche rivalité entre nous et les anglais remonte très loin dans le temps.  Boris Johnson, toujours dans son livre  sur Londres,  raconte que Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, sacré roi d’Angleterre en 1066 ne parlait pas l’anglais et que le français fut imposé et utilisé par les classes dirigeantes pendant au moins trois siècles. On utilisait alors le mot anglais pour parler d’un animal à la ferme dont s'occupaient les paysans  et le mot français pour cet animal  cuisiné pour les classes dirigeantes ; ainsi pour la vache,  cow et beef  ou pour le porc   pig et  pork.            

A la télévision, indispensable à regarder si on veut apprendre la langue du pays, - je conseille de faire apparaître au bas de l’écran en appuyant sur le bouton « subtitles » les paroles écrites  en anglais destinées aux malentendants et qui nous aident à  nous jouer des accents et des prononciations - les principales informations en boucle concernaient l’épidémie Ebola et surtout la victoire électorale dans la circonscription de Clacton, station balnéaire située à une centaine de kilomètres à l‘est de Londres,,  du Front National anglais, l’ UKIP, United Kingdom  Independance  Party. Lequel combat deux adversaires, l’Europe (et à travers elle la mondialisation) et l’Immigration.  De  nombreux reportages également sur le Congrès du  Parti Liberal - démocrate, notre UDI. Qui veut continuer à exister et à faire ou défaire des majorités, soit avec les conservateurs comme aujourd’hui, soit avec les socialistes peut être demain. Egalement sur  le projet de taxation des « manshions »  des demeures  d’une valeur supérieure à 2 000 000 £. Les débats sur ce sujet rappelant beaucoup ceux que nous avons connus  lors de l’instauration chez nous de l’ISF.
On le voit, beaucoup de points communs entre nos deux pays, mais une différence essentielle, une plus grande acceptation des risques, une plus grande liberté d'entreprendre chez nos amis anglais  et partant un plus grand dynamisme. Quant à la ville de Londres,  elle-même qui n’est pas l’Angleterre comme Paris n’est pas la France, elle est très séduisante à bien des égards,  elle mérite d’être découverte et certainement qu’une visite de seulement quelques jours  ne suffit pas.     

 *chez Harper Press

 

 

Correction sur mon dernier article


 Il fallait bien entendu  lire NOW et non pas KNOW

Avec toutes mes excuses pour cette regrettable faute d’orthographe.

dimanche 5 octobre 2014

DO IT NOW !



Quand  j’ai ouvert mon blog  le samedi 25 Janvier, en préambule, j’ai tenu à dire que j’étais atteint d’une pathologie chronique   : la « conseillite » dont on ne guérit pas et qui comme l’arthrose ne peut  qu’ empirer  au fil des ans. Cette affection consiste à donner des conseils pratiques aux gens, même quand ceux-ci ne vous les demandent pas.
Il y a quelques années, j’avais écrit un éditorial dans la Lettre d’IFRHOS  qui s’intitulait déjà : Do it now. Je reprenais le mot d’ordre à l'adresse de ses 13 000 collaborateurs  de la femme alors  la mieux payée des Etats Unis, Linda WACHNER , Pdg de la firme WARNACO .  Mon propos s’adressait à mes lecteurs, responsables hospitaliers que je pressais de ne point lanterner dans plusieurs domaines, leur  rappelant que l’Histoire avait toujours donné raison à ceux qui avaient su dans le passé agir le plus vite.
Il s’agissait pour eux de décisions stratégiques à prendre qui ne nécessitaient pas de réflexion supplémentaire de leur part. Il fallait simplement passer à  l’acte sans tarder dans un univers concurrentiel  et un environnement règlementaire instable qui étaient les leurs.
Cette fois-ci, je ne m’adresse pas à ceux qui  procrastinent  en remettant toujours  à plus tard ce qu’ils pourraient faire  immédiatement. Leur comportement, s’il n’est pas temporaire,  est souvent pathologique et mérite même d’ être  soigné. Nous en connaissons tous au moins un dans notre entourage.
Je ferai cependant  une exception dans le cas de la décision désagréable à prendre que la très grande majorité des gens préfèrent toujours repousser à plus tard. Il s’agit le plus souvent de dire non, d’ être désagréable avec quelqu’un et parfois lui faire de la peine. Jeune banquier, je me suis retrouvé très vite  à devoir annoncer à un client que sa demande de prêt (souvent  capitale pour lui) était refusée. Un client avec qui j’avais noué le plus souvent des liens de confiance et qui m’était sympathique. J’avais peur de lui téléphoner pour lui communiquer la mauvaise nouvelle et quand il  m’appelait je me cachais derrière mon téléphone, je lui faisais répondre par la secrétaire que j’étais absent ou occupé avec un autre client et  que je le  rappellerai. A l’époque nous avions la chance d’avoir des secrétaires qui nous étaient indispensables. J’étais très mal à l’aise. Puis un jour, mon patron m’avait  expliqué que la seule solution à prendre était d’appeler le client aussitôt connue la décision. Dès lors, je n’avais  plus connu ces heures et parfois ces  journées angoissantes.          
Je ne m’adresse pas non plus à ceux qui  précrastinent – je m’excuse, ces mots sont pas agréables à lire, encore moins à prononcer, mais je n’en ai pas d’autres à ma  disposition –Ils  agissent, au contraire, toujours le plus tôt possible, de crainte d’être mal jugés par les autres et ils veulent se montrer à tout moment hyperactifs. Ils se stressent inutilement et Ils risquent surtout de ne plus maîtriser leur temps, et d’en être les esclaves.
Aujourd’hui, je voudrais parler de  l’ application  de ce mot d’ordre non pas dans  la vie professionnelle, mais dans la vie privée, en constatant  que : ce que nous ne faisons pas tout de suite, nous risquons de le faire trop tard, voire de ne jamais le faire.
Mon conseil : Do it  now, Faites le maintenant,  concerne tout le monde. En dehors des tâches  programmées et planifiées comme certains rites, nous  avons tous dans notre vie privée des coups de fil à passer, des réponses à donner et de multiples tâches domestiques à accomplir avec plus ou moins d’entrain.  Des tâches secondaires que certains spécialistes de gestion du temps préconisent, après les avoir identifiées.de reporter  contrairement aux tâches importantes.
Le risque de différer des actes au prétexte qu’ils sont secondaires est de les oublier ou tout simplement de ne plus oser par la suite les  accomplir. Il y a bien entendu de nombreux actes quotidiens qui sont concernés, mais je   pense surtout à vos rapports avec les autres. Si un ami, une relation vous demande une information, une explication à la suite d’un désaccord qui n’est peut- être qu’un malentendu,  si vous laissez passer trop de temps, vous n’oserez plus lui répondre. C’est ainsi que l’on perd des amis.

Depuis quelques années en m’appliquant chaque jour ce précepte  j’ai pris l’habitude de réagir rapidement, par exemple quand je pense à quelqu’un, je lui téléphone dans la journée et s’il m’adresse un mail  je ne tarde pas à lui répondre.  J’ai gagné en efficacité – exécuter une tâche avec retard prend plus de temps -  j’ai l’esprit beaucoup plus libéré qu’autrefois en chassant de mon esprit les regrets  et parfois les remords de ne pas  m’  être  exécuté à temps.
Faites comme moi ! Vous verrez, vous ne le regretterez pas.    

dimanche 28 septembre 2014

La fin annoncée de l'hôpital traditionnel : Pourquoi la France prend du retard




Au début furent inventés les hospices, simples lieux d’hébergement des malades et des indigents. Avec les progrès de la médecine et de la chirurgie, les malades ont pu y être soignés et même guéris pour certains. Les hôpitaux modernes ont commencé à leur succéder avec la création de plateaux techniques comprenant  des  blogs opératoires, des locaux de consultations et d’examens notamment radiologiques. Puis des méga centres hospitaliers, notamment les CHR, centres hospitaliers régionaux, se sont constitués, flattant l’orgueil des élus locaux, en premier lieu, des maires, présidents de leurs  conseils d’administration  ainsi que celui de leurs responsables  hospitaliers, administratifs et médicaux.
Leur importance était mesurée, et l’est encore aujourd’hui en grande partie, au nombre de leurs lits. C’est pour cela qu’ils rivalisèrent:  à qui serait le plus grand, jusqu’à créer au nom de l’hospitalo-centrisme, longtemps, en cour des monstres ingérables et fort coûteux. De plus leur budget de fonctionnement, jusqu’à la mise en place récente de la tarification à la pathologie, était calculé sur le nombre de journées qu’ils avaient réalisées et non sur leur activité réelle.
Depuis quelques années une tendance très lourde est apparue accentuée par la mise en place de la tarification à la pathologie : les séjours dans les hôpitaux diminuent et dans certains cas disparaissent,  rendant inévitable la fin  de l’hôpital hébergeur. Celui-ci à l’avenir sera essentiellement constitué de plateaux techniques et de quelques services spécialisés comme ceux des soins intensifs et de la réanimation et l’accueil des urgences. 
Deux modes de prise en charge nouvelles  ont vu le jour et vont remplacer de plus en plus l’hospitalisation traditionnelle, l’ hospitalisation temporaire- au maximum, la journée- pour la chirurgie et l’hospitalisation à domicile pour la médecine.
La chirurgie ambulatoire   Les progrès de l’anesthésie réanimation et des techniques chirurgicales comme la coelioscopie ont facilité les interventions permettant au malade opéré de rentrer chez lui le jour même de son intervention. Dans mon article du 8 Juin 2014 intitulé : Nécessité fait Loi : Le cas de la chirurgie ambulatoire, j’ai exposé les avantages de cette pratique pour les malades et pour le budget  de  l’ Assurance  Maladie.
L’hospitalisation à domicile. Les malades peuvent recevoir chez eux les mêmes soins qu’à l’hôpital. Outre l’avantage insigne qu’elle représente pour eux, elle est nettement moins  chère, quand on compare son coût à celui d’un service de médecine.

Pourquoi la France prend du retard
Le gouvernement confronté au déficit de la Sécurité Sociale voudrait développer ces deux alternatives à l’hospitalisation qui lui permettraient de réduire d’une manière significative les dépenses d’hospitalisation qui représentent 50% des dépenses totales de santé. Mais la tâche est très ardue. Un rapport conjoint de l’IGAS ( Inspection Générale des Affaires Sociales) et de l’IGF ( Inspection Générale des Finances)   cité par le journal Le Point, relève que de 2007 à 2013 la croissance de la chirurgie ambulatoire n’ a pas été significative contrairement à ce qu’avait espéré le gouvernement et que les objectifs qu’il s’était fixé ne seraient pas atteints. J’ai expliqué dans mon article du 8 juin  pourquoi les cliniques privées, essentiellement de province, avaient développé cette chirurgie exigeante, le manque de lits freinant leur activité et en premier lieu celle des chirurgiens rémunérés en fonction de celle-ci. Pourquoi leurs collègues du secteur public les imiteraient-ils, - pas d’intérêt, pas d’action -sauf si  leurs malades l’exigent  et qu’ils risquent de leur préférer un chirurgien du privé . Quant à l’hospitalisation à domicile, très en retard par rapport à d’autres pays ce ne sont pas les médecins salariés qui peuvent en être le fer de lance, comme l’ont été en leur temps les chirurgiens libéraux pour la chirurgie ambulatoire.
Mais le frein le plus puissant au développement de ces alternatives à l’hospitalisation traditionnelle; est le manque courage de nos responsables politiques, en premier lieu la Ministre de la Santé. Ils ont peur d’affronter l’opposition conjuguée des syndicats et des élus locaux car la réduction des dépenses se traduira inévitablement par des suppressions de poste, notamment, voire des suppressions d’établissements. Ils ont peur de la rue, comme leurs prédécesseurs et ils ne veulent pas se risquer d’être impopulaires et compromettre alors gravement leur carrière.

Cette remarque vaut hélas pour toutes les réformes importantes dont notre pays a besoin.