mercredi 29 juillet 2026

La patrouille en ville

 Pour les nouveaux lecteurs, nous sommes en 1962 à Tlemcen où Jacques Neyrand, le principal protagoniste de « Djemila, la fiancée de Tlemcen » effectue son service militaire.

-Jacques était à nouveau de patrouille en ville. Posté à l’angle de la rue de Lamoricière et de la rue de Sidi Bel Abbès, le dos fermement appuyé à un mur, son esprit vagabondait entre le village d’Ota au pied duquel il campait avec ses camarades du lycée, celui d’Evisa proche et la plage de Porto. C’était en 1955, il avait croisé une jeune fille d’Ota sur la plage, une jeune fille aussi brune et mince que Yasmina et guère plus âgée qu’elle. Ses frères n’avaient pas du tout apprécié cette rencontre et, fidèles à la tradition du pays, avaient voulu venger l’affront fait par un garçon du Continent qui avait osé poser un regard, qui ne pouvait être que lubrique, sur une jeune fille corse. Il ne s’était pourtant strictement rien passé entre cette jeune fille et lui. Il ne lui avait même pas adressé la parole, il avait avec elle échangé un regard, certes un peu appuyé, mais simplement un regard. Il avait fallu que le père Champel, l’aumônier du lycée qui accompagnait Jacques et ses camarades et le curé d’Evisa, intervinssent pour raisonner les assaillants qui s’étaient présentés, menaçants à l’entrée du camp. Le lendemain matin, l’aumônier l’avait convoqué pour le mettre en garde.

“ Si cela se reproduit, je t’avertis, je te mets dans un avion et je te renvoie immédiatement en France“.

 “ Vous voulez boire du thé ?“ 

Une femme était devant lui, vêtue d’un haïk blanc, le visage découvert, à la fois réservé et avenant, avec un plateau en cuivre sur lequel étaient posées une théière fumante, des tasses et une assiette de gâteaux.

“Oui, bien sûr ! Avec grand plaisir !“ lui répondit Jacques, la seconde d’étonnement passée.

“ Et vos camarades en prendront-ils ?“ 

“Je vais le leur demander, Madame. “

Jacques traversa le carrefour pour interroger ses 2 camarades postés en face. Ils refusèrent tout net par crainte d’être empoisonnés, lui dirent-ils. Après le thé à la menthe ce furent les gâteaux mais ils n’eurent pas plus de succès. Le thé, à la rigueur, on pouvait ne pas aimer, ce n’est tout de même pas la boisson favorite des soldats et puis il était facile d’y mélanger un poison, mais des gâteaux ! Pouvait-on imaginer un instant que des gens mal intentionnés préparent des gâteaux à la mort-aux-rats, les fassent cuire et distribuer par une femme anonyme à de simples trouffions inoffensifs, alors que la guerre était finie ? Jacques, confus, peiné et très contrarié les excusa auprès d’elle.

Ce n’est rien dit-elle en souriant et elle ajouta :

“Le principal est que cela vous plaise“

Jacques n’était pas au bout des surprises désagréables, ce jour-là. Comme ils rejoignaient le command-car qui devait les ramener au camp, ils croisèrent sur le trottoir une jeune fille européenne.

“Mademoiselle ! J’aimerais bien être à la place de votre culotte ! “lui lança le magasinier Berlatier. Déclaration qui fut saluée par les rires de ses camarades. Jacques, outré aurait voulu présenter ses excuses, mais la jeune fille avait accéléré le pas et avait déjà disparu au coin de la rue. Il aurait aimé insulter l’agresseur, mais Fernandez* venant d’un autre poste de contrôle pour rejoindre le command-car et à qui il venait de rapporter les deux incidents s’en chargea.

“Vous êtes une bande d’abrutis, fatche de cons ! “leur lança-t-il du haut de son mètre quatre-vingt-cinq. “Vous vous plaignez que personne ne s’intéresse à vous, mais quand des arabes sont gentils, vous croyez qu’ils veulent vous empoisonner et les filles pied-noir, quand vous en rencontrez, vous les dégoûtez pour toujours de vous adresser la parole“. 

Alors qu’il regagnait sa chambre où l’attendait une lettre de sa mère que Le Guennec** avait déposée sur son lit, Jacques se demanda ce qui a pu faire changer Fernandez au point de se comporter en gentleman, lui le garçon boucher, grande gueule, jurant comme un charretier et toujours prêt à raconter une histoire grivoise.***

*Le chef cuisinier pied noir du Bataillon

**Un camarade de chambrée de Jacques

***Le lecteur en découvrira plus tard, comme Jacques, la raison

 

 

mercredi 15 juillet 2026

Des citations qui donnent à réfléchir et parfois à agir, suite.

 Le programme de Marine Le Pen est une liste à la Prévert de dépenses supplémentaires largement sous-estimées à 63 milliards d’euros par an financées à l’aide de recettes hélas en partie fictives Jean Tirole.

Les gens du RN sont des grands amateurs, ce ne sont pas des gens sérieux, ils ne sont pas capables de gérer la France, ils sont incompétentsPhilippe Aghion.

Jugements sans appel de nos deux prix Nobel d’Economie et cependant, de nombreux français votent pour eux et seraient même prêts à les porter au Pouvoir alors que ce Parti politique n’a pas :

-à ma connaissance, renié ses origines et répudié ses fondateurs, ni dénoncé les auteurs de l’attentat du Petit Clamart contre le Général De Gaulle dont ils ont l’indécence, et le mot est faible, de se réclamer aujourd’hui.

-continue à vouloir que notre pays abandonne l’Europe, sans retenir les leçons du Brexit et de son fiasco en Grande Bretagne,

-refuse de soutenir l’Ukraine et ainsi se range, de fait, du côté de son agresseur,

Qui enfin pose parfois des bonnes questions, comme l’excès d’immigration non intégrée à la société française, mais donne de mauvaises réponses, comme disait, en son temps, Laurent Fabius, premier ministre de François Mitterrand.

Pourquoi ?

Ils sont tout d’abord victimes, si j’ose dire, et ils ne sont, hélas, pas les seuls :

-de cette illusion collective que l’avis d’un individu diffusé sur les réseaux sociaux, quel qu’-il-soit, a autant de valeur à leurs yeux que celui d’un scientifique qui aurait effectué de nombreux travaux reconnus par ses pères. Je ne peux pas m’empêcher, à ce sujet, de citer l’écrivain et philosophe Umberto Eco “ Les réseaux sociaux ont été envahis par des imbéciles leur donnant le même droit de parler qu’un Prix Nobel. Avant ils se contentaient de s’exprimer au bistrot sans faire du tort à la personne“ Que les gens s’expriment, pourquoi pas, ils en ont tout à fait le droit, mais de là à les écouter, sachant qu’ils ne connaissent généralement pas ou pas suffisamment le sujet dont ils parlent, non !

-de leur pensée paresseuse que fustige à juste titre Boris Cyrulnick qui, faisant aucun effort de réflexion, ne leur permet pas de distinguer le vrai du faux, la fiction et la réalité alors que les mensonges, les fake news, dont j’ai plusieurs fois parlé dans mon Blog, n’ont jamais aujourd’hui été aussi répandus et utilisés sans vergogne par certains hommes politiques pour qui la fin justifie tous les moyens.  Cette pensée paresseuse entretenue par les Réseaux Sociaux et les plateformes qui en les divertissant en permanence leur évitent de réfléchir. Ils ne lisent plus, absorbés, même ceux qui ont fait des études supérieures, par leurs écrans ; j’en ai été témoin, et j’en fais aujourd’hui l’amère expérience comme auteur d’ouvrages. Sans oublier les risques futurs courus par notre démocratie qu’évoque Aldous Huxley : “La dictature parfaite ressemblera à une démocratie, une prison sans murs dans laquelle les prisonniers ne penseront pas à s’évader, un système d’esclavage où grâce à la consommation et aux divertissements, les esclaves aimeront leur asservissement    Déjà le mot d’ordre de Ciceron était :  Panem et circences“, et son conseil “donner leur du pain et des jeux et ils ne se révolteront pas“.

Ils sont aussi ignorants,

-du fonctionnement de l’économie comme beaucoup de français et même certains responsables politiques. Le gouvernement actuel, enfin, semble s’en soucier et prévoirait des cours d’économie dans l’enseignement secondaire et je me demande si nous ne pourrions- pas demandé à des candidats à des élections législatives et présidentielles de passer des tests de contrôle de leurs connaissances en la matière ?

-de l’histoire de notre pays et notamment de celle de la deuxième guerre mondiale et de la collaboration. S’ils sont enfants d’immigrés, leurs parents ne leur ont peut-être pas appris que c’était Franco et Mussolini qui en Espagne et en Italie les avaient obligés de se réfugier en France. Il est vrai que le niveau de la classe politique dans notre pays, de plus en plus bas, me semble-t-il, ne les aide pas. 

Ils n’ont pas du tout conscience de leur responsabilité

-En tant que citoyen qui vote et donc choisit ses représentants aux différentes élections pour diriger le pays. Ils ne mesurent pas un instant l’importance de leur geste, à supposer qu’ils fassent l’effort de se rendre aux urnes.

Enfin, et c’est peut-être le plus grave, ils s’en moquent.

-Mécontents de leur situation actuelle pour bien des raisons dont la plupart ne relèvent pas de la responsabilité de nos dirigeants en exercice, ils incriminent, bien entendu, le Pouvoir en place, encouragés en cela par les partis d’opposition et tous les hommes et femmes politiques qui veulent exister et ils se disent pourquoi ne pas essayer de le remplacer par ce Parti qui leur fait de nombreuses promesses, ne serait-ce que pour voir !

PS Je ne parle pas des ennuis judiciaires de sa principale responsable et du reniement de ses engagements passés qui à eux seuls justifieraient un article.

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mercredi 1 juillet 2026

Patrouille de nuit, suite et fin.

 -S’étant légèrement déplacé pour trouver une position un peu plus confortable, il huma une senteur printanière précoce qui émanait sûrement d’une plante qu’il ne distinguait pas dans l’obscurité, bien qu’il ait le nez presque collé au sol. A défaut de la voir, il aurait aimé la toucher, mais il n’osa pas lâcher sa carabine, même d’une main.

La douleur avait disparu comme par enchantement. Il se sentit subitement bien dans sa peau. Le parfum fragile d’une primevère africaine, annonciatrice du printemps, du renouveau, de l’espoir et peut-être de la fin prochaine de cette guerre stupide. Cette guerre où les frères de Djemila au ventre creux affrontaient dans le djebel des jeunes français trop bien nourris, le rendit optimiste.

Le SCR 300 se mit à grésiller, puis à crachoter. Le sous-lieutenant prit le combiné que lui tendait le radio. “Mission terminée ! On lève le camp !“ annonça-t-il. Pour des raisons connues seulement du Haut Commandement, la chasse aux fels était fermée. La patrouille rebroussa chemin et emprunta le même itinéraire qu’à l’aller.

Le Guennec vint à la hauteur de Jacques.

Une véritable promenade de santé ! Mon prince“.

Tu as raison, ce type de promenade, c’est meilleur pour la santé que les gardes ou les patrouilles en ville, ça nous fait faire de l’exercice, on en a bien besoin, surtout toi

Salaud !“

Tandis qu’ils devisaient gaiement comme leurs autres camarades, satisfaits de leur escapade et heureux de rentrer se coucher, un coup de feu claqua. Une balle siffla   près d’eux, puis une deuxième.

Couchez-vous !“ hurla le sous-lieutenant et Jacques, comme les autres, se jeta à terre.

Tirez ! “ ordonna-t-il tandis que le radio avertissait le QG de l’accrochage. Jacques vida son chargeur en direction de l’endroit d’où étaient partis les coups de feu.

Arrêtez le tir ! “

Deux hommes avec moi ! Nous allons savoir s’il reste encore de ces salopards ! Monetti, vous nous couvrez !“ 

Le sous-lieutenant accompagné de deux soldats qui s’étaient spontanément portés volontaires s’éloignèrent, cassés en deux. Au bout d’une minute, il s’écria :

Ils se sont enfuis, les dégonflés ! Monetti, rejoignez-moi avec les autres hommes ! “

« Et si c’était une diversion ? »  pensa Jacques qui fut le dernier à rejoindre le sous-lieutenant dans ce qui semblait être un boqueteau d’oliviers occupé par ses compagnons. Un instant, il fut tenté de faire part au chef d’escouade de cette hypothèse, mais devant l’air décidé, sûr de lui et farouche de Moatti, il se ravisa. Au fond, il n’était qu’un simple caporal et n’avait rien à apprendre à un officier dans l’exercice de ses fonctions. Bien entendu, les agresseurs avaient disparu et étaient sûrement rentrés tranquillement chez eux. Le sous-lieutenant ordonna à regret l’abandon des recherches, après en avoir informé l’Etat-Major.

Arrivé au camp, Moatti offrit à boire au mess des officiers à sa vaillante troupe. Un verre de cognac dans une main et une cigarette dans l’autre, ils parlèrent tous enfin de leur guerre, visiblement heureux à la pensée d’être demain les héros du camp. De vrais guerriers accrochés une nuit en Afrique par des ennemis invisibles qui avaient lâchement fui devant l’ennemi. Jacques trempa ses lèvres dans son verre, mais le goût du breuvage et son arôme lui firent immédiatement les retirer. Pour ne pas se faire remarquer, il enveloppa de sa main gauche le ballon comme pour en réchauffer le contenu.

Lors d’une surprise party dans les locaux de l’Ecole de Commerce, le 8 décembre 1959, après avoir parcouru les rues illuminées, bondées et joyeuses de la capitale des Gaules, et pour fêter dignement l’évènement, un camarade de promo et lui, après s’être arrêtés dans plusieurs bistrots, dont celui en face de l’Ecole, rue de la Charité, véritable annexe de l’établissement et appelé ainsi par les élèves, s’étaient lancé un défi : vider à eux deux, une bouteille entière de cognac. Défi relevé au prix d’une intolérance définitive à ce digestif. Quand la troupe joyeuse quitta le mess, personne ne remarqua qu’un verre posé sur la table était resté plein.