vendredi 13 février 2026

Les dérives des dépenses de l'Assurance Maladie et l'augmentation de la dette. A qui la faute ?

 Le problème est très préoccupant car avec le vieillissement de la population  conjugué à la diminution de la population active, le fameux « trou de la Sécu » ne peut que s’élargir et devenir impossible à combler.

En 2024, les dépenses de santé ont dépassé les 250 milliards d’euros, un montant très élevé qui pèse lourdement sur les finances publiques.

En premier, le comportement des Français

Beaucoup de nos concitoyens sont irresponsables et n’en sont pas toujours conscients. Ils gèrent mal, voire très mal, leur capital santé.  J’y ai consacré un chapitre entier des Chroniques 2014-2024 intitulé « Notre rapport à  la santé »

-Ils  ont des comportements à risque : ils fument, se droguent en faisant, au passage, la fortune des narco- trafiquants et en favorisant la criminalité que ces derniers provoquent, ils consomment beaucoup trop d’alcool, sont en surpoids, voulant surtout  ne se priver de rien et se souciant comme d’une guigne du coût pour la Collectivité.

-Ils ignorent les règles élémentaires d’une bonne diététique et quand ils les connaissent, ne les respectent pas.

-Ils ne respectent pas les prescriptions de leur médecin. Un patient sur deux ne les suit pas scrupuleusement.

-Ils gaspillent les médicaments.

-Ils n’essaient pas de résister aux chants des sirènes de certains laboratoires pharmaceutiques.  Un exemple. Une firme avait réussi à décupler les ventes d’un antiseptique en le proposant pour traiter une nouvelle maladie, l’halitose, prétendument chronique aux conséquences sociales graves, qui n’est autre que la mauvaise haleine.

Depuis le 26 septembre de cette année, un changement discret mais majeur s’est invité dans le quotidien des Français. Chaque bénéficiaire de la Sécurité sociale voit désormais sa boîte mail s’animer après un passage chez le médecin, à la pharmacie ou encore chez le kinésithérapeute.

Ces mails, envoyés dans un délai de dix jours après chaque soin rappellent que derrière chaque rendez-vous ou chaque médicament délivré se cache une dépense supportée par la Collectivité.

En France, le système de santé repose sur la solidarité nationale et sur un principe qui a parfois un effet pervers : le tiers payant. Ce dispositif évite aux patients d’avancer leurs frais, mais entretient aussi une impression d’acte gratuit. Or, comme le rappelle Marc Scholler, directeur financier de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), « la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût ».

En second, les gestionnaires du système de santé : les médecins et les dirigeants.

Les directeurs d’hôpitaux

Quand j’étais professeur à l’EM Lyon et que j’enseignais la gestion hospitalière après avoir enseigné le financement puis la création d’entreprise, je proposais à la direction de l’Ecole de créer une passerelle avec l’Ecole de  santé de Rennes, d’où sortent les directeurs d’hôpitaux. Ma demande avait été refusée au motif que les hôpitaux publics ne payaient pas de taxe d’apprentissage, source de financement de l’école.  L’ école de Rennes forme à l’administration et non pas au management d’entreprise hospitalière pour laquelle j’ai consacré un demi-siècle de mon existence comme je le raconte dans « Une vie au service de l’hospitalisation privée »

Il est vrai que diriger une structure de soins dans laquelle des médecins exercent leur métier en toute indépendance n’est pas chose facile, je peux en témoigner et j’en ai parlé notamment dans « Je vous ai bien aimés, docteurs ! »

Les médecins .

Certains n’ont pas appris à tenir compte des contraintes économiques et même parfois tout simplement les refusent comme ce « grand patron » lyonnais qui s’était un jour offusqué que le directeur général des Hospices Civils ose lui demander quand il partait en vacances, la gestion des lits, si possible optimale, n’étant pas du tout son affaire.

Je raconte dans mon livre que mon goût pour les ratios et l’utilisation du benchmarking* en agaçaient certains qui me traitaient d’économiste, et même d’économiste aux yeux bleus pour ceux du Midi de  la France, terme péjoratif dans leur bouche. Un jour, le PDG d’une clinique privée, chirurgien orthopédiste de son état m’avait demandé de présenter à ses collègues les résultats de l’étude que j’avais faite du coût de fonctionnement de son Bloc opératoire. Je leur avais appris que les consommations de produits consommables y étaient dix fois plus élevées que celles d’une clinique traitant les mêmes pathologies. Leur PDG en avait été alors très contrarié. Un autre exemple : j’avais relevé que le coût des prothèses dans une clinique qui ne les refacturait pas aux patients, comprises donc dans ses prix de journée, était nettement plus élevé que celui des prothèses d’un établissement qui, lui, les refacturait.

Au nom de la Santé n’a pas de prix, on ne s’abaisse pas à parler dépenses. Sous la présidence Mitterand, son ministre communiste de la Santé s’était même écriée : “Je ne suis pas la ministre des comptes ! “ .

Attention, je ne dis pas que dans certains services hospitaliers, il n’y ait pas un manque de personnel, mais la gestion, grâce à une meilleure organisation, pourrait être améliorée. Les syndicats dénoncent  systématiquement un manque de moyens, mais ils ne proposent jamais une meilleure organisation. Pour cela il faudrait que les différents acteurs soient suffisamment motivés. Pour les directeurs d’hôpitaux, ce serait possible à mon avis, par contre pour les médecins, il est difficile d’imaginer qu’ils puissent être récompensés pour leurs économies de moyen.

Par contre  il faudrait leur faire prendre davantage  conscience de la dimension économique de leur activité et donc de leur responsabilité   en diminuant le coût de leur exercice comme par exemple:

-Déprescrire à bon escient, chère au Professeur Patrice Queneau inventeur de ce néologisme.

-Intégrer la diététique dans les conseils à leurs malades comme je l’ai conseillé dans mes Blogs du 26 mars et 17 juin 2025   «  des médecins qui seraient aussi diététiciens »

-Eviter les examens redondants ou parfois inutiles.

-Quand ils sont hospitaliers , améliorer leurs relations avec leurs collègues de l’établissement où ils exercent et éventuellement avec ceux d’autres établissements où leurs malades ont séjourné.

-  Améliorer la qualité et la rapidité de leurs diagnostics et des traitements qui s’en  suivent.

Et pour cela continuer à se former, surtout aujourd’hui plus que jamais, avec l’arrivée de l’IA qu’ils devront intégrer demain dans leurs pratiques. 

 pmazenod@wanadoo.fr

 

* Définition du DICOMAZ, dictionnaire du management de la santé: “Démarche continue et méthodique d’évaluation de ses services par rapport à ceux d’entreprises très performantes dans le secteur d’activité considéré afin d’améliorer sa position stratégique et satisfaire davantage ses clients.“

 

vendredi 30 janvier 2026

Extrait de Djemila, la fiancée de Tlemcen : La première garde et l'attentat

 

 La première garde de nuit

Jacques, pour la première fois qu’il est arrivé en Algérie, est  appelé à monter la garde dans le camp où se trouve son Bataillon. Il prend son premier tour en s’installant au haut du mirador situé à l’entrée principale.  

Soudain, un glapissement aigu, sinistre et déchirant lui  glaça le sang. Les deux trois secondes d'effroi passées, il  ralluma le projecteur et le braqua sur l'endroit d'où lui  semblait être venu ce cri. Le long de l'oued couraient les  chacals, ces animaux qui symbolisaient Anubis, le dieu des  morts des égyptiens, ce qui ne les rendait pas du tout  sympathiques. On aurait dit des chats au museau pointu,  l'échine plus longue. Rassuré, Jacques commença à jouer  avec ces étranges visiteurs nocturnes. A l'aide du  projecteur, il les poursuivait en remontant l'oued jusqu'au  campement où se trouvaient les cuisines. Ils étaient une dizaine à  se restaurer avec les détritus et les reliefs de repas de la  journée. Parfois, il en surprenait un en pleine gueule. Alors  deux yeux énigmatiques d'un rouge vif semblaient vouloir  l’hypnotiser. Il crut les avoir déjà apprivoisés. Ils s'étaient  maintenant habitués à la lumière et certains venaient se  balader dans la zone balayée par le projecteur. Il ne pouvait  s'empêcher d'admirer leur grâce féline.  La sonnerie du téléphone le fit sursauter. A l'autre bout du  fil, le chef de poste lui annonçait la relève. Les deux heures  s'étaient déjà écoulées et il dut quitter, presque à regret, ses  nouveaux compagnons de nuit. Après avoir salué son  remplaçant qui l'attendait au pied du mirador.

-Salut ! Salut ! 

Il retourna au poste, satisfait de sa première faction. La seconde ne commençait que dans quatre heures.

 L’attentat

9 h 22. La sonnerie du téléphone enfin retentit. Dans un  silence pesant, le chef de poste, le caporal-chef  Gonzalez décrocha le combiné fixé au mur juste  derrière lui: Allo ! Oui. Quoi ? Comment ? Son visage  blêmit. Jacques comprit tout de suite qu'un coup dur était arrivé.  Ses camarades, aussi. Gonzalez reposa  lentement l'appareil. Deux, trois secondes s'écoulèrent qui  parurent des heures. Il se taisait. Enfin d'une voix blanche,  il annonça qu'un de leurs camarades, Maisonneuve,  venait d'être abattu par un terroriste. L'inquiétude fit place  aussitôt à une explosion de colère. L'un des soldats  connaissait très bien la victime, mécanicien comme lui dont  il partageait la chambrée Tous criaient vengeance, les exclamations fusaient :

 Ces salauds de fellouzes, Il faut tous les descendre! Si on  demande des volontaires pour aller faire le nettoyage, j'en  suis! Qu'ils se tuent entre eux, on s'en branle, mais qu'ils  viennent pas nous emmerder

 Si on leur donnait carte blanche, les voilà qui se jetteraient  dans les rues, se déchaînant contre cette population dont un des membres avait osé agresser un des leurs, tuant,  “massacrant tout algérien sur leur passage. Le camp fut mis  en alerte et la garde immédiatement renforcée. Jacques,  seul, conservait son calme. Ce qui ne l'empêchait pas d'être  très inquiet de la réaction de ses camarades. Deux d'entre  eux voulurent se jeter sur les carabines. Instinctivement, il leur barra le chemin pour les empêcher d'accéder au râtelier des armes.

 “ Vous êtes fous ! Vous ne savez même pas qui a attaqué  Maisonneuve et vous voulez le venger en vous livrant  à une ratonnade ! Ne tombez pas bêtement dans le piège  tendu par les terroristes en alimentant le cycle de la  violence et en justifiant la leur.  Et si c'était un pied noir qui  a fait le coup, hein, qu’est ce vous en savez et à qui  profite le crime, si crime il y a et il ajouta maladroitement 

“Cet attentat fera peut-être le bonheur de notre camarade s’il s’avère qu’il n’est que légèrement blessé, il bénéficiera d’un rapatriement sanitaire, sera affecté près de chez lui et y finira son service.“

Son discours doucha les autres soldats et calma leurs instincts meurtriers, mais leur colère ne diminua pas pour autant et se retourna contre lui. Ils l’entourèrent et leurs regards traduisaient tout à la fois leur stupéfaction et leur désapprobation. L’un d’eux, sûrement le plus ancien, s’approcha de lui et sur un ton qui se voulait le plus méprisant qui soit lui lança : 

“ De quoi te mêles-tu, bleu-bite ! T'as à peine débarqué que  tu veux déjà donner des leçons aux anciens. Qu’est-ce que  tu connais de l'Algérie ? “

Jacques ne répondit pas, effaré par les éclairs de haine qu'il  voyait jaillir des yeux de ses interlocuteurs et préféra se taire  et quitter le poste sur le champ.

Prochain extrait « Quand Jacques devient le Prince de Clèves à la radio »

 

vendredi 16 janvier 2026

Les personnes célèbres que j'ai rencontrées, suite.

 

3/ Les gens du monde du sport

Roger Rocher,

L’emblématique Président des Verts de Saint-Etienne à l’époque de leur apogée. La dernière fois que je l’ai vu, il était venu déjeuner à la Charpinière. Il m’avait parlé surtout de mon père sous les ordres duquel il avait travaillé dans l’entreprise du sien Gaston Rocher. Il vouvoyait mon père qui le tutoyait.  Il avait été, à son tour, le patron de mon frère à la tête de la Forézienne des Travaux Publics. C’est dans son bureau situé à l’Eparre dans la banlieue stéphanoise, près de la maison de ma grand-mère paternelle, que j’étais venu lui annoncer que mon frère revenant d’Aubagne, où l’entreprise construisait l’autoroute, avait eu un accident de voiture sur la nationale 86 assez grave au niveau de  Sarras et notre échange avait été assez vif car devant son air contrarié, j’avais dû lui expliquer que mon frère avait pris la route malgré qu’il fût malade. Une autre fois que je l’ai vu, c’est quand il était le Président de l’Olympique stéphanoise où je jouais alors dans l’équipe cadet.  Il  avait eu la bonne idée de nous faire servir une soupe chaude quand nous venions à l’entraînement le soir en hiver par Françoise,  une jeune fille charmante dont nous étions tous un peu amoureux.

Son frère Claude Rocher qui lui succèdera à la tête de l’entreprise deviendra un de mes associés dans la société immobilière de la Charpinière.

 Roger Rivière,

Le champion cycliste que j’ai connu quand il a voulu ouvrir un café restaurant à Saint-Etienne. Encouragé par des conseillers intéressés dont un notaire et des amis irresponsables, il veut ouvrir un café restaurant, avenue de la Libération, à l’enseigne du  Vigorelli, en souvenir de la piste de Milan où il avait battu le record du monde de l’heure. Il m’avait demandé de financer les travaux qui devaient être réalisés par un entrepreneur, administrateur de ma banque, la Banque Populaire, ce qui ne me facilitait pas la tâche. J’avais cependant refusé  de lui donner mon accord, lui expliquant qu’il n’avait aucune expérience dans un métier que j’allais moi-même découvrir 22 ans plus tard. Quelques mois après, j’étais débauché par une autre banque, Suez La Hénin, et aussitôt arrivé à Paris, le dossier de Roger Rivière m’était transmis. Venant de Saint-Etienne, j’étais le mieux placé pour porter une appréciation pertinente sur sa demande de financement. Les mêmes causes produisant les mêmes effets et pas d’éléments nouveaux étant apparus dans  le dossier comme l’association avec un vrai professionnel de la restauration susceptible de me faire changer d’avis, ma réponse fut la même.

Notre champion trouva quand même un prêteur et ouvrit son Vigorelli et comme je l’avais prédit rapidement déposa son bilan. Quelques années après la mésaventure de son restaurant et peu de temps avant sa mort prématurée due à une erreur médicale ( confidence qui m’avait été faite par un de mes amis médecins) je le retrouvais dans un pub qu’il dirigeait à Saint-Etienne en présence ce jour-là de son ami Raphaël   Geminiani, une grande figure du Tour de France, coéquipier de Louison Bobet. Nous étions contents de nous retrouver. Il m’en avait voulu, bien entendu, pour lui avoir refusé en deux fois de lui faire crédit, donc de lui faire confiance, mais par la suite il avait réalisé que j‘avais eu raison et qu’il aurait dû m’écouter.

Yvan Curkovic,

Le gardien de  la grande époque des Verts. Je l’ai rencontré à la Charpinière, alors qu’il était Président de la Fédération Nationale de Yougoslavie pour assister  mon épouse quand il s’est agi de négocier avec lui la privatisation de l’hôtel pour son équipe lors de la Coupe du Monde de football en 1998.

Laurent Blanc,

Nouvelle recrue de Verts de Saint-Etienne. Tout comme Sylvain Kastendeuch avant lui, Il s’était installé à la Charpinière en attendant de trouver une maison qui lui convienne. Nous avons eu le temps de nous connaitre et de sympathiser. Il m’avait raconté que, joueur à l’Olympique de Marseille, il avait vu souvent le Président de l’époque, Bernard Tapie, mettre une pression énorme sur les arbitres. Nous étions venus à parler de ce dernier car je lui avais dit qu’il était, avec la Vie Claire, en même temps que moi sur les rangs pour reprendre l’hôtel La Charpinière dont je parle dans mon livre « Il était une fois à Saint-Galmier…la Charpinière »

Zinedine Zidane,

A Valence en Espagne, nous étions descendus, mon épouse et moi dans le même hôtel que l’équipe de France de football venue jouer un match amical.  Mon épouse s’était assez longuement entretenue avec Henri Emile, le manager de l’équipe nationale avec qui elle avait été en relation chaque fois que l’équipe de France avait séjourné à la Charpinière. J’en parle dans  «  Il était une fois à Saint-Galmier…la Charpinière » Nous avons échangé quelques mots sans plus. Je n’ai pas osé l’importuner davantage et pourtant j’aurais aimé lui parler du grand père de mon épouse, kabyle comme lui, et peut-être apparenté avec le sien, étant tous les deux originaires de la région de Tizi Ouzou.  

Les cyclistes du Tour de France et du Dauphiné Libéré

Chaque fois que ces épreuves passaient dans la Région deux équipes au moins venaient séjourner à la Charpinière. J’ ai donc rencontré souvent leurs coureurs, mais ils arrivaient tellement épuisés que je n’osais pas les déranger. Après s’être reposé, ils étaient disponibles, mais je n’étais plus alors à l’hôtel pour parler avec eux. Par contre, mon épouse est revenue un soir  à la maison avec un bouquet de fleurs que lui avait offert Lance Armstrong, vainqueur de l’étape du jour.

Une autre fois elle était rentrée à la maison avec dans les bras  les roses que chaque joueur iranien avait offert à chaque joueur yougoslave à l’ouverture de la Coupe du Monde de football au stade Geoffroy Guichard.