mardi 25 août 2026

Le Journal de Toussainte Extrait n°1

 J’ai décidé de publier, comme je le fais pour mon roman « Djemila, la fiancée de Tlemcen », le Journal de mon aïeule qui figure dans le livre que je lui ai consacré :  « La vie de Toussainte M. à Saint-Jean, son Journal ».

Toussainte née Meillard de Fronton, fille du notaire de Saint-Jean-Bonnefonds dans le département de la Loire, près de Saint-Etienne, venait d’épouser Barthelemy Mazenod, mon aïeul, fils de laboureurs de la commune quand elle a ouvert son Journal

 L’année 1777

Le jeudi 15 Mai

-J’ai enfin décidé, après avoir longtemps balancé, de reprendre l’écriture de mon Journal. J’avais commencé à le tenir durant ma dernière année au Couvent, aussitôt après que mon père nous eut quitté brutalement dans des conditions dramatiques. Alors qu’il revenait de rendre visite à un client demeurant au Fay* pour rédiger son testament, il avait été terrassé par une crise cardiaque. Son cheval Blanchette avait poursuivi son chemin jusqu’à la maison et s’était de lui-même arrêté devant. Ma mère ne le voyant pas descendre, s’était approchée de la voiture et l’avait trouvé effondré sur son siège. Elle avait eu juste le temps de le prendre dans ses bras avant qu’il ne rende son dernier soupir. A l’annonce de sa mort, j’avais ouvert mon journal pour laisser s’exprimer ma douleur, mais aussi mon courroux d’être tout à coup orpheline d’un père très attentionné auquel j’étais profondément attachée. A ce moment-là, je dois le protester, ma foi avait vacillé devant ce qui était pour moi une injustice de Dieu. Pour une raison que je ne m’explique toujours pas, je l’ai détruit, le brûlant la veille de quitter le Couvent et d’entrer au service de Jeanne. Maintenant que me voici installée dans ma nouvelle demeure depuis notre retour de voyage de noces, je peux sereinement  l’ouvrir. Ce ne sera pas un journal de bord tenu au jour le jour, mais un journal que j’ouvrirai seulement quand j’aurai quelque chose à dire qui me paraîtra digne d’intérêt, tout au moins à mes yeux.

Le vendredi 16 Mai

Avant de me marier, j’appréhendais de devoir vivre avec mes beaux-parents, les sœurs de Barthélemy et leur grand-père, appelé le patriarche, qui a la réputation d’être un homme très autoritaire*. L’on m’avait instruite que la vie commune sous un même toit générait des conflits, parfois sans fin, d’autant plus si la demeure familiale était exigüe. Mais à Thiollière, Dieu merci, la maison est spacieuse et une pièce a été prévue pour accueillir les jeunes mariés, aussi je me sens chez moi bien que nous prenions nos repas tous ensemble dans la grande pièce qui sert à la fois de cuisine, de séjour et de chambre à coucher pour les maîtres de maison. Dans la nôtre, nous disposons, Barthélemy et moi, d’un lit 4 colonnes en noyer avec un tour et un ciel vert brodé d’un ruban jaune ainsi que d’une couverture de laine blanche, d’un lit pour nos futurs enfants, d’une armoire à trois portes, d’un coffre offert par ma mère et mon frère Ignace dans lequel se trouve mon trousseau livré, selon la tradition, la veille de mon mariage par des jeunes gens du Bourg. Nous disposons aussi d’une table en bois blanc sur laquelle je peux écrire et de 3 chaises. Notre pièce que nous appelons chambre puisque c’est sa destination principale est un peu à l’écart préservant notre intimité, mais j’ai bien conscience qu’elle  sera moins bien chauffée par la cheminée et qu’il nous faudra, le froid venu, bassiner notre lit tout en laissant la porte grande ouverte. Une porte aux dimensions inhabituelles car son ouverture avant la nouvelle construction qui abrite notre chambre ne soit édifiée, était celle d’une large fenêtre qui donnait sur le chapit**. Dans l’armoire, je me suis réservée une étagère, avec l’accord de Barthélemy, où j’ai dissimulé mon miroir ainsi que la fourgeoire*** que ma mère m’avait préparée et dont je ne pense pas me servir très souvent ou en tout cas, discrètement. Je ne voudrais pas passer un instant pour une femme frivole que je ne suis pas. Je ne manque pas de matériel pour écrire. Quand l’étude de mon père à Saint Jean a été fermée après qu’il nous eut quitté, j’ai pu récupérer de nombreuses liasses de feuilles blanches et des plumes d’oie dont il se servait pour rédiger ses actes ainsi que deux pots d’encre qui devraient me suffire pour plusieurs années. Les plumes, j’ai appris, au pensionnat et surtout en regardant agir mon père, à les tailler et les retailler. Notamment en les tranchant en biseau, d’un coup sec de manière à obtenir un parfait plat fendu me permettant de tracer des traits fins tout en économisant de l’encre.

Le samedi 17 Mai

J’ai pris l’habitude de me lever tôt au Couvent des Ursulines à Montbrison, à 5 heures du matin et à 6 heures l’hiver. Barthélemy, lui, ne se lève pas avant 7 heures. Ici à Thiollière, je suis debout à 6 heures. Je m’habille très vite comme j’ai l’habitude de le faire en toutes saisons et je fais ma prière, m’adressant au Seigneur pour le remercier de me permettre de pouvoir fonder une famille. J’ai une pensée pour chaque membre de la mienne, de ma mère très courageuse dans l’adversité qui à la mort de mon père s’est vu contrainte de travailler de ses mains pour subvenir aux besoins de la famille, de ma grande sœur Antoinette qui l’aide dans ses travaux de rubannerie et s’est résignée à rester célibataire, de mon grand frère Ignace, prêtre solide dans sa foi et de mon petit frère Claude qui suit les traces de son frère aîné. Bien sûr je n’oublie mon mari et sa famille et, pour les protéger tous, j’implore la grâce de Dieu. Puis je me rends à la cuisine et je me lave le visage et les mains en silence dans un baquet que j’ai rempli la veille d’eau propre. Quand je me lève, toute la maison est endormie. Marguerite, la servante, ne descend qu’à 7 heures pour allumer le feu dans la cheminée, plutôt pour le rallumer car les cendres sont encore chaudes du feu de la veille et pour préparer le déjeuner. Depuis notre retour de Paris, je poursuis la lecture de l’Astrée que j’ai commencée pendant notre voyage de retour. Les Mazenod, à commencer par mon mari, n’aiment pas beaucoup les livres et les écrits en général, ce sont pour eux des objets sans intérêt pratique et qui font  perdre du temps, surtout en pleine saison, quand les travaux obligent de s’y consacrer entièrement. Actuellement, les jours sont longs et je peux lire et écrire assise à notre table sans être obligée d’allumer une bougie. Quand arrivera l’automne et surtout l’hiver, je devrais m’y résoudre. Aussitôt que j’entends craquer les marches de l’escalier qui mène à l’étage, je sais que Marguerite arrive et je range vite mon livre et mon matériel d’écriture sous le lit puis je vais la rejoindre pour l’aider ; de même quand Barthélemy quitte la chambre, je les range cette fois dans l’armoire au-dessous d’une pile de draps que nous a offerts ma belle-mère. Il y retrouve mes autres livres.

Le dimanche 18 Mai

Par où commencer ? Dans mon premier journal, j’avais jeté sur le papier ces trois mots : « Papa est mort ! » Dans mon nouveau journal, je veux lui dire que je ne l’oublie pas et que je suis heureuse de savoir qu’il est maintenant rassuré sur le sort d’une de ses filles qui a trouvé un mari. Il était très préoccupé comme tous les pères par l’avenir de ses enfants, surtout de ses filles quand on est un gentilhomme pauvre. Il me l’avait avoué un jour qu’il était venu me rendre visite au Couvent et régler la pension aux sœurs. J’avais été très fier de lui, ce jour-là, quand j’avais vu dans le regard de ma supérieure venue le saluer toute la considération qu’elle lui portait. Je ne cèlerai point que j’étais sa fille préférée, comme sûrement toutes les filles cadettes ou benjamines le sont, du 72 moins, je le suppose. Il regrettait parfois de s’être installé à Saint Jean où la clientèle était réduite à cause de sa proximité de Saint Etienne et de Saint Chamond, où il y avait plusieurs études de notaire, ce qui ne lui permettait pas d’en retirer des revenus suffisants. Le grand père Mazenod l’avait aidé en lui adressant quelques clients de ses relations de marguiller, mais ce n’était pas assez. Les gens ne changent pas facilement de notaire, généralement leur homme de confiance et détenteur parfois de lourds secrets de famille, comme il m’en avait fait un jour la confidence. Antoinette et moi n’avions pas de dot et non plus, je dois le protester, des appâts très avantageux qui aurait pu séduire, à défaut de dot, des prétendants de l’aristocratie locale. Cependant, l’éducation que nous avions reçue ne nous destinait pas à devenir un jour l’épouse d’un laboureur ou celle d’un artisan. Bien sûr, nous aurions pu embrasser la vie religieuse comme mes frères, mais ma sœur et moi ne voulions pas vivre cloîtrées ou même dans des communautés plus ouvertes comme celle des sœurs de Saint Joseph et surtout notre foi n’était pas assez solide pour accepter cette condition et renoncer à la vie civile. Pour mes frères, s’ils avaient voulu choisir la carrière militaire, il eut fallu qu’ils puissent acheter leur office de capitaine. C’est pourquoi je crois qu’ils ne l’ont jamais un instant envisagé ****-

* Un quartier de Saint-Jean- Bonnefonds

 **Hangard

***Trousse de toilettes

**** Les deux étaient prêtres

 

mardi 11 août 2026

J'ai décidé d'être optimiste parce que c'est bon pour ma santé

 Comme Voltaire déclarant : “J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé“, nous pouvons affirmer, aujourd’hui, qu’être optimiste l’est aussi.

De nombreux experts s'accordent, en effet, pour dire qu'avoir un mode de vie centré autour de la positivité et voir la vie en rose, permet de se prémunir de certains maux et des chercheurs de l’Université de Boston ont constaté, eux, que les personnes étant très optimistes étaient plus susceptibles d’être physiquement actives, moins susceptibles d’avoir des maladies graves et avaient plus de chance de vivre au-delà de 85 ans.

Comment devenir optimiste

Selon les experts, la manière façon de devenir plus optimiste est de créer une routine quotidienne. Il peut s’agir de sortir dans la nature, surtout si on a la chance de vivre à la campagne, ou de programmer des rencontres avec la famille ou avec des amis.

Pour être plus optimiste, il faut aussi être plus confiant en ses capacités et pour cela faire le bilan de ce qui nous avons pu tout de même réussir, malgré les échecs que nous avons tous connus.

Les bienfaits du sourire

Une étude publiée en octobre 2022 dans la revue « Nature Human Behaviour », menée sur 4 000 participants de 19 pays différents, démontre que mimer volontairement un sourire peut déclencher des sentiments de joie au niveau cérébrale, l’expression faciale influençant directement l’état d’esprit par la stimulation de l’amygdale, centre émotionnel du cerveau.

Ceux du rire

Dans mon Blog du 3 janvier 2016 *je parle des grands bienfaits du rire, mais s’il n’est pas toujours facile de rire ou de se faire rire sur commande, il l’est beaucoup plus d’esquisser un sourire. Le lecteur en lisant cet article peut déjà décider “d’accrocher un sourire à sa face“ comme le chantait Aznavour.

La méthode Coué

La méthode Coué repose sur l’idée que la pensée positive influence notre bien être et  sur un principe fondamental qui consiste à pratiquer l’autosuggestion positive pour favoriser un état de bien-être général. Cette méthode pourrait permettre de réduire les pensées négatives et améliorer l’estime de soi.

Ainsi, la méthode Coué s’apparente à une forme de mantra par la répétition de phrases positives qui peuvent être adaptées et recyclées par tous. Progressivement les schémas de pensées négatives laissent places à des discours mentaux constructifs et bienveillants.

Être optimiste, facile à dire, mais beaucoup moins à l’être quand on ne l’est pas de nature et surtout quand les circonstances ne s’y prêtent guère et même dans certains cas, heureusement rares, quand cela est impossible.

S’entourer  chaque fois que cela est possible de personnes agréables et plutôt gaies.

L’humour est contagieux ! Passer plus de temps avec des personnes, si vous en connaissez, qui ont le don de voir le côté amusant des choses, qui sont elles-mêmes optimistes.

Regardez des films drôles 

Sélectionner des films à la télévision qui puissent vous faire rire, les enregistrer et les voir plusieurs fois. J’ai constaté que pour certains, même si on n’est plus surpris par le déroulement du scénario et par les gags que l’on connaît d’avance, on rit tout de même. L’explication est, je crois, tout simplement la capacité de certains acteurs de nous faire rire par leur seule présence.

Choisir des livres qui détendent

Choisir des livres capables de vous mettre de bonne humeur et selon mon expérience personnelle, ils ne courent pas les rayons d’une bibliothèque même fournie comme la mienne.

Oser l’autodérision

Prendre la vie trop au sérieux peut vite devenir pesant. Apprendre à rire de soi-même permet de dédramatiser les situations et d’adopter une attitude plus légère. Bien sûr, il ne s’agit pas de se rabaisser, mais de cultiver un regard amusé notamment sur ses petites maladresses du quotidien.

Rire plus souvent est à la portée de tous. En adoptant ces petites habitudes, nous voyons rapidement notre quotidien s’éclairer de moments joyeux et légers et j’espère qu’à la fin de la lecture de ce Blog, le lecteur sera un peu plus enjoué, au moins pour quelques minutes.

Sans oublier qu’être volontairement optimiste est bon non seulement pour soi, mais aussi pour ses proches.

Et je conclurai en citant à nouveau Voltaire : “La décision la plus courageuse que vous prenez chaque jour, c’est d’être de bonne humeur“

*J’ai déjà publié un article le 22/1/ 2025, intitulé : « Soyons optimistes »

 

 

 

 

 

mercredi 29 juillet 2026

La patrouille en ville

 Pour les nouveaux lecteurs, nous sommes en 1962 à Tlemcen où Jacques Neyrand, le principal protagoniste de « Djemila, la fiancée de Tlemcen » effectue son service militaire.

-Jacques était à nouveau de patrouille en ville. Posté à l’angle de la rue de Lamoricière et de la rue de Sidi Bel Abbès, le dos fermement appuyé à un mur, son esprit vagabondait entre le village d’Ota au pied duquel il campait avec ses camarades du lycée, celui d’Evisa proche et la plage de Porto. C’était en 1955, il avait croisé une jeune fille d’Ota sur la plage, une jeune fille aussi brune et mince que Yasmina et guère plus âgée qu’elle. Ses frères n’avaient pas du tout apprécié cette rencontre et, fidèles à la tradition du pays, avaient voulu venger l’affront fait par un garçon du Continent qui avait osé poser un regard, qui ne pouvait être que lubrique, sur une jeune fille corse. Il ne s’était pourtant strictement rien passé entre cette jeune fille et lui. Il ne lui avait même pas adressé la parole, il avait avec elle échangé un regard, certes un peu appuyé, mais simplement un regard. Il avait fallu que le père Champel, l’aumônier du lycée qui accompagnait Jacques et ses camarades et le curé d’Evisa, intervinssent pour raisonner les assaillants qui s’étaient présentés, menaçants à l’entrée du camp. Le lendemain matin, l’aumônier l’avait convoqué pour le mettre en garde.

“ Si cela se reproduit, je t’avertis, je te mets dans un avion et je te renvoie immédiatement en France“.

 “ Vous voulez boire du thé ?“ 

Une femme était devant lui, vêtue d’un haïk blanc, le visage découvert, à la fois réservé et avenant, avec un plateau en cuivre sur lequel étaient posées une théière fumante, des tasses et une assiette de gâteaux.

“Oui, bien sûr ! Avec grand plaisir !“ lui répondit Jacques, la seconde d’étonnement passée.

“ Et vos camarades en prendront-ils ?“ 

“Je vais le leur demander, Madame. “

Jacques traversa le carrefour pour interroger ses 2 camarades postés en face. Ils refusèrent tout net par crainte d’être empoisonnés, lui dirent-ils. Après le thé à la menthe ce furent les gâteaux mais ils n’eurent pas plus de succès. Le thé, à la rigueur, on pouvait ne pas aimer, ce n’est tout de même pas la boisson favorite des soldats et puis il était facile d’y mélanger un poison, mais des gâteaux ! Pouvait-on imaginer un instant que des gens mal intentionnés préparent des gâteaux à la mort-aux-rats, les fassent cuire et distribuer par une femme anonyme à de simples trouffions inoffensifs, alors que la guerre était finie ? Jacques, confus, peiné et très contrarié les excusa auprès d’elle.

Ce n’est rien dit-elle en souriant et elle ajouta :

“Le principal est que cela vous plaise“

Jacques n’était pas au bout des surprises désagréables, ce jour-là. Comme ils rejoignaient le command-car qui devait les ramener au camp, ils croisèrent sur le trottoir une jeune fille européenne.

“Mademoiselle ! J’aimerais bien être à la place de votre culotte ! “lui lança le magasinier Berlatier. Déclaration qui fut saluée par les rires de ses camarades. Jacques, outré aurait voulu présenter ses excuses, mais la jeune fille avait accéléré le pas et avait déjà disparu au coin de la rue. Il aurait aimé insulter l’agresseur, mais Fernandez* venant d’un autre poste de contrôle pour rejoindre le command-car et à qui il venait de rapporter les deux incidents s’en chargea.

“Vous êtes une bande d’abrutis, fatche de cons ! “leur lança-t-il du haut de son mètre quatre-vingt-cinq. “Vous vous plaignez que personne ne s’intéresse à vous, mais quand des arabes sont gentils, vous croyez qu’ils veulent vous empoisonner et les filles pied-noir, quand vous en rencontrez, vous les dégoûtez pour toujours de vous adresser la parole“. 

Alors qu’il regagnait sa chambre où l’attendait une lettre de sa mère que Le Guennec** avait déposée sur son lit, Jacques se demanda ce qui a pu faire changer Fernandez au point de se comporter en gentleman, lui le garçon boucher, grande gueule, jurant comme un charretier et toujours prêt à raconter une histoire grivoise.***

*Le chef cuisinier pied noir du Bataillon

**Un camarade de chambrée de Jacques

***Le lecteur en découvrira plus tard, comme Jacques, la raison

 

 

mercredi 15 juillet 2026

Des citations qui donnent à réfléchir et parfois à agir, suite.

 Le programme de Marine Le Pen est une liste à la Prévert de dépenses supplémentaires largement sous-estimées à 63 milliards d’euros par an financées à l’aide de recettes hélas en partie fictives Jean Tirole.

Les gens du RN sont des grands amateurs, ce ne sont pas des gens sérieux, ils ne sont pas capables de gérer la France, ils sont incompétentsPhilippe Aghion.

Jugements sans appel de nos deux prix Nobel d’Economie et cependant, de nombreux français votent pour eux et seraient même prêts à les porter au Pouvoir alors que ce Parti politique n’a pas :

-à ma connaissance, renié ses origines et répudié ses fondateurs, ni dénoncé les auteurs de l’attentat du Petit Clamart contre le Général De Gaulle dont ils ont l’indécence, et le mot est faible, de se réclamer aujourd’hui.

-continue à vouloir que notre pays abandonne l’Europe, sans retenir les leçons du Brexit et de son fiasco en Grande Bretagne,

-refuse de soutenir l’Ukraine et ainsi se range, de fait, du côté de son agresseur,

Qui enfin pose parfois des bonnes questions, comme l’excès d’immigration non intégrée à la société française, mais donne de mauvaises réponses, comme disait, en son temps, Laurent Fabius, premier ministre de François Mitterrand.

Pourquoi ?

Ils sont tout d’abord victimes, si j’ose dire, et ils ne sont, hélas, pas les seuls :

-de cette illusion collective que l’avis d’un individu diffusé sur les réseaux sociaux, quel qu’-il-soit, a autant de valeur à leurs yeux que celui d’un scientifique qui aurait effectué de nombreux travaux reconnus par ses pères. Je ne peux pas m’empêcher, à ce sujet, de citer l’écrivain et philosophe Umberto Eco “ Les réseaux sociaux ont été envahis par des imbéciles leur donnant le même droit de parler qu’un Prix Nobel. Avant ils se contentaient de s’exprimer au bistrot sans faire du tort à la personne“ Que les gens s’expriment, pourquoi pas, ils en ont tout à fait le droit, mais de là à les écouter, sachant qu’ils ne connaissent généralement pas ou pas suffisamment le sujet dont ils parlent, non !

-de leur pensée paresseuse que fustige à juste titre Boris Cyrulnick qui, faisant aucun effort de réflexion, ne leur permet pas de distinguer le vrai du faux, la fiction et la réalité alors que les mensonges, les fake news, dont j’ai plusieurs fois parlé dans mon Blog, n’ont jamais aujourd’hui été aussi répandus et utilisés sans vergogne par certains hommes politiques pour qui la fin justifie tous les moyens.  Cette pensée paresseuse entretenue par les Réseaux Sociaux et les plateformes qui en les divertissant en permanence leur évitent de réfléchir. Ils ne lisent plus, absorbés, même ceux qui ont fait des études supérieures, par leurs écrans ; j’en ai été témoin, et j’en fais aujourd’hui l’amère expérience comme auteur d’ouvrages. Sans oublier les risques futurs courus par notre démocratie qu’évoque Aldous Huxley : “La dictature parfaite ressemblera à une démocratie, une prison sans murs dans laquelle les prisonniers ne penseront pas à s’évader, un système d’esclavage où grâce à la consommation et aux divertissements, les esclaves aimeront leur asservissement    Déjà le mot d’ordre de Ciceron était :  Panem et circences“, et son conseil “donner leur du pain et des jeux et ils ne se révolteront pas“.

Ils sont aussi ignorants,

-du fonctionnement de l’économie comme beaucoup de français et même certains responsables politiques. Le gouvernement actuel, enfin, semble s’en soucier et prévoirait des cours d’économie dans l’enseignement secondaire et je me demande si nous ne pourrions- pas demandé à des candidats à des élections législatives et présidentielles de passer des tests de contrôle de leurs connaissances en la matière ?

-de l’histoire de notre pays et notamment de celle de la deuxième guerre mondiale et de la collaboration. S’ils sont enfants d’immigrés, leurs parents ne leur ont peut-être pas appris que c’était Franco et Mussolini qui en Espagne et en Italie les avaient obligés de se réfugier en France. Il est vrai que le niveau de la classe politique dans notre pays, de plus en plus bas, me semble-t-il, ne les aide pas. 

Ils n’ont pas du tout conscience de leur responsabilité

-En tant que citoyen qui vote et donc choisit ses représentants aux différentes élections pour diriger le pays. Ils ne mesurent pas un instant l’importance de leur geste, à supposer qu’ils fassent l’effort de se rendre aux urnes.

Enfin, et c’est peut-être le plus grave, ils s’en moquent.

-Mécontents de leur situation actuelle pour bien des raisons dont la plupart ne relèvent pas de la responsabilité de nos dirigeants en exercice, ils incriminent, bien entendu, le Pouvoir en place, encouragés en cela par les partis d’opposition et tous les hommes et femmes politiques qui veulent exister et ils se disent pourquoi ne pas essayer de le remplacer par ce Parti qui leur fait de nombreuses promesses, ne serait-ce que pour voir !

PS Je ne parle pas des ennuis judiciaires de sa principale responsable et du reniement de ses engagements passés qui à eux seuls justifieraient un article.

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mercredi 1 juillet 2026

Patrouille de nuit, suite et fin.

 -S’étant légèrement déplacé pour trouver une position un peu plus confortable, il huma une senteur printanière précoce qui émanait sûrement d’une plante qu’il ne distinguait pas dans l’obscurité, bien qu’il ait le nez presque collé au sol. A défaut de la voir, il aurait aimé la toucher, mais il n’osa pas lâcher sa carabine, même d’une main.

La douleur avait disparu comme par enchantement. Il se sentit subitement bien dans sa peau. Le parfum fragile d’une primevère africaine, annonciatrice du printemps, du renouveau, de l’espoir et peut-être de la fin prochaine de cette guerre stupide. Cette guerre où les frères de Djemila au ventre creux affrontaient dans le djebel des jeunes français trop bien nourris, le rendit optimiste.

Le SCR 300 se mit à grésiller, puis à crachoter. Le sous-lieutenant prit le combiné que lui tendait le radio. “Mission terminée ! On lève le camp !“ annonça-t-il. Pour des raisons connues seulement du Haut Commandement, la chasse aux fels était fermée. La patrouille rebroussa chemin et emprunta le même itinéraire qu’à l’aller.

Le Guennec vint à la hauteur de Jacques.

Une véritable promenade de santé ! Mon prince“.

Tu as raison, ce type de promenade, c’est meilleur pour la santé que les gardes ou les patrouilles en ville, ça nous fait faire de l’exercice, on en a bien besoin, surtout toi

Salaud !“

Tandis qu’ils devisaient gaiement comme leurs autres camarades, satisfaits de leur escapade et heureux de rentrer se coucher, un coup de feu claqua. Une balle siffla   près d’eux, puis une deuxième.

Couchez-vous !“ hurla le sous-lieutenant et Jacques, comme les autres, se jeta à terre.

Tirez ! “ ordonna-t-il tandis que le radio avertissait le QG de l’accrochage. Jacques vida son chargeur en direction de l’endroit d’où étaient partis les coups de feu.

Arrêtez le tir ! “

Deux hommes avec moi ! Nous allons savoir s’il reste encore de ces salopards ! Monetti, vous nous couvrez !“ 

Le sous-lieutenant accompagné de deux soldats qui s’étaient spontanément portés volontaires s’éloignèrent, cassés en deux. Au bout d’une minute, il s’écria :

Ils se sont enfuis, les dégonflés ! Monetti, rejoignez-moi avec les autres hommes ! “

« Et si c’était une diversion ? »  pensa Jacques qui fut le dernier à rejoindre le sous-lieutenant dans ce qui semblait être un boqueteau d’oliviers occupé par ses compagnons. Un instant, il fut tenté de faire part au chef d’escouade de cette hypothèse, mais devant l’air décidé, sûr de lui et farouche de Moatti, il se ravisa. Au fond, il n’était qu’un simple caporal et n’avait rien à apprendre à un officier dans l’exercice de ses fonctions. Bien entendu, les agresseurs avaient disparu et étaient sûrement rentrés tranquillement chez eux. Le sous-lieutenant ordonna à regret l’abandon des recherches, après en avoir informé l’Etat-Major.

Arrivé au camp, Moatti offrit à boire au mess des officiers à sa vaillante troupe. Un verre de cognac dans une main et une cigarette dans l’autre, ils parlèrent tous enfin de leur guerre, visiblement heureux à la pensée d’être demain les héros du camp. De vrais guerriers accrochés une nuit en Afrique par des ennemis invisibles qui avaient lâchement fui devant l’ennemi. Jacques trempa ses lèvres dans son verre, mais le goût du breuvage et son arôme lui firent immédiatement les retirer. Pour ne pas se faire remarquer, il enveloppa de sa main gauche le ballon comme pour en réchauffer le contenu.

Lors d’une surprise party dans les locaux de l’Ecole de Commerce, le 8 décembre 1959, après avoir parcouru les rues illuminées, bondées et joyeuses de la capitale des Gaules, et pour fêter dignement l’évènement, un camarade de promo et lui, après s’être arrêtés dans plusieurs bistrots, dont celui en face de l’Ecole, rue de la Charité, véritable annexe de l’établissement et appelé ainsi par les élèves, s’étaient lancé un défi : vider à eux deux, une bouteille entière de cognac. Défi relevé au prix d’une intolérance définitive à ce digestif. Quand la troupe joyeuse quitta le mess, personne ne remarqua qu’un verre posé sur la table était resté plein.

 

mercredi 17 juin 2026

La face noire de l'âme humaine

 Comment j’ai découvert, quand j’étais jeune, que les gens, même proches, le plus souvent s’ignorent, ne se comprennent pas, peuvent même se mépriser, se détester, se combattre parfois, voire s’entretuer, de Saint-Etienne à Tlemcen en passant par Porto en Corse et Milan.

A Saint-Etienne

-J’avais 5 ans, j’assistais à la fin de la guerre, près de chez mes parents, au-dessus de la gare de Châteaucreux, au lynchage de jeunes femmes accusées d’avoir couché avec des allemands et dont on avait rasé le crâne, par une foule composée non seulement d’hommes, mais aussi de femmes apparemment les plus excitées. Je perdis ce jour-là mon innocence. Je précise que j’avais jusqu’alors, et durant toute la guerre, vécu à la campagne.

En Corse

-J’avais 14 ans, ma mère, pour me récompenser d’avoir obtenu mon BEPC, m’avait offert un voyage en Corse organisé par l’aumônier du lycée. Sur la plage de Porto près d’Ota où nous campions, j’avais  croisé une jeune fille charmante. Ses frères n’avaient pas du tout apprécié et, fidèles à ce qui devait être la tradition du pays, avaient voulu venger l’affront fait par un garçon du Continent qui avait osé poser un regard, qui ne pouvait être pour eux que lubrique, sur une jeune fille corse. Il ne s’était pourtant strictement rien passé entre cette jeune fille et moi. Je ne lui avais même pas adressé la parole, mais échangé seulement un regard, certes un peu appuyé, mais simplement un regard. Il avait fallu que l’aumônier du lycée avec l’aide du curé du village voisin intervienne pour raisonner les assaillants qui s’étaient présentés, menaçants à l’entrée du camp. Le lendemain matin, il m’avait convoqué pour me mettre en garde.

Si cela se reproduit, je t’avertis, je te mets dans un avion et je te renvoie immédiatement en France“.

Le jour de notre arrivée, nous étions allés tous faire des courses dans le magasin du village et profitant que le vendeur était débordé par une telle affluence, j’avais vu des petits camarades chaparder et j’ai pensé alors qu’ils ne se seraient certainement pas comportés ainsi chez eux sur le Continent ! *

A Milan

-J’ai 21 ans quand j’arrive pour effectuer un stage de 2 mois dans une Compagnie d’Assurance. En découvrant la ville, l’entreprise et ses employés, je suis alors très étonné par son modernisme. Je me croirais plutôt aux Etats Unis. En vérité, je m’étais fait une idée préconçue et fausse, bien entendu, de  nos amis italiens. Je n’avais connu, comme beaucoup de français, que leurs compatriotes installés chez nous, de condition plutôt modeste travaillant le plus souvent dans les métiers du bâtiment et traités alors par le terme insultant de « macaronis ». J’étais comme les habitants du sketch de François Raynaud qui ne supportaient plus leur boulanger italien et, quand celui-ci, de guerre lasse, était retourné dans son pays, s’étaient retrouvés du jour au lendemain sans pain. Je me suis fait pardonner, si j’ose dire, en devenant rapidement un inconditionnel de nos amis transalpins,  au point d’enseigner leur langue.   

A Tlemcen

-J’avais 23 ans. J’étais ce soir-là de garde au camp où mon Bataillon était installé.  L’annonce par la radio qu’un de nos camarades de la patrouille en ville venait d'être abattu par un terroriste avait déclenché une explosion de colère chez mes camarades.

 Ces salauds de fellouzes, Il faut tous les descendre! Si on  demande des volontaires pour aller faire le nettoyage, j'en  suis! Qu'ils se tuent entre eux, on s'en branle, mais qu'ils viennent pas nous emmerder…

Si on leur avait donné carte blanche, ils se seraient jetés dans les rues, se déchaînant contre cette population dont un des membres avait osé agresser un des leurs. Comme deux d'entre  eux voulurent se jeter sur les carabines,  instinctivement, je  leur barrais  le chemin pour les empêcher d'accéder au râtelier des armes.

 Vous êtes fous ! Vous ne savez même pas qui a attaqué  Maisonneuve et vous voulez le venger en vous livrant  à une ratonnade ! Et si c'était un pied noir qui  a fait le coup, hein, qu’est ce vous en savez et à qui  profite le crime, si crime il y a  et j’ajoutai maladroitement 

“Cet attentat fera peut-être le bonheur de notre camarade s’il s’avère qu’il n’est que légèrement blessé, il bénéficiera d’un rapatriement sanitaire, sera affecté près de chez lui et y finira son service.“

Leur colère se retourna alors contre moi et l’un d’eux, sûrement les plus ancien me lança :

“ De quoi te mêles-tu, bleu-bite ! T'as à peine débarqué que  tu veux déjà donner des leçons aux anciens. Qu’est-ce que  tu connais de l'Algérie ? “

Je ne répondis pas, effaré par les éclairs de haine que je voyais  jaillir des yeux de mes interlocuteurs et je préférais me taire  et quitter le poste sur le champ.

Lors d’une patrouille en ville, une femme, le visage voilé m’avait proposé du thé et des gâteaux, mais mes camarades avaient refusé, par crainte d’être empoisonnés, m’avaient-t-ils. A la rigueur, on pouvait ne pas aimer le thé, ce n’est tout de même pas la boisson favorite des soldats et puis il était facile d’y mélanger un poison, mais des gâteaux ! Pouvait-on imaginer un instant que des gens mal intentionnés préparent des gâteaux à la mort-aux-rats, les fassent cuire et distribuer par une femme anonyme à de simples trouffions inoffensifs, alors que la guerre était finie ?

Comme nous rejoignons le command-car qui devait nous ramener au camp nous avons croisé une jeune fille européenne.

“Mademoiselle ! J’aimerais bien être à la place de votre culotte ! “lui lança le magasinier Berlatier. Déclaration saluée par les rires de ses camarades. J’aurais aimé l’excuser auprès de la jeune fille, mais elle s’était déjà rapidement éloignée et insulter l’agresseur, mais Fernandez*** venant d’un autre poste de contrôle et à qui je venais de rapporter les deux incidents s’en chargea.

“Vous êtes une bande d’abrutis, fatche de cons ! “leur lança-t-il du haut de son mètre quatre-vingt-cinq. “Vous vous plaignez que personne ne s’intéresse à vous, mais quand des arabes sont gentils, vous croyez qu’ils veulent vous empoisonner et les filles pied-noir, quand vous en rencontrez, vous les dégoûtez pour toujours de vous adresser la parole“.  **

*J’y suis retourné de nombreuses fois, toujours avec plaisir, notamment pour apporter mon assistance à une clinique d’Ajaccio, la clinique Comiti, dont le directeur, Monsieur Mazzoni était devenu un ami et avec qui j’avais organisé un Congrès mémorable d’INTERCLINIQUE, groupement de clinique que j’avais créé quelques années auparavant.

** Extrait de « Djemila, la fiancée de Tlemcen »

***Pied noir, chef cuisinier du Bataillon que le lecteur a découvert dans un extrait de « Djemila, la fiancée de Tlemcen »

 

 

 

mercredi 3 juin 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen. La première patrouille de nuit de Jacques. Première partie

Rappel pour les lecteurs qui n’auraient pas lu tous les extraits précédents

Nous sommes en Algérie en 1962, à Tlemcen, où Jacques Neyrand effectue son service militaire dans un bataillon du Génie. Lors d’une garde dans les studios de la radio française, il a joué le rôle du prince de Clèves.

 -La lune blafarde éclairait faiblement l’oued desséché que remontait la patrouille de nuit dont Jacques fermait la marche en compagnie de Le Guennec* et du sergent-chef Monetti en serre-file.

Merde ! “

Un homme, devant eux, venait de trébucher sur un caillou.

“ Vos gueules ! “ ordonna à voix basse le sergent-chef.

Jacques s’en voulait de s’être laissé entraîner dans cette sortie aventureuse.  « Bien sûr, les pourparlers qui se déroulaient à Evian entre le gouvernement français et le GPRA, Groupement Provisoire de la République Algérienne, avaient de fortes chances d’aboutir prochainement, mais pour l’instant, c’était encore la guerre », se disait-il.  « Et peut-être que le FLN, pour renforcer sa position dans la négociation en cours avait décidé de multiplier les accrochages avec l’armée française et montrer qu’il était maître du terrain. Rien de plus facile avec des soldats comme nous, des soldats d’opérette bruyants et voyants. Mais qu’était-il venu faire dans ce guêpier ! » 

Ce matin-là, après la levée des couleurs, le commandant avait demandé des volontaires pour participer à une patrouille de nuit décidée par le Haut Commandement Militaire. C’était la tradition au bataillon de faire appel aux bonnes volontés pour ce type de patrouille. Bien entendu, le Commandant espérait qu’il y en aurait assez, afin de ne pas être obligé d’en désigner. Sur les douze soldats nécessaires, dix s’étaient spontanément présentés. Il en manquait donc deux que le Commandant rechignait à choisir. Un officier supérieur de l’armée très atypique : ingénieur SupElec, il s’était engagé dans la 2ème DB de Leclerc et à la fin de la guerre, avait décidé de rester dans l’armée pour des raisons que lui seul connaissait.

Il y avait pourtant une récompense, qui était l’exemption de garde de nuit pendant 1 mois. C’est ce qui semblait avoir décidé Le Guennec qui, à son tour, avait quitté les rangs pour rejoindre les autres volontaires, ainsi il ne serait jamais plus de faction d’ici sa libération. Il ne manquait plus qu’un homme pour que la patrouille soit complète. C’est alors que dans les rangs quelqu’un avait lancé : “Le prince !“ » Et Jacques n’avait pu faire autrement que de s’exécuter, accompagné par une salve d’applaudissements ponctuée par des cris - Le prince ! Le prince ! Et le commandant d’ajouter en souriant :

“ Je n’en attendais pas moins du prince de Clèves !“

« Pauvre imbécile que je suis ! »  se disait-il maintenant. « Dire qu’il y a peut-être un fellagha zélé qui, pour décrocher une médaille ou un galon supplémentaire, est sur le point de faire un carton justement sur moi qui suis le plus exposé. Il commence à pointer son arme sur le chef de file, puis, le temps de viser et d’appuyer sur la gâchette, toute la colonne a défilé et la balle est pour moi ! »

Il aimerait bien se placer au milieu de la patrouille, mais quelle explication plausible pourrait-il fournir au sous-lieutenant ?

Peut-être qu’à cet instant même, à Evian, l’accord de paix venait d’être signé. L’encre était encore fraîche et il risquait de mourir comme un con !

Arrivés à mi pente de la colline qu’ils escaladaient, au point de croisement de l’oued et d’un chemin de terre, le sous-lieutenant les fit stopper et leur demanda de se coucher à terre à l’endroit où l’Etat-Major pensait que les fellaghas qui avaient attaqué la nuit dernière une ferme isolée devaient passer. Ils étaient donc à l’affût comme à la chasse au sanglier.

L’ordre était formel : si les fellaghas arrivaient, ils devaient essayer de les arrêter, sinon ils étaient dans l’obligation de faire usage de leurs armes.

« Programme tout à fait réjouissant ! »  pensa Jacques. Le sous-lieutenant Gérard Moatti, lui, était visiblement très heureux de jouer au chef de guerre. Simple dessinateur industriel dans le civil, ses qualités athlétiques et une volonté farouche de réussir afin d’effacer son échec au baccalauréat lui avaient permis de faire les EOR et de devenir officier de l’armée française. Il considérait être maintenant à égalité avec son jeune frère qui avait intégré les Mines. Tous les deux avaient été deux fois cités dans le Journal Officiel, lui pour ses nominations comme Aspirant puis comme sous-lieutenant et son frère pour son entrée et sa sortie de l’école. Moatti disposa ses hommes de chaque côté du chemin par lequel l’ennemi devait normalement passer et de manière qu’ils ne se tirent pas dessus.

Une fois couché à terre entre deux touffes d’alfa, calé sur ses avant-bras et cramponné à la crosse de sa carabine, Jacques ressentit une légère douleur sur le côté droit, juste au-dessous du ceinturon. « C’est bien ma chance ! »  se dit-il. « Tomber malade en pleine nuit, au milieu du djebel, alors que je vais peut-être devoir me battre pour sauver ma peau ! Cette douleur sur le côté droit, ne serait-ce pas une crise d’appendicite ? De l’appendicite à la péritonite, il n’y a qu’un pas et ce pas risquait d’être vite franchi. Si j’ai une péritonite, je suis foutu ! » 

Il enviait maintenant son frère qu’un chirurgien avait opéré quand il était adolescent, ayant confondu les symptômes d’une simple colite avec ceux de l’appendicite. Ce qui était alors très courant, les médecins et surtout les chirurgiens ne voulant pas prendre le risque mortel d’une péritonite pas opérée à temps. A la moindre suspicion, on ouvrait l’abdomen et on enlevait l’appendice dont on ne savait d’ailleurs pas à quoi il pouvait servir. Les opérés se réveillaient dans leur chambre avec le plus souvent sur leur table de nuit, placé dans le formol, leur petit bout d’intestin tout rose.

« Je risque de crever à la chasse aux fels uniquement par orgueil. Monsieur le Prince de Clèves ne saurait reculer devant le danger, Monsieur le Prince ne saurait perdre la face devant ses petits camarades, surtout devant Le Guennec ». 

A ce moment précis, il se méprisait. Sa douleur, un instant, oubliée, s’était atténuée tout en se propageant au bas du ventre, Puis au souvenir de sa grand-mère Bouchacourt, il se sentit un peu rassuré ; celle-ci affirmait avec beaucoup d’autorité qu’une douleur, tant qu’elle se déplaçait, ce n’était pas grave. Tout à coup, un bruit sourd explosa. Un des soldats, victime de flatulence, ou comme l’on dit en jargon médical d’aérocolie, venait de laisser échapper malencontreusement un pet.

“ Fermez-la, bande de cons !“ éructa Moatti.

« Fermez-la, manière de parler ! »  pensa Jacques qui était maintenant tout à fait rassuré et se demandait qui avait eu l’idée saugrenue de leur faire manger à midi des flageolets. Il était persuadé que les fellaghas ne passeraient pas là où ils les attendaient, à moins qu’ils ne soient complètement sourds ou ivres, mais comme les musulmans ne boivent pas d’alcool il n’y avait aucun risque quant à la deuxième hypothèse. En revanche, ils pouvaient les prendre à revers. Il jeta un coup d’œil derrière son épaule et tendit l’oreille pour essayer de détecter quelques bruits suspects, tout en espérant que les centaines de petites bulles de gaz qui se promenaient dans son intestin ne souhaitent pas vouloir prendre l’air.

*Camarade de chambrée de Jacques 

mercredi 20 mai 2026

Des citations qui donnent à réfléchir et parfois à agir, suite.

 Préambule

Dans un monde sans véritables repères, saturé de messages, un bouquet de citations empruntées aux grands classiques, à des auteurs célèbres ou à des personnalités plus ou moins connues, voudraient répondre au besoin de se raccrocher à des idées, des valeurs, de nouvelles perspectives, en un mot, aller à l’essentiel“

Prologue de mon ami Daniel Mandon à son ouvrage « C’est la faute à Voltaire » sous-titré « Du bon usage des citations »*.

Nouvelles citations

“Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire“ dit Albert Einstein, ce que confirme Victor Hugo : “Le monde ne souffre pas du mal des méchants, mais du silence des bons“ puis à son tour Martin Luther King : "Ce qui m'effraie, ce n'est pas l'oppression des méchants ; c'est l'indifférence des bons."

Ces citations devraient nous interpeler. Comment agir quand on est un homme ou une femme ordinaire, des simples citoyens, mais ayant cependant conscience que, comme le dit Jean-Paul Sartre : “On est toujours responsable de ce qu'on n'essaie pas d'empêcher."

-Tout d’abord, nous ne devrions pas nous taire. Notre grande ennemie est l’indifférence que chante Gilbert Bécaud :  Ce qui détruit le monde, c'est l'indifférence  L'indifférence, elle te tue à petit coup, l'indifférence“. Ce qui fait dire à Elie Wiesel dans son discours du Nobel de la Paix le 10 décembre 1986 : "J'ai juré de ne jamais me taire quand des êtres humains endurent la souffrance et l'humiliation, où que ce soit. Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté."

Bien entendu, l’indifférence se comprend et elle est tout à fait excusable quand nous traversons des périodes de très grande difficulté personnelle et que nous ne soucions même pas du sort de nos propres voisins, mais heureusement, en général, ces périodes sont rares pour la plupart d’entre nous.

-Ensuite, nous devrions toujours refuser le mensonge, source de bien des maux. Comme disait Camus : La liberté consiste d’abord à ne pas mentir. Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce en se perpétuant “.  

J’ai déjà traité le sujet dans mes Blogs du 5 avril 2021 « Ne laissons plus les mensonges prospérer sans réagir » et du 27 septembre 20211 « Aujourd’hui, le mensonge politique ne devrait plus payer ». Je rappelais le danger mortel qu’est le mensonge pour nos démocraties.

Comment :

-En dénonçant sans relâche les mensonges proférés en public et sur les réseaux sociaux.

-En boycottant leurs auteurs aussi longtemps qu’ils n’auront pas reconnu leurs erreurs et ne se seront pas excusés ainsi que ceux qui ne les ont pas contredits, le plus souvent des journalistes. Je pense en écrivant ces lignes à une journaliste de la télévision française qui a récemment laissé un responsable russe de haut rang débité ses mensonges sur la guerre en Ukraine sans jamais le contredire. Ces journalistes auxquels j’ai déjà consacré plusieurs Blogs se comportent ainsi, soit par ignorance des sujets traités, soit par manque de courage pour contredire leurs interlocuteurs, ou tout simplement par manque de conscience professionnelle.

Nous devrions aussi agir :

-En souscrivant à des pétitions - cela ne nous coûte rien - mais surtout en apportant notre aide financière, fusse t’elle minime, à des œuvres philanthropiques.

Enfin, nous pourrions agir tout simplement par notre bulletin de vote. Par exemple, en ne donnant pas notre voix à un candidat ou une candidate qui ne soutient pas le peuple ukrainien, ses représentants à l’Assemblée européenne refusant de lui accorder des crédits, ce qui revient, de fait, à soutenir son agresseur.

S’il n’est pas trop tard, pourquoi pas nous engager dans l’action politique ou associative.

*aux éditions l’Harmattan

NOTA BENE : Si un lecteur connaît d’autres moyens d’action, je le remercie d’avance de me les faire connaitre et j’en parlerai avec plaisir dans un prochain article.

pmazenod@wanadoo.fr

 

 

 

 

mercredi 6 mai 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen". La première rencontre de Jacques avec Djemila

 

Jacques, après avoir joué le Prince de Clèves à la radio la veille, cf Extrait précédent.

-Le lendemain après- midi, il accompagnait Micelli et son copain Bruneau* à Tlemcen dans la 2CV fourgonnette utilisée pour le transport du courrier, cordon ombilical avec la mère patrie. Habitué maintenant depuis bientôt deux mois au contact plutôt rude des banquettes des GMC, il apprécia la souplesse chaloupée de la voiture française la plus populaire de tous les temps. Il était significatif, observa-t-il, que le courrier, moral de la troupe, fut transporté avec plus de précautions que les hommes eux-mêmes. Après avoir fait une course dans le magasin Blanc, place des Victoires, Micelli prit la direction du Mechouar pour remettre un pli au Commandement de la place. Le Mechouar que découvrit Jacques qui s’y rendait pour la première fois était un ancien palais royal, citadelle du Moyen Age, qui dominait la ville de Tlemcen avec le minaret de sa mosquée transformée en chapelle par les Français et qui devrait retrouver certainement sa destination première quand les Algériens auraient obtenu leur indépendance. On y accédait par une porte ouverte dans une très haute muraille qu’ils empruntèrent pour se rendre au quartier général. Puis ils dégringolèrent vers le quartier arabe pour se rendre au bordel en empruntant le même itinéraire que celui que Jacques avait parcouru à pied un dimanche après-midi avec les deux mécanos marseillais. Jacques se tut, comme il s’était tu, la veille au mess, sur la visite qu’il avait déjà effectuée et la promesse qu’il s’était faite de ne jamais y remettre les pieds**. Mais au fur et à mesure que la voiture s’approchait de sa destination finale, il regrettait de plus en plus d’avoir accepté aussi facilement, rien que pour faire plaisir à ses nouveaux amis qu’il ne voulait pas décevoir.

La 2CV s’immobilisa devant l’établissement. La petite vieille qui jouait les vamps n’était pas là pour les accueillir. Ils en franchirent le seuil au pas de charge, Micelli en tête, Jacques fermant la marche. A l’intérieur, le décor n’était plus du tout le même. Seul le fond de la pièce, où se trouvait le bar, était éclairé par une lumière rouge tamisée comme dans les boîtes de nuit. Glenn Miller y jouait en sourdine « In the mood. »

Musique d’ambiance de circonstance, pensa Jacques, bien qu’il n’ait pas encore aperçu un seul avion ennemi, pas même le moindre fellagha depuis son arrivée en Algérie. Il revoyait James Stewart interpréter cet air au trombone à coulisse, sous l’attaque menaçante des chasseurs japonais, dans « Moonlight sérénade ».  Il avait vu trois fois le film.

Deux jeunes femmes en déshabillé s’arrêtant au ras du pubis dansaient avec des officiers du corps de santé reconnaissables à leurs épaulettes rouge grenat. Madame Mireille derrière le bar était tout sourire.

- “Bonjour Messieurs !“ lança-t-elle à l’adresse des nouveaux venus. Elle serra les mains généreusement offertes de Micelli et de Bruneau, puis celle plus réservée de Jacques.

- “Tiens, je ne vous connais pas, vous ! C’est la première fois que vous venez !“ 

- “Oui, Madame“. 

Madame Mireille n’avait pas la mémoire des visages ou plus surement feignait-elle de ne pas le reconnaître. Jacques pencha pour la seconde hypothèse.

- “Appelez-le Monseigneur, s’il vous plaît, Madame, il est le Prince de Clèves et…. encore puceau“, susurra Bruneau à l’oreille de la sous-maîtresse. **

- “Alors, Monseigneur, je vous recommande Djemila“ déclara-t-elle très solennellement.

- “Tiens, justement la voilà !“ 

Une jeune fille, presqu’une adolescente, légère dans son déshabillé rose qui ne laissait voir que le bas de ses genoux, franchit les dernières marches de l’escalier, un sourire timide aux lèvres. C’était une berbère au corps gracile et à la longue chevelure noire frisée, comme celle de Yasmina,*** qui couvrait harmonieusement ses épaules.

- “Bonjour !“ dit-elle doucement, sans élever la voix.

- “Bonjour“, répondit Jacques sur le même ton, stupéfait d’une telle présence dans un tel lieu. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’il ne se ressaisisse.

- “Que puis-je vous offrir, mademoiselle ?“ lui demanda-t-il.

- “Un sirop d’orgeat, s’il vous plaît, je n’aime pas l’alcool “, ajouta-t-elle pour s’excuser. 

- “Cela tombe très bien. Je bois également du sirop d’orgeat que j’ai découvert dans votre pays“.

Tandis que la sous-maîtresse les servait, Jacques se retourna. Micelli avait déjà disparu, quant à Bruneau, il dansait avec une femme européenne blonde, plus grande que lui, sur l’air de Saint-Louis Blues ; Luis Armstrong avait succédé à Glenn Miller. Il adressa un petit signe de connivence à Jacques. Madame Mireille lui tendit un ticket dans chaque main :

- “Un ou deux ? “

- “Un !“ Jacques paya, se reprochant tout de suite ce choix qui pouvait paraître avaricieux et qu’il savait être un réflexe acquis fort jeune, un réflexe de pauvre, dont il avait beaucoup de difficulté à se défaire. Djemila avait à peine trempé ses lèvres dans son verre, sans dire un mot. Elle prit la main de Jacques et l’entraîna dans l’escalier.

L’escalier abrupt débouchait sur la galerie qui conduisait aux chambres. Djemila pénétra dans la troisième, suivie de Jacques. La chambre se composait d’un lit à deux places sans traversin recouvert d’un drap blanc, d’une seule chaise et d’un cabinet de toilette dissimulé derrière un paravent rouge corail. Elle était faiblement éclairée par une fenêtre étroite et haute, encadrée de rideaux bariolés.

Djemila n’eut qu’à laisser tomber à ses pieds son déshabillé pour se retrouver entièrement nue. Jacques, qui s’était assis sur la chaise, leva lentement les yeux vers elle et découvrit de longues jambes effilées se terminant par des hanches à peine esquissées, une toison sombre bouclée abondamment fournie, des seins hauts et fermes aux larges aréoles brunes et aux mamelons semblables à des framboises mûres prêtes à être cueillies.

- “Vous ne vous déshabillez pas ?“ lui demanda-t-elle, visiblement surprise et un peu gênée.

- “Oui, bien sûr !“ répondit-t-il en se levant. Les mains et l’avant-bras de Djemila instinctivement s’étaient portées sur sa poitrine et son pubis. Jacques, lentement, presqu’à contrecœur, se dévêtit. Il n’avait jamais été fier de son corps : des jambes courtes et arquées qu’il ne pouvait même pas justifier par la pratique de l’équitation, des épaules un peu trop basses, une absence regrettable de pectoraux développés et d’abdominaux musclés, surtout des bras fluets de jeune fille se terminant bizarrement par des mains carrées de bûcheron. Si on ajoutait à ce tableau qu’en hiver la peau était blanche, presque laiteuse, et que sur sa poitrine se dressaient, ridicules, quelques poils noirs et tirebouchonnés, il était aisé de comprendre pourquoi Jacques n’était pas un adepte du naturisme.

Djemila put enfin retirer ses mains, son client était nu, comme elle. Elle l’amena à la toilette d’usage derrière le paravent. 

-“Vous savez, c’est obligatoire ! “s’excusa-t-elle. L’eau chaude, le savon Palmolive et surtout les mains douces rendirent à Jacques sa virilité, ce qui le fit sourire d’aise et facilita bien sûr le passage à l’acte suivant.

Plus un mot entre eux ne fut échangé. Plus un regard non plus. Il se rhabilla à toute vitesse et gicla dehors, comme un malfaiteur.

Sur le chemin du retour, à peine avaient-ils pris place dans la 2CV tous les trois que, pour ne pas être obligé de répondre à des questions embarrassantes, il prit l’initiative de la conversation. Il demanda à Micelli et à Bruneau s’ils avaient déjà fréquenté en France des prostituées. Ceux-ci ne se firent pas prier pour lui répondre. Ils lui expliquèrent qu’ils avaient commencé à utiliser leurs services quand ils étaient à Avignon, pendant leurs classes et ils lui donnèrent de nombreuses informations, lieux de rencontre, tarifs, description anatomiques, pratiques érotiques sur les filles qu’ils avaient connues. Quand le sujet parut épuisé avant qu’ils n’arrivent au camp et se séparent, Jacques lança le débat sur le thème : « Avait-t-on eu raison en France de voter la loi Marthe Richard et de jeter ainsi les filles dans les rues sans aucun contrôle sanitaire ? »**** 

*Micelli est le vaguemestre du Bataillon et Bruneau le Chef radio.

**Jacques s’était déjà laissée entraîné par des camarades un dimanche après-midi.

***Yasmina est la fille du gardien du camp auquel je consacrerais un extrait.

****Les officiers et sous-officiers ne fréquentaient les lieux  que les vendredi après-midi après que les pensionnaires aient passé une visite médicale à l'hôpital du Mechouar.