mardi 3 novembre 2026

Des citations qui nous donnent à réfléchir et parfois à agir comme celle de Julia De Funes

 

Julia de Funes dont le grand père nous a fait souvent rire.

“Entre les réseaux sociaux, les débats télévisés et l’immédiateté permanente, on assiste à appauvrissement progressif du champ lexical. Aujourd’hui tout est soit « incroyable », soit « cool » ou « malaisant ». Quand les mots se raréfient, la pensée se simplifie“

Il m’arrive souvent de citer Albert Camus : “ Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde“ à des personnes que j’aime bien qui, par négligence ou ignorance, n’utilisent pas dans une conversation les mots justes nécessaires à la compréhension de leur pensée.

Je ne cache pas que cette pauvreté du langage ajoutée à une pensée de plus en plus paresseuse chez les adultes comme le constate Boris Cyrulnick m’inquiètent, surtout chez les jeunes.

Les performances PISA chez les élèves

La France a participé en 2022 aux épreuves de l'enquête PISA qui évalue les compétences des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques de 81 pays, dont les 37 pays de l'OCDE.

En culture scientifique, le score moyen de la France est en baisse par rapport à 2015, mais surtout une baisse importante est également constatée en compréhension de l’écrit depuis 2018 (de 493 à 474 points). Ce qui fait dire à Edouard Geffay, le ministre français de l’Education Nationale, incriminant les ravages causés par les écrans. : “Si vous avez 400 mots de vocabulaire, vous serez l’esclave de l’IA, si vous en avez 4000, c’est l’IA qui sera votre jouet“.

Naturellement, la banalisation des écrans représente en effet un désastre pour les capacités d’attention, et causera bientôt un désastre cognitif avec le recours massif à l’IA.

“Ils ont l’impression que l’intelligence artificielle sera leur cerveau de secours. Pas du tout. L’intelligence artificielle détruit leurs cerveaux. Les connexions neurologues que vous avez patiemment instaurées pour vos enfants risquent de se déliter s’ils n’entretiennent pas la pensée avec des livres, avec des phrases complexes, avec une pensée complexe “, nous avertit Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste.

Avec humour, l’acteur Pierre Arditi   prévoit : “On est en train de créer des générations qui prendront un spot publicitaire pour une tragédie de Racine et je ne peux pas dire que cela m’enthousiasme“.

Ce constat explique en partie les succès dans l’opinion publique des extrémismes politiques comme je l’ai montré dans un article précédent où je reprends les citations de deux prix Nobel français d’économie sur l’incompétence du RN et sa dangerosité s’il accédait demain au Pouvoir.

Un autre handicap de nos compatriotes

Celui de ne plus écrire et se contenter de répondre le plus souvent par des emojis et je cite Georges Orwell, le célèbre auteur anglais de 1984 et de la Ferme des animaux : “Si les gens ne savent pas bien écrire, ils ne sauront pas bien penser et s’ils ne savent pas bien penser, d’autres penseront à leur place “.  

Comment freiner cette catastrophe annoncée ?

Les Pouvoirs Publics ont commencé à en prendre conscience, le Président en premier, qui veut interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans malgré le refus étonnant, dans un premier temps, du Conseil Constitutionnel.

Les écoles qui interdisent enfin le téléphone portable dans les salles de classe.

Et nous, que pouvons-nous y faire ?

Comme simple citoyen ordinaire, soutenir par nos votes les hommes et femmes politiques qui sont conscients du danger et tentent d’agir en conséquence.

Comme parents et grands-parents, leur faire aimer les livres et les inciter à écrire, mais comment ? J’avoue que je suis désarmé et j’accueillerai avec beaucoup d’intérêt les suggestions de lecteurs :pmazenod@wanadoo.fr que je publierai avec plaisir dans un prochain Blog.

Pour terminer je citerai le prix Nobel péruvien de littérature Marco Vargas Llosa. “ La littérature reste le seul moyen opérant pour maitriser le langage. Et le langage c’est fondamental, pas seulement pour vous exprimer, de manière intelligente, nuancée avec toutes les précisions que vous jugez nécessaires. Le langage c’est ce qui permet d’organiser votre pensée.  Le langage c’est ce qui déploie et structure votre imagination, régit votre sensibilité, vos émotions, vos passions. Et cette richesse, vous ne pouvez pas l’acquérir en regardant la télévision ou en voyant des films : c’est le roman, la poésie, les grands essais qui vous la donnent. Lire, c’est protester contre les insuffisances de la vie. Lire, c’est se mettre en état permanent contre toute forme d’agression, de tyrannie, la littérature vous fait désirer une autre vie et que la vie ne peut pas vous donner et donc forge des esprits critiques épris d’idéal tandis que l’extraordinaire machinerie industrielle est là pour nous amuser et créer des sujets passifs et conformistes“.

 

     

 

mardi 20 octobre 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen" La révélation de Djemila à Jacques

 Pour les nouveaux lecteurs, nous sommes en 1962 à Tlemcen où Jacques Neyrand effectue son service militaire dans une unité du Génie et a interprété à la radio nationale alors qu’il y était de garde, le rôle du Prince de Clèves. Djemila est une jeune pensionnaire de la maison close réservée aux militaires.

-Le capitaine-major lui avait accordé sans difficulté sa permission quand Jacques s’était rendu dans son bureau la lui demander. C’était la première fois qu’ils se retrouvaient seuls face à face depuis leur brève rencontre inopinée entre deux chambres de la Maison des Lys. Coïncidence curieuse : la veille de son départ pour la France, il fut chargé de diriger une patrouille de quatre hommes pour monter la garde à l’intérieur même de l’établissement.

Madame Mireille, sanglée dans un corsage mauve, était encore plus avenante que d’habitude. Elle offrit à boire à Jacques et à ses camarades. Les clients étaient nombreux en fin de journée, surtout des militaires d’unités stationnées dans la ville même de Tlemcen, comme ceux du bataillon d’Infanterie de marine. Elle offrit même à Jacques ce que l’on appelait autrefois le droit de cuissage, qu’elle monnayait en quelque sorte en demandant au chef de patrouille quelques minutes de plus au moment de la fermeture, à vingt et une heures trente.

“ Prenez celle qui vous fait envie, mon cher prince, aujourd’hui c’est moi qui régale !“ 

C’est alors qu’un légionnaire, surgissant, comme un diable de sa boîte, de l’escalier qui menait aux chambres interpella Jacques avec un fort accent germanique :

“ Y a la pétiteu prune qui feut te parler ! “

Les filles ne descendaient pas toujours entre deux clients et Jacques n’avait pas encore vu Djemila.

“ Vous voyez ! Ça tombe bien ! Votre choix est tout fait ! “déclara visiblement ravie la sous-maîtresse.

“ Je vais simplement lui parler, Madame !“ répondit   Jacques.

“ Bon, comme vous voulez ! Attends un moment, toi ! “ dit-elle en stoppant dans son élan un fougueux fantassin qui s’apprêtait à monter l’escalier quatre à quatre.

Djemila apparut, un peu plus pâle que d’habitude, à peine souriante, elle était visiblement inquiète. Elle descendit quelques marches et Jacques la rejoignit.

“Excusez-moi de vous déranger, vous connaissez Jeannot ? Il est du même régiment que vous ?“ 

“ Jeannot ? Comment est-il votre Jeannot ?“ 

“ C’est un garçon très gentil, il est grand…“

“ Le crâne un peu dégarni ?“ 

“Oui ! “

“ Jeannot FERNANDEZ ! Bien sûr que je le connais ! 

“Qu’est ce qui lui est arrivé ? Il vient tous les dimanches me voir et cette fois il n’est pas venu !“ 

“ Il est malade et il a été hospitalisé à Oran“.

“ Ah ! “fait Djemila en grimaçant légèrement.

“Ecoutez ! Nous en parlerons tranquillement tout à l’heure, à la fin de mon service. Je vous attendrais en bas pour boire un verre. Vous êtes d’accord ?“

“ D’accord ! “

Il n’avait pas encore franchi la dernière marche que Madame Mireille lâcha le fantassin qui le croisa et inévitablement vu la largeur de l’escalier le bouscula, sans s’excuser bien entendu.

 “Oh ! Du calme, mon garçon !“ l’apostropha Jacques qui arrivé au bar se pavanait comme un julot. Heureusement, il eut tout de suite conscience d’être ridicule et sourit intérieurement se disant que si Bruneau était là, il ne l’appellerait plus Monseigneur , mais Monsieur Jacques .

“Qu’est-ce qu’elle voulait la petite ?“ demanda la sous-maîtresse.

“ Rien de spécial ! Seulement des nouvelles d’un copain ! “répliqua Jacques d’un ton ferme. Il n’appréciait guère l’esprit d’inquisition de Madame Mireille et lui dit avec un air volontairement détaché :

“Je l’ai d’ailleurs invitée à prendre un verre à la fin de mon service“. 

“ Ah, très bien ! “

Il était 9 heures 31 minutes. Djemila rejoignit Jacques au bar.

“ Venez ! Prenons nos verres ! Je vous ai commandé un sirop d’orgeat. Nous serons plus tranquilles dans ce coin“,  lui dit-il, toit en désignant l’angle opposé à celui d’où s’élançaient les clients vers les chambres. Il restait encore trois soldats qui grâce au bon vouloir de Jacques pourraient quand même être servis. Seule la lumière du bar restait éclairée, rejetant le reste de la pièce où se trouvaient Jacques et Djemila dans la pénombre.

Jacques avait demandé à ses hommes de rejoindre le command car qui les attendait dehors et de faire patienter le chauffeur quelques minutes. Marque d’attention de la part de la sous-maîtresse ? Heureux hasard ? L’électrophone diffusait le concerto n°21 en ut majeur de Mozart. Djemila, la mine soucieuse, lui semblait encore plus belle.

Il lui prit doucement la main gauche.

“ C’est lui ? “demanda-t-il en désignant un large bracelet doré quelque peu ordinaire qui entourait son poignet.

“ Oui ! Il est si gentil ! “dit-elle comme si elle voulait excuser Fernandez.

Jacques pensa : « moi, je lui aurais acheté un bracelet en fin ivoire qui se serait admirablement marié à son teint mat ». 

“ Ecoutez-moi, Djemila ! Je vais en permission en France pour quelques jours et je pars demain. Je passe par Oran et j’essaierai de rencontrer Fernandez pour lui dire que nous nous sommes vus et, pendant mon absence, mon ami, le sergent Micelli vous donnera de ses nouvelles aussitôt qu’il en aura“. 

mardi 6 octobre 2026

Ma mère et ses proverbes

Ma mère aimait bien citer des proverbes et adages. Elle n’était pas très instruite, encore qu’elle eût obtenu au début du siècle dernier son certificat d’études dont elle était d’ailleurs, à juste titre, très fière. En effet, être une fille de paysans à son époque où on ne parlait à la maison que l’occitan du Velay, le patois de la région, et devant faire un long trajet par tous les temps pour se rendre à pied à l’école, il fallait beaucoup de volonté et de persévérance.

Certains me reviennent en mémoire…

« On ne peut pas être et avoir été » qu’elle a souvent prononcé dans les dernières années de sa vie. Elle, très active, souffrait de ne plus pouvoir l’être autant, mais l’énoncé de ce proverbe devait la consoler en quelque sorte, je suppose. Aujourd’hui dans sa situation, je me le répète tout en pensant à elle et bien que je sois moins actif qu’elle ne l’était.

“Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait“

Elle enrageait parfois de ne pas faire ce qu’elle n’était plus capable de faire. Frappée par une hémiplégie, elle était limitée dans ses mouvements.

Oscar Wilde un siècle plus tôt avait fait le même constat qu’elle, en déclarant : “Le problème n’est pas d’être vieux, mais de rester jeune“

Nous connaissons tous des gens qui encore jeunes étaient déjà vieux et sont donc habitués à leur sort.

 « À chaque jour suffit sa peine »

Elle se concentrait totalement sur ce qu’elle faisait et ne se laissait pas distraire par des pensées sur l’avenir.

« Un coup de langue va plus loin qu’un coup d’épée »

Elle avait été témoin dans sa vie des dégâts parfois irréversibles que peut provoquer la parole et elle m’avait ainsi conseillé de toujours mesurer mes propos.

« Il faut tourner sept fois la langue dans la bouche avant que de parler »

Il importe de bien réfléchir aux paroles qu’on veut dire, avant de les laisser échapper.

« Toute vérité n’est pas bonne à dire »

Il y a des vérités qui blessent inutilement et il est donc sage de ne pas les dévoiler. En prononçant ce proverbe, elle pensait sûrement à quelqu’un qu’elle ne voulait pas froisser.

« Il faut de tout pour faire un monde » 

Truisme à première lecture, mais en vérité, une affirmation que nous avons tous besoin les uns des autres, que nous devons accepter tous les gens avec qui nous vivons. Ma mère était foncièrement libérale, sans le savoir.

« Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que des sottes gens »

Ayant vécu au bas de l’échelle sociale dans sa jeunesse, elle n’acceptait pas que des personnes méprisent ceux qu’elles estimaient inférieures à elles.

« Ce qui est fait n’est pas à faire »

Ce constat qui justifiait presque instinctivement son refus de reporter à plus tard ce qu’elle pouvait faire tout de suite. “Do it now !“ , le mot d’ordre d’une chef d’entreprise Linda Wachner, PDG de la firme Warnaco, la femme, alors, la mieux payée des Etats Unis à ses 13 000 collaborateurs était le titre de mon Blog que j’avais choisi où je reprenais celui dans un de mes éditoriaux de la Lettre d’IFRHOS* dans lequel j’expliquais à mes lecteurs que l’Histoire avait toujours donné raison à ceux qui avaient su dans le passé agir le plus vite.

« Les chiens ne font pas des chats »

Prononcé chaque fois qu’elle constatait chez quelqu’un, pour les regretter, les marques de l’hérédité.

« La vérité sort de la bouche des enfants »

Un proverbe auquel elle était fermement opposée et qui la mettait en colère. Elle avait été bonne d’enfants et elle avait constaté que les enfants mentent parfois effrontément.

« A quelque chose malheur est bon »

Ce proverbe révélait chez elle son optimisme foncier.

Nota Bene : Il lui arrivait d’utiliser des proverbes en patois notamment quand elle bavardait avec une de ses sœurs, mais je ne serais pas capable de les transcrire. Elle m’avait avoué qu’elles s’exprimaient plus rapidement qu’en français, du moins en avait-elle l’impression. C’est sûrement ce qu’éprouvent nos compatriotes en utilisant entre eux leur langue maternelle quand elle n’est pas celle de Molière.

*Lettre de management hospitalier que j’ai publiée tous les deux mois pendant des nombreuses années et qui s’adressait aux directeurs d’établissement hospitaliers et aux administrateurs de cliniques privées.

 

 

 

mardi 22 septembre 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen"

 

Nouvelle rencontre de Jacques avec DJEMILA

Pour les nouveaux lecteurs, nous sommes à Tlemcen en 1962 où Jacques Neyrand y effectue son service militaire dans une unité du Génie et où il a interprété à la radio, un jour où il était de garde, le rôle du Prince de Clèves.

 

 Jacques retourna à la Maison des Lys, toujours accompagné des inséparables sergents Micelli et Bruneau. Nous étions vendredi et les pensionnaires du bordel militaire venaient à peine de rentrer de l’hôpital du Mechouar, garanties saines de corps par les médecins militaires.

“ Bonjour Messieurs, bonjour Monseigneur !“ 

Madame Mireille les accueillit avec empressement. Djemila, en déshabillé blanc à fines fleurs jaunes, bavardait au bar avec une grande fille aux longs cheveux crépus et aux hanches monumentales qu’elle mettait en relief en se penchant sur le comptoir. Tandis qu’une trompette attaquait avec force un pasodoble, une autre pensionnaire vint se joindre à elles. Des seins agités sous une robe pourpre qui semblaient vouloir s’échapper, des lèvres charnues, celle supérieure ourlée d’un fin duvet, un chignon noir bas, une peau très blanche et des yeux qui jetaient des flammes.

“ Bonnesoare! “ lança-t-elle à la cantonale d’une voix sourde, légèrement rocailleuse. Jacques était sur le point de faire un pas vers elle pour l’inviter, mais Micelli, plus rapide, l’avait déjà entraînée dans la danse. D’autres militaires arrivaient, des gars de la Légion Etrangère et de l’Infanterie de Marine, tous gradés. Il s’approcha du bar et commanda un sirop d’orgeat. Djemila était placée derrière lui et il ne l’avait pas encore saluée.

“Alors, Djemila, on ne dit rien à son Prince ?“ demanda Madame Mireille sur le ton de la réprimande amicale. Jacques se retourna.

“Bonjour ! “ 

“Bonjour ! “

“ J’ai cru que vous ne reviendriez pas ! “dit-elle.

“  Oh, j’ai simplement été très occupé ces derniers temps ! “

“ Vous venez avec moi ou vous préférez Conception ?“ 

“Qui est Conception ? “

“ La fille qui danse avec votre camarade et qui semble beaucoup vous plaire“. 

“Ah Non ! Quelle idée ! Je peux vous offrir un sirop d’orgeat ?“ 

“ Oui ! Je veux bien “.

La sous maîtresse, faisant fonction aussi de barman fit le service. Jacques, enfin, leva ses yeux sur Djemila et lui sourit. Sur la piste improvisée, Micelli et sa cavalière se laissaient emporter par la danse et soulevaient l’admiration des spectateurs. Surtout quand Micelli la faisant virevolter, la robe courte et légère de Conception s’envolait et laissait découvrir des cuisses fortes et musclées et une touffe pubienne sombre et foisonnante. A cette vue, Jacques se dit que les mœurs avaient bien changées depuis le 18ème siècle où seules les courtisanes alors portaient des culottes.

“ Vous venez ? “Djemila tendit la main à Jacques qui la suivit sans un mot.

La chambre était la même, un peu plus claire que la première fois, dehors le soleil était plus haut dans ciel. Cette fois Djemila attendit, sagement assise au bord du lit, que Jacques se déshabille, mais celui-ci lui demanda d’en faire autant pour lui permettre de dissimuler sa gêne.

Quand il ressortit de la chambre, il aperçut le capitaine major du Bataillon, son grand Chef, qui entrait dans la chambre voisine sur les pas de la blonde avec qui Bruneau avait dansé la fois précédente. Il fit semblant de ne pas l’avoir vu. Au retour, Micelli invita Jacques à dîner dans son bureau avec Bruneau, d’un litre de vin rouge, d’un camembert et d’une boîte d’anchois.

Pour la première fois depuis fort longtemps, depuis l’époque qui lui paraissait maintenant lointaine de ses études à Lyon, Jacques partagea son repas, dans l’intimité, avec des amis. Le camembert était juste à point et se mariait parfaitement avec le château Mansourah, vin rouge des coteaux de Tlemcen. Tous les trois se découvrirent à cette occasion une prédilection commune pour les anchois.

“Un jour, vous verrez“, pronostiqua Bruneau : “ il y aura des self-services dans les casernes et les soldats boufferont dans leur piaule“.