mercredi 25 février 2026

Les personnes célèbres que j'ai rencontrées ou failli rencontrer, suite et fin.

 

Les gens du monde de la Presse, des Lettres et des Affaires

Jean François Khan.

Je l’avais rencontré une première fois  à la Fête du Livre de Saint-Etienne puis nous avions ensuite entretenu une correspondance. Un point de désaccord existait entre nous sur la moralité des patrons. Lui pensait, contrairement à moi, que seuls les grands patrons étaient malhonnêtes.  Il reste pour moi un modèle de journaliste éclectique ; il avait  à une époque animé à la  radio une émission sur la chanson française que je suivais toujours avec plaisir  et d’intellectuel à suivre.

François de Closet.

Alors que j’écrivais mon essai « Mérites-tu vraiment ton salaire » je me suis mis en relation avec lui. Il m’a encouragé à poursuivre et je lui ai même proposé de signer l’ouvrage, considérant que son succès commercial serait assuré. Nous devions nous rencontrer à une fête du livre de Saint-Etienne, mais nous n’avons pas pu hélas nous voir et je n’ai pas cherché à le recontacter. Peut-être ai-je eu tort ?

Christiane Collange

La sœur de Jean-Jacques Servan Schreiber et épouse du journaliste Jean Ferniot. Je l’ai connue à la Fête du Livre de Saint-Etienne, plus exactement dans un restaurant de la Place Jean-Jaurès où nous étions assis côte à côte après qu’elle ait dédicacé son livre « Chers enfants » à mon épouse. Elle nous a raconté la fable à laquelle elle tenait beaucoup, celle des deux mouches dans un bol de lait. L’une ne lutte pas et se noie rapidement tandis que l’autre se débat jusqu’à  ce que le lait devienne du beurre et lui permette de se sauver.

Françoise Giroud

Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais nous avons échangé des lettres après que je lui ai adressé mes commentaires sur son dernier livre que j’avais lu.

Pierre Tchernia

Le Monsieur Cinéma de la télévision. J’ai fait sa connaissance dans l’avion de Paris qui nous ramenait un jour de Tarbes à l’époque où j’intervenais à la clinique du docteur Courty dont je parle dans « Une vie au service de l’hospitalisation privée » , étant assis l’un à côté de l’autre. Il m’avait raconté que la veille, à l’aller, il avait rencontré des touristes qui rentraient de l’Ile Maurice et se plaignaient d’avoir mal mangé. Nous dissertons sur le comportement de ces touristes qui ne méritent pas tous  les bienfaits de la civilisation moderne. Ils sont à des milliers de kilomètres de chez eux comme s’ils allaient dans le canton voisin, sans surprise, sans curiosité, sans émerveillement. Pierre Tchernia me dit qu’un film américain dénonçait parfaitement ce comportement. Il s’appelait « C’est mardi, ce doit être la Belgique »    

Pierre Charras

J’ai fait la connaissance de cet  écrivain d’origine stéphanoise à la Fête du Livre de Saint-Etienne où il m’a dédicacé son livre « Bonne nuit, doux prince » et ensuite nous avons eu un échange épistolaire très intéressant.

Antoine Riboud

Nous avons failli nous rencontrer  à Villeurbanne dans les bureaux de BSN dont il était le PDG pour parler de la  création d’une société de caution mutuelle chargée du financement de fonds propres des créateurs d’entreprise et dont les membres auraient été des personnalités éminentes du monde économique comme lui. J’étais alors professeur de finances à l’Ecole Supérieure de Commerce de Lyon chargé d’un cours sur les créations d’entreprise.  Projet auquel il était intéressé et c’est pourquoi nous devions nous rencontrer. Hélas, un évènement familial imprévu l’a obligé à se décommander au dernier moment.  J’ai appris plus tard par son fils qui avait pris sa succession que ce jour-là venait de décéder en Savoie sa belle-mère. Je me suis bien sûr poser la question : Pourquoi ne l’ai-je pas rappelé pour convenir d’un nouveau rendez-vous ? Je n’ai pas plus la réponse précise aujourd’hui qu’à l’époque, mais peut-être qu’inconsciemment je ne me sentais pas capable de mener à bien ce nouveau projet qui venait s’ajouter à d’autres projets que j’avais lancé ou prévu de lancer.

Alain Griotteray

Je l’ai rencontré, non pas en qualité d’homme politique, d’éditorialiste du Figaro, mais patron de l’entreprise des Aspirateurs Tornado qu’il faisait fabriquer à Bourg-Argental chez mon ami Maurice Martin, industriel par ailleurs ingénieur conseil qui avait été un de mes  associés dans l’IFRHOS, l’Institut Français de Réalisations Hospitalières.

Je l’ai retrouvé un jour à la Charpinière où il était venu faire une conférence et la dernière fois c’était à Orly. Nous attendions notre avion et avons bavardé puis il s’est brusquement levé tout en me disant : “Allons-y ! “ sur un ton qu’il avait dû prendre quand il était chef de réseau dans la Résistance. Hélas, lui prenait l’avion de Bastia et moi celui de Saint-Etienne. 

  Pierre Gagnaire

Quand il était à Saint-Etienne, il  regrettait de ne pas avoir de chambres à offrir à ses clients comme d’autres grands chefs. Il m’avait donc proposé de nous envoyer ses clients – nous avions déjà quelques clients communs- et nous avions arrêté le slogan “ Venez manger chez Gagnaire et dormir à la Charpinière“. Hélas, pour moi, il a préféré aller s’installer à Paris.

  

 

vendredi 13 février 2026

Les dérives des dépenses de l'Assurance Maladie et l'augmentation de la dette. A qui la faute ?

 Le problème est très préoccupant car avec le vieillissement de la population  conjugué à la diminution de la population active, le fameux « trou de la Sécu » ne peut que s’élargir et devenir impossible à combler.

En 2024, les dépenses de santé ont dépassé les 250 milliards d’euros, un montant très élevé qui pèse lourdement sur les finances publiques.

En premier, le comportement des Français

Beaucoup de nos concitoyens sont irresponsables et n’en sont pas toujours conscients. Ils gèrent mal, voire très mal, leur capital santé.  J’y ai consacré un chapitre entier des Chroniques 2014-2024 intitulé « Notre rapport à  la santé »

-Ils  ont des comportements à risque : ils fument, se droguent en faisant, au passage, la fortune des narco- trafiquants et en favorisant la criminalité que ces derniers provoquent, ils consomment beaucoup trop d’alcool, sont en surpoids, voulant surtout  ne se priver de rien et se souciant comme d’une guigne du coût pour la Collectivité.

-Ils ignorent les règles élémentaires d’une bonne diététique et quand ils les connaissent, ne les respectent pas.

-Ils ne respectent pas les prescriptions de leur médecin. Un patient sur deux ne les suit pas scrupuleusement.

-Ils gaspillent les médicaments.

-Ils n’essaient pas de résister aux chants des sirènes de certains laboratoires pharmaceutiques.  Un exemple. Une firme avait réussi à décupler les ventes d’un antiseptique en le proposant pour traiter une nouvelle maladie, l’halitose, prétendument chronique aux conséquences sociales graves, qui n’est autre que la mauvaise haleine.

Depuis le 26 septembre de cette année, un changement discret mais majeur s’est invité dans le quotidien des Français. Chaque bénéficiaire de la Sécurité sociale voit désormais sa boîte mail s’animer après un passage chez le médecin, à la pharmacie ou encore chez le kinésithérapeute.

Ces mails, envoyés dans un délai de dix jours après chaque soin rappellent que derrière chaque rendez-vous ou chaque médicament délivré se cache une dépense supportée par la Collectivité.

En France, le système de santé repose sur la solidarité nationale et sur un principe qui a parfois un effet pervers : le tiers payant. Ce dispositif évite aux patients d’avancer leurs frais, mais entretient aussi une impression d’acte gratuit. Or, comme le rappelle Marc Scholler, directeur financier de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), « la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût ».

En second, les gestionnaires du système de santé : les médecins et les dirigeants.

Les directeurs d’hôpitaux

Quand j’étais professeur à l’EM Lyon et que j’enseignais la gestion hospitalière après avoir enseigné le financement puis la création d’entreprise, je proposais à la direction de l’Ecole de créer une passerelle avec l’Ecole de  santé de Rennes, d’où sortent les directeurs d’hôpitaux. Ma demande avait été refusée au motif que les hôpitaux publics ne payaient pas de taxe d’apprentissage, source de financement de l’école.  L’ école de Rennes forme à l’administration et non pas au management d’entreprise hospitalière pour laquelle j’ai consacré un demi-siècle de mon existence comme je le raconte dans « Une vie au service de l’hospitalisation privée »

Il est vrai que diriger une structure de soins dans laquelle des médecins exercent leur métier en toute indépendance n’est pas chose facile, je peux en témoigner et j’en ai parlé notamment dans « Je vous ai bien aimés, docteurs ! »

Les médecins .

Certains n’ont pas appris à tenir compte des contraintes économiques et même parfois tout simplement les refusent comme ce « grand patron » lyonnais qui s’était un jour offusqué que le directeur général des Hospices Civils ose lui demander quand il partait en vacances, la gestion des lits, si possible optimale, n’étant pas du tout son affaire.

Je raconte dans mon livre que mon goût pour les ratios et l’utilisation du benchmarking* en agaçaient certains qui me traitaient d’économiste, et même d’économiste aux yeux bleus pour ceux du Midi de  la France, terme péjoratif dans leur bouche. Un jour, le PDG d’une clinique privée, chirurgien orthopédiste de son état m’avait demandé de présenter à ses collègues les résultats de l’étude que j’avais faite du coût de fonctionnement de son Bloc opératoire. Je leur avais appris que les consommations de produits consommables y étaient dix fois plus élevées que celles d’une clinique traitant les mêmes pathologies. Leur PDG en avait été alors très contrarié. Un autre exemple : j’avais relevé que le coût des prothèses dans une clinique qui ne les refacturait pas aux patients, comprises donc dans ses prix de journée, était nettement plus élevé que celui des prothèses d’un établissement qui, lui, les refacturait.

Au nom de la Santé n’a pas de prix, on ne s’abaisse pas à parler dépenses. Sous la présidence Mitterand, son ministre communiste de la Santé s’était même écriée : “Je ne suis pas la ministre des comptes ! “ .

Attention, je ne dis pas que dans certains services hospitaliers, il n’y ait pas un manque de personnel, mais la gestion, grâce à une meilleure organisation, pourrait être améliorée. Les syndicats dénoncent  systématiquement un manque de moyens, mais ils ne proposent jamais une meilleure organisation. Pour cela il faudrait que les différents acteurs soient suffisamment motivés. Pour les directeurs d’hôpitaux, ce serait possible à mon avis, par contre pour les médecins, il est difficile d’imaginer qu’ils puissent être récompensés pour leurs économies de moyen.

Par contre  il faudrait leur faire prendre davantage  conscience de la dimension économique de leur activité et donc de leur responsabilité   en diminuant le coût de leur exercice comme par exemple:

-Déprescrire à bon escient, chère au Professeur Patrice Queneau inventeur de ce néologisme.

-Intégrer la diététique dans les conseils à leurs malades comme je l’ai conseillé dans mes Blogs du 26 mars et 17 juin 2025   «  des médecins qui seraient aussi diététiciens »

-Eviter les examens redondants ou parfois inutiles.

-Quand ils sont hospitaliers , améliorer leurs relations avec leurs collègues de l’établissement où ils exercent et éventuellement avec ceux d’autres établissements où leurs malades ont séjourné.

-  Améliorer la qualité et la rapidité de leurs diagnostics et des traitements qui s’en  suivent.

Et pour cela continuer à se former, surtout aujourd’hui plus que jamais, avec l’arrivée de l’IA qu’ils devront intégrer demain dans leurs pratiques. 

 pmazenod@wanadoo.fr

 

* Définition du DICOMAZ, dictionnaire du management de la santé: “Démarche continue et méthodique d’évaluation de ses services par rapport à ceux d’entreprises très performantes dans le secteur d’activité considéré afin d’améliorer sa position stratégique et satisfaire davantage ses clients.“

 

vendredi 30 janvier 2026

Extrait de Djemila, la fiancée de Tlemcen : La première garde et l'attentat

 

 La première garde de nuit

Jacques, pour la première fois qu’il est arrivé en Algérie, est  appelé à monter la garde dans le camp où se trouve son Bataillon. Il prend son premier tour en s’installant au haut du mirador situé à l’entrée principale.  

Soudain, un glapissement aigu, sinistre et déchirant lui  glaça le sang. Les deux trois secondes d'effroi passées, il  ralluma le projecteur et le braqua sur l'endroit d'où lui  semblait être venu ce cri. Le long de l'oued couraient les  chacals, ces animaux qui symbolisaient Anubis, le dieu des  morts des égyptiens, ce qui ne les rendait pas du tout  sympathiques. On aurait dit des chats au museau pointu,  l'échine plus longue. Rassuré, Jacques commença à jouer  avec ces étranges visiteurs nocturnes. A l'aide du  projecteur, il les poursuivait en remontant l'oued jusqu'au  campement où se trouvaient les cuisines. Ils étaient une dizaine à  se restaurer avec les détritus et les reliefs de repas de la  journée. Parfois, il en surprenait un en pleine gueule. Alors  deux yeux énigmatiques d'un rouge vif semblaient vouloir  l’hypnotiser. Il crut les avoir déjà apprivoisés. Ils s'étaient  maintenant habitués à la lumière et certains venaient se  balader dans la zone balayée par le projecteur. Il ne pouvait  s'empêcher d'admirer leur grâce féline.  La sonnerie du téléphone le fit sursauter. A l'autre bout du  fil, le chef de poste lui annonçait la relève. Les deux heures  s'étaient déjà écoulées et il dut quitter, presque à regret, ses  nouveaux compagnons de nuit. Après avoir salué son  remplaçant qui l'attendait au pied du mirador.

-Salut ! Salut ! 

Il retourna au poste, satisfait de sa première faction. La seconde ne commençait que dans quatre heures.

 L’attentat

9 h 22. La sonnerie du téléphone enfin retentit. Dans un  silence pesant, le chef de poste, le caporal-chef  Gonzalez décrocha le combiné fixé au mur juste  derrière lui: Allo ! Oui. Quoi ? Comment ? Son visage  blêmit. Jacques comprit tout de suite qu'un coup dur était arrivé.  Ses camarades, aussi. Gonzalez reposa  lentement l'appareil. Deux, trois secondes s'écoulèrent qui  parurent des heures. Il se taisait. Enfin d'une voix blanche,  il annonça qu'un de leurs camarades, Maisonneuve,  venait d'être abattu par un terroriste. L'inquiétude fit place  aussitôt à une explosion de colère. L'un des soldats  connaissait très bien la victime, mécanicien comme lui dont  il partageait la chambrée Tous criaient vengeance, les exclamations fusaient :

 Ces salauds de fellouzes, Il faut tous les descendre! Si on  demande des volontaires pour aller faire le nettoyage, j'en  suis! Qu'ils se tuent entre eux, on s'en branle, mais qu'ils  viennent pas nous emmerder

 Si on leur donnait carte blanche, les voilà qui se jetteraient  dans les rues, se déchaînant contre cette population dont un des membres avait osé agresser un des leurs, tuant,  “massacrant tout algérien sur leur passage. Le camp fut mis  en alerte et la garde immédiatement renforcée. Jacques,  seul, conservait son calme. Ce qui ne l'empêchait pas d'être  très inquiet de la réaction de ses camarades. Deux d'entre  eux voulurent se jeter sur les carabines. Instinctivement, il leur barra le chemin pour les empêcher d'accéder au râtelier des armes.

 “ Vous êtes fous ! Vous ne savez même pas qui a attaqué  Maisonneuve et vous voulez le venger en vous livrant  à une ratonnade ! Ne tombez pas bêtement dans le piège  tendu par les terroristes en alimentant le cycle de la  violence et en justifiant la leur.  Et si c'était un pied noir qui  a fait le coup, hein, qu’est ce vous en savez et à qui  profite le crime, si crime il y a et il ajouta maladroitement 

“Cet attentat fera peut-être le bonheur de notre camarade s’il s’avère qu’il n’est que légèrement blessé, il bénéficiera d’un rapatriement sanitaire, sera affecté près de chez lui et y finira son service.“

Son discours doucha les autres soldats et calma leurs instincts meurtriers, mais leur colère ne diminua pas pour autant et se retourna contre lui. Ils l’entourèrent et leurs regards traduisaient tout à la fois leur stupéfaction et leur désapprobation. L’un d’eux, sûrement le plus ancien, s’approcha de lui et sur un ton qui se voulait le plus méprisant qui soit lui lança : 

“ De quoi te mêles-tu, bleu-bite ! T'as à peine débarqué que  tu veux déjà donner des leçons aux anciens. Qu’est-ce que  tu connais de l'Algérie ? “

Jacques ne répondit pas, effaré par les éclairs de haine qu'il  voyait jaillir des yeux de ses interlocuteurs et préféra se taire  et quitter le poste sur le champ.

Prochain extrait « Quand Jacques devient le Prince de Clèves à la radio »