mercredi 22 avril 2026

Des citations qui peuvent nous inspirer et parfois nous faire réagir, suite.

 

“Seule, la beauté sauvera le monde “

C’est ce que fait dire Dostoiéwsky au Prince Mychkine  dans « l’Idiot ».   Je ne sais pas si elle le sauvera, mais dans tous les  cas,  il est certain qu’elle contribue, à mes yeux, à le rendre plus supportable.

Devant autant :

- de malheurs dans le monde auxquels nous assistons, amplifiés aujourd’hui par les médias qui les mettent en exergue considérant que les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne et jouent cyniquement  sur la schadenfreude  (de joie, freude et de malheur ,schaden) de leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, cette sensation de jubilation qu'ils peuvent ressentir lorsqu'il arrive des déconvenues à d’autres qu’eux.

-de guerres en Europe avec l’Ukraine, au Moyen Orient avec l’Iran, en Asie avec l’Afghanistan et en Afrique de l’Est avec le Soudan, avec  leur cohorte de morts, de blessés, de personnes déplacées et des paysages dévastés.

- de faits divers, d’accidents, parfois mortels, de vols, de viols et de crimes relatés chaque jour dans la Presse quotidienne.

Devant :

- le comportement de nos semblables, et parfois de nous-même, empreint d’égoïsme, d’étroitesse d’esprit, d’indifférence parfois, dont j’aurais prochainement l’occasion de reparler.   

- l’indécence de certains responsables politiques qui devraient donner l’exemple à leurs compatriotes et  dont j’ai parlé dans mon Blog du 1er décembre 2025.

Il nous reste heureusement :

1/ L’art  qui, comme disait Picasso : “ sert à laver l’âme de la poussière de tous les jours“ et ajoutait :  “Il s’agit d’éveiller l’enthousiasme car l’enthousiasme est ce dont nous avons plus besoin“.  Et Malraux de préciser : “L’art est un effort pour surmonter la mort“.

2/ La nature quand nous avons la chance de la côtoyer,  encore faut-il savoir l’apprécier, surtout quand elle s’éveille comme c’est le cas où j’écris ces lignes, annonciatrice d’un  printemps précoce.

3/ La musique à écouter, comme celles par exemple de la suite n°3 en ré majeur de Bach et  le concert de Aranjuez jouée par un orchestre symphonique.

La musique à chanter,   comme celle d’ Yves Montant  interprétant « Les feuilles mortes » que je considère comme la plus belle chanson française.

Enfin, la musique à interpréter si on a la chance de jouer d’un instrument, même modestement comme c’est mon cas. Une chance que nous pouvons toujours saisir, même à un âge avancé, soit dit en passant.  La musique qui donne une âme à nos cœurs et des ailes à la penséedisait Platon.

La musique qui, en plus, comme je l’explique dans mon Blog du 14 avril 2018, a le mérite de combattre nos pensées négatives, a des vertus relaxantes quand elle est douce et stimulante et peut renforcer notre système immunitaire, quand elle est, au contraire rythmée.

 4/ Enfin, et surtout pour moi, je tiens à le souligner,  la beauté des femmes, de préférence  celles d’âge mûr. Leur beauté naturelle, les soins qu’elles y apportent pour la conserver, mais aussi leur élégance qui les met davantage  en valeur et qui plus est, quand elles ont du talent, de comédienne et surtout  de chanteuse.

Je ne sais pas qui a dit :“L’élégance chez les femmes est  une forme raffinée de la politesse“, mais j’y souscris.

J’ai l’insigne privilège de vivre depuis plus d’un demi-siècle auprès de l’une d’entre elles, mais je n’ai jamais cessé d’être   sensible à la beauté des autres.   

 

 

 

mercredi 8 avril 2026

Nouvel extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen"

Où le lecteur fait la connaissance du 3ème protagoniste, Jean Fernandez, le pied noir, après Jacques Neyrand et bien sûr Djemila qu’il découvrira dans un prochain extrait.  Pour ceux qui n’auraient pas lu les extraits précédents, nous sommes en 1962 en Algérie où Jacques Neyrand effectue son service militaire dans le Génie et est affecté au service des effectifs de son Bataillon.

La mise à mort du verrat récalcitrant

-On entendit tout à coup des couinements stridents qui venaient de la cuisine et résonnaient dans la cour de l’Etat-Major du bataillon. Le chef cuisinier Fernandez entra en coup de vent dans le bureau du service des Effectifs.

Venez, vous z’ôtres nous aider, on tue le cochon et on manque de bras ! “

Merouche*  s’était rendu ce matin chez le dentiste à Tlemcen et même s’il avait été présent, on n’aurait pas osé demander de l’aide à un musulman, fut-il très serviable, encore que le Coran, s’il interdisait d’en manger n’interdisait pas de le tuer. Le 1er classe Marfisi était de garde et le sergent Bellari avait été convoqué chez le Capitaine Major, son supérieur hiérarchique. Il ne restait plus que Drevon, l’instituteur, et Jacques, les deux « intellectuels » de la Compagnie, pour prêter main forte à l’équipe de cuisine emmenée par Fernandez et tenue en échec par un verrat impressionnant qui n’avait pas du tout envie de mourir.

La bête bien campée sur ses pattes, la queue en tire-bouchon et le groin menaçant, faisait face à ses assaillants. Bloquée au fond de la cuisine entre le piano heureusement éteint, et une lourde table servant à la préparation, il fallait que l’un de ses adversaires l’affrontât seul à mains nues, l’espace entre le piano et la table ne laissant pas la place à deux hommes de front. 

“Allez ! Allez-y, bon Dieu ! engantchez**le, fatche*** de cons !“ s’écria Fernandez, qui s’était armé d’un long couteau. Mais aucun candidat au massacre ne se déclarait. Les deux aide-cuisiniers restaient prudemment en arrière, ayant déjà éprouvé le minotaure. Quant aux « intellectuels », ils dissertaient sur la meilleure manière de gagner la bataille. De longues secondes s’écoulèrent puis une minute, deux minutes… Le verrat, ne voyant rien venir, relâcha un peu son attention. C’est alors que Fernandez sauta sur la table avec une agilité surprenante et inattendue pour un garçon de sa corpulence qui fit l’admiration de ses camarades et il s’écria :

“Barrez - lui la route !“ Il venait de se jeter sur le dos de l’animal, lequel, comme un diable, bondit et renversa sur son passage Drevon et Jacques avec une déconcertante facilité.

Ceux-ci, le cul par-dessus la tête, une fois passé l’instant de  surprise, prirent le parti d’en rire. Cependant le rapport des forces avait changé car Fernandez avait attrapé le verrat par la queue et ne le lâchait plus. La bête était coincée à l’autre bout de la cuisine, mais au lieu de présenter son groin, elle n’offrait plus aux assaillants que son arrière-train tenu en respect par le chef cuistot.

“Allez, venez, vous autres ! Grouillez-vous ! figa molla****“ lança-t-il d’une voix retentissante qui couvrait les rugissements de l’animal. Jacques qui, sur le coup, avait bien ri de sa mésaventure en était tout de même un peu vexé. Il s’approcha de la bête à pas de sioux.

N’aie pas peur, le Prince ! C’est pas comme les bourrins, ça donne pas des coups de pieds par derrière !“ 

Monseigneur étreignit le postérieur du verrat de toutes ses forces, dans une attitude peu aristocratique, puis Drevon s’avança à son tour et se jeta sur la bête pour l’embrasser, mais celle-ci ne s’avouait pas encore vaincue, poussait des grognements impressionnants et donnait des coups de reins qui secouaient dangereusement nos têtes pensantes.

Ce ne fut qu’au moment où les deux aide-cuistots venaient de se saisir chacun d’une oreille que leur chef lâcha la queue et vint rejoindre Jacques et Drevon sur le dos de l’animal et le coucha au sol. Un des aide-cuistots prit alors une grande bassine destinée à recueillir le sang et ce fut la mise à mort. Fernandez avait le visage congestionné et emperlé de sueur au moment où, ayant mis un genou à terre, il enfonça jusqu’à la garde son couteau dans la gorge de l’animal. Jacques courageusement détourna le regard. Les couinements du verrat faiblirent puis cessèrent. C’était fini ! L’adjudant Beretta, responsable des approvisionnements, était venu assister au dernier acte du seuil de la cuisine et il invita les protagonistes à arroser la victoire. Ils se retrouvèrent tous autour d’un véritable buffet garni dans les locaux de l’économat : fromage de chèvre, camembert, beurre, confiture, pain frais, vin blanc et rouge, toutes denrées qui composaient l’ordinaire du mess des officiers mais dont la troupe ne profitait que les jours de fête.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire, Boudi, pour servir dans l’armée française !“ s’exclama Drevon le languedocien.

“ Tout dépend du grade que l’on a, précisa l’adjudant Beretta, les deuxièmes pompes, vous tuez le cochon au couteau dans la cuisine. Les officiers, eux, ils tuent le sanglier dans le djebel à la mitraillette, du haut d’un hélicoptère“.

“ Quelle mitraillette ? Une Beretta ?“ demanda Drevon.

“ Je m’y attendais ! Décidemment, plus on est instruit, plus on est con !“ répliqua l’adjudant (Jacques se rappela avoir déjà entendu cette condamnation sans appel de ses subordonnés d’un chef autodidacte)  qui ajouta en souriant :

“ Tu sais, Drevon, avec une remarque comme celle que tu viens de faire, en France, je t’aurais fait mettre au trou !“ 

“ Hé oui ! Mais nous sommes en Algérie, mon adjudant, et c’est la guerre !“

“ Tu parles d’une guerre ! En Indochine, oui ! C’était une vraie guerre !“

Drevon, ne voulant pas une fois de plus subir le récit des exploits de Beretta derrière ses sacs de riz et ses boîtes de conserve sur la piste Ho Chi Minh, prétexta un travail urgent à faire avec Jacques. Comme ils regagnaient leur bureau, Jacques dit :

“ Je comprends maintenant pourquoi nous mangeons un jour sur deux du sanglier ! “

Et ce que ne t’a pas dit Beretta, c’est que chaque fois c’est du bénéf pour lui. Les sangliers ne lui coûtent rien, tandis que les cochons, il faut les payer encore que les tuer ne lui coûte rien non plus »“ 

*FSNA, français de souche nord-africaine, incorporé dans l’armée française, qui prétextera une visite en ville chez le dentiste pour déserter et rejoindre l’armée algérienne.

**Attrapez  *** tête ****dégonflé



 

 

 

jeudi 26 mars 2026

Des citations qui donnent à réfléchir et parfois à agir

 

“ Il y a des services si grands qu’on ne peut  les payer que par l’ingratitude 

Alexandre Dumas

J’en ai fait personnellement l’amère expérience et j’avoue que  je n’arrive pas à l’effacer de ma mémoire.  La preuve : je me sens obligé d’en parler bien des années plus tard.

J’aurais dû, quand il était encore temps, écouter :

- la mise en garde de Georges Bernanos “La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme, sauf dans de rares exceptions“  et “ la haine paraît quand la reconnaissance devient insupportable“.  

- le conseil d’un  philosophe, grec, je crois, repris par le constructeur Enzo Ferrari “Si tu ne supportes pas l’ingratitude, ne fais pas le bien ".

- et surtout celui de Tacite cité par André Gide dans les faux monnayeurs.

Les bienfaits sont agréables tant que l’on peut s’en acquitter

Mais, ni mes professeurs, ni mes parents ne m’ont  appris la notion fondamentale des relations humaines qu’est la réciprocité :

-Quand nous donnons à quelqu’un, que ce soit de l’argent, du temps, de l’attention ou de l’amour, nous le rendons débiteurs, nous l’obligeons. S’il ne peut pas nous rembourser, s’acquitter de  la dette qu’il a contractée envers nous, le plus souvent involontairement, il peut nous en vouloir.

Ce qui peut paraître à première vue paradoxal, mais s’explique très bien.

C’est pourquoi il nous faut donner à quelqu’un que l’on a obligé, chaque fois que l’on peut, la possibilité de s’acquitter de sa dette.     

"Tout ce qui est gratuit rend ingrat“ dixit un auteur anonyme dont je partage le constat.

Dans mon Blog du 21 octobre 2022 intitulé « Pourquoi les gens ne répondent pas aux courriers », j’examinais quelles pouvaient en être les causes.
Je relevais que l’une d’entre elles était l’habitude de recevoir passivement des informations gratuites payées le plus souvent par la publicité et les contribuables  s’agissant de la radio et de la télévision publique et pour certains d’entre eux, ils pensent que tout leur est dû, ils ne remercient jamais, automobilistes ils n’utilisent pas leurs feux clignotants et jettent par leur fenêtre leurs déchets pour ne prendre que ces exemples.  Ce phénomène ne date pas d’hier. En relisant mon Journal afin de le publier, j’avais relevé qu’en l’an 2000, sur 40 exemplaires de mon dictionnaire DICOMAZ* que j’avais offerts à des clients, 7 seulement m’avaient remercié,  mais il s’est aujourd’hui aggravé avec le développement des plates formes qui distribuent en continu de l’information et des divertissements.

J’avoue qu’il m’arrive parfois, de guerre lasse, de cesser certaines correspondances toujours à sens unique.    

Les gens qui sont ingrats ont pourtant bien tort,

S’ils le savaient, ils se comporteraient autrement mais, hélas pour les autres, ils l’ignorent. En effet,  plusieurs études  scientifiques ont révélé que la gratitude avait pour effet de réduire le stress, d’améliorer les relations personnelles et professionnelles grâce  à une attitude plus positive. Ainsi des médecins de l'hôpital de Boston ont observé une nette évolution de l'état d'esprit chez des patients hospitalisés pour pensées ou comportements suicidaires après avoir pratiqué des exercices de gratitude et de psychologie positive et à Hong-Kong ainsi qu’ en Irlande, des études ont montré que, chez des personnes particulièrement exposées au stress professionnel, le fait de cultiver la gratitude par écrit ou oralement entraînait en l’espace d’un mois une chute considérable de leur niveau de déprime et d’anxiété.

En terminant cet article, j’ai le sentiment, pour une fois , de ne pas avoir encore  épuisé le sujet et je pense que j’y reviendrais plus tard.  

*Dictionnaire du management de la santé.