mercredi 3 juin 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen. La première patrouille de nuit de Jacques. Première partie

Rappel pour les lecteurs qui n’auraient pas lu tous les extraits précédents

Nous sommes en Algérie en 1962, à Tlemcen, où Jacques Neyrand effectue son service militaire dans un bataillon du Génie. Lors d’une garde dans les studios de la radio française, il a joué le rôle du prince de Clèves.

 -La lune blafarde éclairait faiblement l’oued desséché que remontait la patrouille de nuit dont Jacques fermait la marche en compagnie de Le Guennec* et du sergent-chef Monetti en serre-file.

Merde ! “

Un homme, devant eux, venait de trébucher sur un caillou.

“ Vos gueules ! “ ordonna à voix basse le sergent-chef.

Jacques s’en voulait de s’être laissé entraîner dans cette sortie aventureuse.  « Bien sûr, les pourparlers qui se déroulaient à Evian entre le gouvernement français et le GPRA, Groupement Provisoire de la République Algérienne, avaient de fortes chances d’aboutir prochainement, mais pour l’instant, c’était encore la guerre », se disait-il.  « Et peut-être que le FLN, pour renforcer sa position dans la négociation en cours avait décidé de multiplier les accrochages avec l’armée française et montrer qu’il était maître du terrain. Rien de plus facile avec des soldats comme nous, des soldats d’opérette bruyants et voyants. Mais qu’était-il venu faire dans ce guêpier ! » 

Ce matin-là, après la levée des couleurs, le commandant avait demandé des volontaires pour participer à une patrouille de nuit décidée par le Haut Commandement Militaire. C’était la tradition au bataillon de faire appel aux bonnes volontés pour ce type de patrouille. Bien entendu, le Commandant espérait qu’il y en aurait assez, afin de ne pas être obligé d’en désigner. Sur les douze soldats nécessaires, dix s’étaient spontanément présentés. Il en manquait donc deux que le Commandant rechignait à choisir. Un officier supérieur de l’armée très atypique : ingénieur SupElec, il s’était engagé dans la 2ème DB de Leclerc et à la fin de la guerre, avait décidé de rester dans l’armée pour des raisons que lui seul connaissait.

Il y avait pourtant une récompense, qui était l’exemption de garde de nuit pendant 1 mois. C’est ce qui semblait avoir décidé Le Guennec qui, à son tour, avait quitté les rangs pour rejoindre les autres volontaires, ainsi il ne serait jamais plus de faction d’ici sa libération. Il ne manquait plus qu’un homme pour que la patrouille soit complète. C’est alors que dans les rangs quelqu’un avait lancé : “Le prince !“ » Et Jacques n’avait pu faire autrement que de s’exécuter, accompagné par une salve d’applaudissements ponctuée par des cris - Le prince ! Le prince ! Et le commandant d’ajouter en souriant :

“ Je n’en attendais pas moins du prince de Clèves !“

« Pauvre imbécile que je suis ! »  se disait-il maintenant. « Dire qu’il y a peut-être un fellagha zélé qui, pour décrocher une médaille ou un galon supplémentaire, est sur le point de faire un carton justement sur moi qui suis le plus exposé. Il commence à pointer son arme sur le chef de file, puis, le temps de viser et d’appuyer sur la gâchette, toute la colonne a défilé et la balle est pour moi ! »

Il aimerait bien se placer au milieu de la patrouille, mais quelle explication plausible pourrait-il fournir au sous-lieutenant ?

Peut-être qu’à cet instant même, à Evian, l’accord de paix venait d’être signé. L’encre était encore fraîche et il risquait de mourir comme un con !

Arrivés à mi pente de la colline qu’ils escaladaient, au point de croisement de l’oued et d’un chemin de terre, le sous-lieutenant les fit stopper et leur demanda de se coucher à terre à l’endroit où l’Etat-Major pensait que les fellaghas qui avaient attaqué la nuit dernière une ferme isolée devaient passer. Ils étaient donc à l’affût comme à la chasse au sanglier.

L’ordre était formel : si les fellaghas arrivaient, ils devaient essayer de les arrêter, sinon ils étaient dans l’obligation de faire usage de leurs armes.

« Programme tout à fait réjouissant ! »  pensa Jacques. Le sous-lieutenant Gérard Moatti, lui, était visiblement très heureux de jouer au chef de guerre. Simple dessinateur industriel dans le civil, ses qualités athlétiques et une volonté farouche de réussir afin d’effacer son échec au baccalauréat lui avaient permis de faire les EOR et de devenir officier de l’armée française. Il considérait être maintenant à égalité avec son jeune frère qui avait intégré les Mines. Tous les deux avaient été deux fois cités dans le Journal Officiel, lui pour ses nominations comme Aspirant puis comme sous-lieutenant et son frère pour son entrée et sa sortie de l’école. Moatti disposa ses hommes de chaque côté du chemin par lequel l’ennemi devait normalement passer et de manière qu’ils ne se tirent pas dessus.

Une fois couché à terre entre deux touffes d’alfa, calé sur ses avant-bras et cramponné à la crosse de sa carabine, Jacques ressentit une légère douleur sur le côté droit, juste au-dessous du ceinturon. « C’est bien ma chance ! »  se dit-il. « Tomber malade en pleine nuit, au milieu du djebel, alors que je vais peut-être devoir me battre pour sauver ma peau ! Cette douleur sur le côté droit, ne serait-ce pas une crise d’appendicite ? De l’appendicite à la péritonite, il n’y a qu’un pas et ce pas risquait d’être vite franchi. Si j’ai une péritonite, je suis foutu ! » 

Il enviait maintenant son frère qu’un chirurgien avait opéré quand il était adolescent, ayant confondu les symptômes d’une simple colite avec ceux de l’appendicite. Ce qui était alors très courant, les médecins et surtout les chirurgiens ne voulant pas prendre le risque mortel d’une péritonite pas opérée à temps. A la moindre suspicion, on ouvrait l’abdomen et on enlevait l’appendice dont on ne savait d’ailleurs pas à quoi il pouvait servir. Les opérés se réveillaient dans leur chambre avec le plus souvent sur leur table de nuit, placé dans le formol, leur petit bout d’intestin tout rose.

« Je risque de crever à la chasse aux fels uniquement par orgueil. Monsieur le Prince de Clèves ne saurait reculer devant le danger, Monsieur le Prince ne saurait perdre la face devant ses petits camarades, surtout devant Le Guennec ». 

A ce moment précis, il se méprisait. Sa douleur, un instant, oubliée, s’était atténuée tout en se propageant au bas du ventre, Puis au souvenir de sa grand-mère Bouchacourt, il se sentit un peu rassuré ; celle-ci affirmait avec beaucoup d’autorité qu’une douleur, tant qu’elle se déplaçait, ce n’était pas grave. Tout à coup, un bruit sourd explosa. Un des soldats, victime de flatulence, ou comme l’on dit en jargon médical d’aérocolie, venait de laisser échapper malencontreusement un pet.

“ Fermez-la, bande de cons !“ éructa Moatti.

« Fermez-la, manière de parler ! »  pensa Jacques qui était maintenant tout à fait rassuré et se demandait qui avait eu l’idée saugrenue de leur faire manger à midi des flageolets. Il était persuadé que les fellaghas ne passeraient pas là où ils les attendaient, à moins qu’ils ne soient complètement sourds ou ivres, mais comme les musulmans ne boivent pas d’alcool il n’y avait aucun risque quant à la deuxième hypothèse. En revanche, ils pouvaient les prendre à revers. Il jeta un coup d’œil derrière son épaule et tendit l’oreille pour essayer de détecter quelques bruits suspects, tout en espérant que les centaines de petites bulles de gaz qui se promenaient dans son intestin ne souhaitent pas vouloir prendre l’air.

*Camarade de chambrée de Jacques 

mercredi 20 mai 2026

Des citations qui donnent à réfléchir et parfois à agir, suite.

 Préambule

Dans un monde sans véritables repères, saturé de messages, un bouquet de citations empruntées aux grands classiques, à des auteurs célèbres ou à des personnalités plus ou moins connues, voudraient répondre au besoin de se raccrocher à des idées, des valeurs, de nouvelles perspectives, en un mot, aller à l’essentiel“

Prologue de mon ami Daniel Mandon à son ouvrage « C’est la faute à Voltaire » sous-titré « Du bon usage des citations »*.

Nouvelles citations

“Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire“ dit Albert Einstein, ce que confirme Victor Hugo : “Le monde ne souffre pas du mal des méchants, mais du silence des bons“ puis à son tour Martin Luther King : "Ce qui m'effraie, ce n'est pas l'oppression des méchants ; c'est l'indifférence des bons."

Ces citations devraient nous interpeler. Comment agir quand on est un homme ou une femme ordinaire, des simples citoyens, mais ayant cependant conscience que, comme le dit Jean-Paul Sartre : “On est toujours responsable de ce qu'on n'essaie pas d'empêcher."

-Tout d’abord, nous ne devrions pas nous taire. Notre grande ennemie est l’indifférence que chante Gilbert Bécaud :  Ce qui détruit le monde, c'est l'indifférence  L'indifférence, elle te tue à petit coup, l'indifférence“. Ce qui fait dire à Elie Wiesel dans son discours du Nobel de la Paix le 10 décembre 1986 : "J'ai juré de ne jamais me taire quand des êtres humains endurent la souffrance et l'humiliation, où que ce soit. Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté."

Bien entendu, l’indifférence se comprend et elle est tout à fait excusable quand nous traversons des périodes de très grande difficulté personnelle et que nous ne soucions même pas du sort de nos propres voisins, mais heureusement, en général, ces périodes sont rares pour la plupart d’entre nous.

-Ensuite, nous devrions toujours refuser le mensonge, source de bien des maux. Comme disait Camus : La liberté consiste d’abord à ne pas mentir. Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce en se perpétuant “.  

J’ai déjà traité le sujet dans mes Blogs du 5 avril 2021 « Ne laissons plus les mensonges prospérer sans réagir » et du 27 septembre 20211 « Aujourd’hui, le mensonge politique ne devrait plus payer ». Je rappelais le danger mortel qu’est le mensonge pour nos démocraties.

Comment :

-En dénonçant sans relâche les mensonges proférés en public et sur les réseaux sociaux.

-En boycottant leurs auteurs aussi longtemps qu’ils n’auront pas reconnu leurs erreurs et ne se seront pas excusés ainsi que ceux qui ne les ont pas contredits, le plus souvent des journalistes. Je pense en écrivant ces lignes à une journaliste de la télévision française qui a récemment laissé un responsable russe de haut rang débité ses mensonges sur la guerre en Ukraine sans jamais le contredire. Ces journalistes auxquels j’ai déjà consacré plusieurs Blogs se comportent ainsi, soit par ignorance des sujets traités, soit par manque de courage pour contredire leurs interlocuteurs, ou tout simplement par manque de conscience professionnelle.

Nous devrions aussi agir :

-En souscrivant à des pétitions - cela ne nous coûte rien - mais surtout en apportant notre aide financière, fusse t’elle minime, à des œuvres philanthropiques.

Enfin, nous pourrions agir tout simplement par notre bulletin de vote. Par exemple, en ne donnant pas notre voix à un candidat ou une candidate qui ne soutient pas le peuple ukrainien, ses représentants à l’Assemblée européenne refusant de lui accorder des crédits, ce qui revient, de fait, à soutenir son agresseur.

S’il n’est pas trop tard, pourquoi pas nous engager dans l’action politique ou associative.

*aux éditions l’Harmattan

NOTA BENE : Si un lecteur connaît d’autres moyens d’action, je le remercie d’avance de me les faire connaitre et j’en parlerai avec plaisir dans un prochain article.

pmazenod@wanadoo.fr

 

 

 

 

mercredi 6 mai 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen". La première rencontre de Jacques avec Djemila

 

Jacques, après avoir joué le Prince de Clèves à la radio la veille, cf Extrait précédent.

-Le lendemain après- midi, il accompagnait Micelli et son copain Bruneau* à Tlemcen dans la 2CV fourgonnette utilisée pour le transport du courrier, cordon ombilical avec la mère patrie. Habitué maintenant depuis bientôt deux mois au contact plutôt rude des banquettes des GMC, il apprécia la souplesse chaloupée de la voiture française la plus populaire de tous les temps. Il était significatif, observa-t-il, que le courrier, moral de la troupe, fut transporté avec plus de précautions que les hommes eux-mêmes. Après avoir fait une course dans le magasin Blanc, place des Victoires, Micelli prit la direction du Mechouar pour remettre un pli au Commandement de la place. Le Mechouar que découvrit Jacques qui s’y rendait pour la première fois était un ancien palais royal, citadelle du Moyen Age, qui dominait la ville de Tlemcen avec le minaret de sa mosquée transformée en chapelle par les Français et qui devrait retrouver certainement sa destination première quand les Algériens auraient obtenu leur indépendance. On y accédait par une porte ouverte dans une très haute muraille qu’ils empruntèrent pour se rendre au quartier général. Puis ils dégringolèrent vers le quartier arabe pour se rendre au bordel en empruntant le même itinéraire que celui que Jacques avait parcouru à pied un dimanche après-midi avec les deux mécanos marseillais. Jacques se tut, comme il s’était tu, la veille au mess, sur la visite qu’il avait déjà effectuée et la promesse qu’il s’était faite de ne jamais y remettre les pieds**. Mais au fur et à mesure que la voiture s’approchait de sa destination finale, il regrettait de plus en plus d’avoir accepté aussi facilement, rien que pour faire plaisir à ses nouveaux amis qu’il ne voulait pas décevoir.

La 2CV s’immobilisa devant l’établissement. La petite vieille qui jouait les vamps n’était pas là pour les accueillir. Ils en franchirent le seuil au pas de charge, Micelli en tête, Jacques fermant la marche. A l’intérieur, le décor n’était plus du tout le même. Seul le fond de la pièce, où se trouvait le bar, était éclairé par une lumière rouge tamisée comme dans les boîtes de nuit. Glenn Miller y jouait en sourdine « In the mood. »

Musique d’ambiance de circonstance, pensa Jacques, bien qu’il n’ait pas encore aperçu un seul avion ennemi, pas même le moindre fellagha depuis son arrivée en Algérie. Il revoyait James Stewart interpréter cet air au trombone à coulisse, sous l’attaque menaçante des chasseurs japonais, dans « Moonlight sérénade ».  Il avait vu trois fois le film.

Deux jeunes femmes en déshabillé s’arrêtant au ras du pubis dansaient avec des officiers du corps de santé reconnaissables à leurs épaulettes rouge grenat. Madame Mireille derrière le bar était tout sourire.

- “Bonjour Messieurs !“ lança-t-elle à l’adresse des nouveaux venus. Elle serra les mains généreusement offertes de Micelli et de Bruneau, puis celle plus réservée de Jacques.

- “Tiens, je ne vous connais pas, vous ! C’est la première fois que vous venez !“ 

- “Oui, Madame“. 

Madame Mireille n’avait pas la mémoire des visages ou plus surement feignait-elle de ne pas le reconnaître. Jacques pencha pour la seconde hypothèse.

- “Appelez-le Monseigneur, s’il vous plaît, Madame, il est le Prince de Clèves et…. encore puceau“, susurra Bruneau à l’oreille de la sous-maîtresse. **

- “Alors, Monseigneur, je vous recommande Djemila“ déclara-t-elle très solennellement.

- “Tiens, justement la voilà !“ 

Une jeune fille, presqu’une adolescente, légère dans son déshabillé rose qui ne laissait voir que le bas de ses genoux, franchit les dernières marches de l’escalier, un sourire timide aux lèvres. C’était une berbère au corps gracile et à la longue chevelure noire frisée, comme celle de Yasmina,*** qui couvrait harmonieusement ses épaules.

- “Bonjour !“ dit-elle doucement, sans élever la voix.

- “Bonjour“, répondit Jacques sur le même ton, stupéfait d’une telle présence dans un tel lieu. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’il ne se ressaisisse.

- “Que puis-je vous offrir, mademoiselle ?“ lui demanda-t-il.

- “Un sirop d’orgeat, s’il vous plaît, je n’aime pas l’alcool “, ajouta-t-elle pour s’excuser. 

- “Cela tombe très bien. Je bois également du sirop d’orgeat que j’ai découvert dans votre pays“.

Tandis que la sous-maîtresse les servait, Jacques se retourna. Micelli avait déjà disparu, quant à Bruneau, il dansait avec une femme européenne blonde, plus grande que lui, sur l’air de Saint-Louis Blues ; Luis Armstrong avait succédé à Glenn Miller. Il adressa un petit signe de connivence à Jacques. Madame Mireille lui tendit un ticket dans chaque main :

- “Un ou deux ? “

- “Un !“ Jacques paya, se reprochant tout de suite ce choix qui pouvait paraître avaricieux et qu’il savait être un réflexe acquis fort jeune, un réflexe de pauvre, dont il avait beaucoup de difficulté à se défaire. Djemila avait à peine trempé ses lèvres dans son verre, sans dire un mot. Elle prit la main de Jacques et l’entraîna dans l’escalier.

L’escalier abrupt débouchait sur la galerie qui conduisait aux chambres. Djemila pénétra dans la troisième, suivie de Jacques. La chambre se composait d’un lit à deux places sans traversin recouvert d’un drap blanc, d’une seule chaise et d’un cabinet de toilette dissimulé derrière un paravent rouge corail. Elle était faiblement éclairée par une fenêtre étroite et haute, encadrée de rideaux bariolés.

Djemila n’eut qu’à laisser tomber à ses pieds son déshabillé pour se retrouver entièrement nue. Jacques, qui s’était assis sur la chaise, leva lentement les yeux vers elle et découvrit de longues jambes effilées se terminant par des hanches à peine esquissées, une toison sombre bouclée abondamment fournie, des seins hauts et fermes aux larges aréoles brunes et aux mamelons semblables à des framboises mûres prêtes à être cueillies.

- “Vous ne vous déshabillez pas ?“ lui demanda-t-elle, visiblement surprise et un peu gênée.

- “Oui, bien sûr !“ répondit-t-il en se levant. Les mains et l’avant-bras de Djemila instinctivement s’étaient portées sur sa poitrine et son pubis. Jacques, lentement, presqu’à contrecœur, se dévêtit. Il n’avait jamais été fier de son corps : des jambes courtes et arquées qu’il ne pouvait même pas justifier par la pratique de l’équitation, des épaules un peu trop basses, une absence regrettable de pectoraux développés et d’abdominaux musclés, surtout des bras fluets de jeune fille se terminant bizarrement par des mains carrées de bûcheron. Si on ajoutait à ce tableau qu’en hiver la peau était blanche, presque laiteuse, et que sur sa poitrine se dressaient, ridicules, quelques poils noirs et tirebouchonnés, il était aisé de comprendre pourquoi Jacques n’était pas un adepte du naturisme.

Djemila put enfin retirer ses mains, son client était nu, comme elle. Elle l’amena à la toilette d’usage derrière le paravent. 

-“Vous savez, c’est obligatoire ! “s’excusa-t-elle. L’eau chaude, le savon Palmolive et surtout les mains douces rendirent à Jacques sa virilité, ce qui le fit sourire d’aise et facilita bien sûr le passage à l’acte suivant.

Plus un mot entre eux ne fut échangé. Plus un regard non plus. Il se rhabilla à toute vitesse et gicla dehors, comme un malfaiteur.

Sur le chemin du retour, à peine avaient-ils pris place dans la 2CV tous les trois que, pour ne pas être obligé de répondre à des questions embarrassantes, il prit l’initiative de la conversation. Il demanda à Micelli et à Bruneau s’ils avaient déjà fréquenté en France des prostituées. Ceux-ci ne se firent pas prier pour lui répondre. Ils lui expliquèrent qu’ils avaient commencé à utiliser leurs services quand ils étaient à Avignon, pendant leurs classes et ils lui donnèrent de nombreuses informations, lieux de rencontre, tarifs, description anatomiques, pratiques érotiques sur les filles qu’ils avaient connues. Quand le sujet parut épuisé avant qu’ils n’arrivent au camp et se séparent, Jacques lança le débat sur le thème : « Avait-t-on eu raison en France de voter la loi Marthe Richard et de jeter ainsi les filles dans les rues sans aucun contrôle sanitaire ? »**** 

*Micelli est le vaguemestre du Bataillon et Bruneau le Chef radio.

**Jacques s’était déjà laissée entraîné par des camarades un dimanche après-midi.

***Yasmina est la fille du gardien du camp auquel je consacrerais un extrait.

****Les officiers et sous-officiers ne fréquentaient les lieux  que les vendredi après-midi après que les pensionnaires aient passé une visite médicale à l'hôpital du Mechouar.

 

mercredi 22 avril 2026

Des citations qui peuvent nous inspirer et parfois nous faire réagir, suite.

 

“Seule, la beauté sauvera le monde “

C’est ce que fait dire Dostoiéwsky au Prince Mychkine  dans « l’Idiot ».   Je ne sais pas si elle le sauvera, mais dans tous les  cas,  il est certain qu’elle contribue, à mes yeux, à le rendre plus supportable.

Devant autant :

- de malheurs dans le monde auxquels nous assistons, amplifiés aujourd’hui par les médias qui les mettent en exergue considérant que les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne et jouent cyniquement  sur la schadenfreude  (de joie, freude et de malheur ,schaden) de leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, cette sensation de jubilation qu'ils peuvent ressentir lorsqu'il arrive des déconvenues à d’autres qu’eux.

-de guerres en Europe avec l’Ukraine, au Moyen Orient avec l’Iran, en Asie avec l’Afghanistan et en Afrique de l’Est avec le Soudan, avec  leur cohorte de morts, de blessés, de personnes déplacées et des paysages dévastés.

- de faits divers, d’accidents, parfois mortels, de vols, de viols et de crimes relatés chaque jour dans la Presse quotidienne.

Devant :

- le comportement de nos semblables, et parfois de nous-même, empreint d’égoïsme, d’étroitesse d’esprit, d’indifférence parfois, dont j’aurais prochainement l’occasion de reparler.   

- l’indécence de certains responsables politiques qui devraient donner l’exemple à leurs compatriotes et  dont j’ai parlé dans mon Blog du 1er décembre 2025.

Il nous reste heureusement :

1/ L’art  qui, comme disait Picasso : “ sert à laver l’âme de la poussière de tous les jours“ et ajoutait :  “Il s’agit d’éveiller l’enthousiasme car l’enthousiasme est ce dont nous avons plus besoin“.  Et Malraux de préciser : “L’art est un effort pour surmonter la mort“.

2/ La nature quand nous avons la chance de la côtoyer,  encore faut-il savoir l’apprécier, surtout quand elle s’éveille comme c’est le cas où j’écris ces lignes, annonciatrice d’un  printemps précoce.

3/ La musique à écouter, comme celles par exemple de la suite n°3 en ré majeur de Bach et  le concert de Aranjuez jouée par un orchestre symphonique.

La musique à chanter,   comme celle d’ Yves Montant  interprétant « Les feuilles mortes » que je considère comme la plus belle chanson française.

Enfin, la musique à interpréter si on a la chance de jouer d’un instrument, même modestement comme c’est mon cas. Une chance que nous pouvons toujours saisir, même à un âge avancé, soit dit en passant.  La musique qui donne une âme à nos cœurs et des ailes à la penséedisait Platon.

La musique qui, en plus, comme je l’explique dans mon Blog du 14 avril 2018, a le mérite de combattre nos pensées négatives, a des vertus relaxantes quand elle est douce et stimulante et peut renforcer notre système immunitaire, quand elle est, au contraire rythmée.

 4/ Enfin, et surtout pour moi, je tiens à le souligner,  la beauté des femmes, de préférence  celles d’âge mûr. Leur beauté naturelle, les soins qu’elles y apportent pour la conserver, mais aussi leur élégance qui les met davantage  en valeur et qui plus est, quand elles ont du talent, de comédienne et surtout  de chanteuse.

Je ne sais pas qui a dit :“L’élégance chez les femmes est  une forme raffinée de la politesse“, mais j’y souscris.

J’ai l’insigne privilège de vivre depuis plus d’un demi-siècle auprès de l’une d’entre elles, mais je n’ai jamais cessé d’être   sensible à la beauté des autres.