mercredi 8 avril 2026

Nouvel extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen"

Où le lecteur fait la connaissance du 3ème protagoniste, Jean Fernandez, le pied noir, après Jacques Neyrand et bien sûr Djemila qu’il découvrira dans un prochain extrait.  Pour ceux qui n’auraient pas lu les extraits précédents, nous sommes en 1962 en Algérie où Jacques Neyrand effectue son service militaire dans le Génie et est affecté au service des effectifs de son Bataillon.

La mise à mort du verrat récalcitrant

-On entendit tout à coup des couinements stridents qui venaient de la cuisine et résonnaient dans la cour de l’Etat-Major du bataillon. Le chef cuisinier Fernandez entra en coup de vent dans le bureau du service des Effectifs.

Venez, vous z’ôtres nous aider, on tue le cochon et on manque de bras ! “

Merouche*  s’était rendu ce matin chez le dentiste à Tlemcen et même s’il avait été présent, on n’aurait pas osé demander de l’aide à un musulman, fut-il très serviable, encore que le Coran, s’il interdisait d’en manger n’interdisait pas de le tuer. Le 1er classe Marfisi était de garde et le sergent Bellari avait été convoqué chez le Capitaine Major, son supérieur hiérarchique. Il ne restait plus que Drevon, l’instituteur, et Jacques, les deux « intellectuels » de la Compagnie, pour prêter main forte à l’équipe de cuisine emmenée par Fernandez et tenue en échec par un verrat impressionnant qui n’avait pas du tout envie de mourir.

La bête bien campée sur ses pattes, la queue en tire-bouchon et le groin menaçant, faisait face à ses assaillants. Bloquée au fond de la cuisine entre le piano heureusement éteint, et une lourde table servant à la préparation, il fallait que l’un de ses adversaires l’affrontât seul à mains nues, l’espace entre le piano et la table ne laissant pas la place à deux hommes de front. 

“Allez ! Allez-y, bon Dieu ! engantchez**le, fatche*** de cons !“ s’écria Fernandez, qui s’était armé d’un long couteau. Mais aucun candidat au massacre ne se déclarait. Les deux aide-cuisiniers restaient prudemment en arrière, ayant déjà éprouvé le minotaure. Quant aux « intellectuels », ils dissertaient sur la meilleure manière de gagner la bataille. De longues secondes s’écoulèrent puis une minute, deux minutes… Le verrat, ne voyant rien venir, relâcha un peu son attention. C’est alors que Fernandez sauta sur la table avec une agilité surprenante et inattendue pour un garçon de sa corpulence qui fit l’admiration de ses camarades et il s’écria :

“Barrez - lui la route !“ Il venait de se jeter sur le dos de l’animal, lequel, comme un diable, bondit et renversa sur son passage Drevon et Jacques avec une déconcertante facilité.

Ceux-ci, le cul par-dessus la tête, une fois passé l’instant de  surprise, prirent le parti d’en rire. Cependant le rapport des forces avait changé car Fernandez avait attrapé le verrat par la queue et ne le lâchait plus. La bête était coincée à l’autre bout de la cuisine, mais au lieu de présenter son groin, elle n’offrait plus aux assaillants que son arrière-train tenu en respect par le chef cuistot.

“Allez, venez, vous autres ! Grouillez-vous ! figa molla****“ lança-t-il d’une voix retentissante qui couvrait les rugissements de l’animal. Jacques qui, sur le coup, avait bien ri de sa mésaventure en était tout de même un peu vexé. Il s’approcha de la bête à pas de sioux.

N’aie pas peur, le Prince ! C’est pas comme les bourrins, ça donne pas des coups de pieds par derrière !“ 

Monseigneur étreignit le postérieur du verrat de toutes ses forces, dans une attitude peu aristocratique, puis Drevon s’avança à son tour et se jeta sur la bête pour l’embrasser, mais celle-ci ne s’avouait pas encore vaincue, poussait des grognements impressionnants et donnait des coups de reins qui secouaient dangereusement nos têtes pensantes.

Ce ne fut qu’au moment où les deux aide-cuistots venaient de se saisir chacun d’une oreille que leur chef lâcha la queue et vint rejoindre Jacques et Drevon sur le dos de l’animal et le coucha au sol. Un des aide-cuistots prit alors une grande bassine destinée à recueillir le sang et ce fut la mise à mort. Fernandez avait le visage congestionné et emperlé de sueur au moment où, ayant mis un genou à terre, il enfonça jusqu’à la garde son couteau dans la gorge de l’animal. Jacques courageusement détourna le regard. Les couinements du verrat faiblirent puis cessèrent. C’était fini ! L’adjudant Beretta, responsable des approvisionnements, était venu assister au dernier acte du seuil de la cuisine et il invita les protagonistes à arroser la victoire. Ils se retrouvèrent tous autour d’un véritable buffet garni dans les locaux de l’économat : fromage de chèvre, camembert, beurre, confiture, pain frais, vin blanc et rouge, toutes denrées qui composaient l’ordinaire du mess des officiers mais dont la troupe ne profitait que les jours de fête.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire, Boudi, pour servir dans l’armée française !“ s’exclama Drevon le languedocien.

“ Tout dépend du grade que l’on a, précisa l’adjudant Beretta, les deuxièmes pompes, vous tuez le cochon au couteau dans la cuisine. Les officiers, eux, ils tuent le sanglier dans le djebel à la mitraillette, du haut d’un hélicoptère“.

“ Quelle mitraillette ? Une Beretta ?“ demanda Drevon.

“ Je m’y attendais ! Décidemment, plus on est instruit, plus on est con !“ répliqua l’adjudant (Jacques se rappela avoir déjà entendu cette condamnation sans appel de ses subordonnés d’un chef autodidacte)  qui ajouta en souriant :

“ Tu sais, Drevon, avec une remarque comme celle que tu viens de faire, en France, je t’aurais fait mettre au trou !“ 

“ Hé oui ! Mais nous sommes en Algérie, mon adjudant, et c’est la guerre !“

“ Tu parles d’une guerre ! En Indochine, oui ! C’était une vraie guerre !“

Drevon, ne voulant pas une fois de plus subir le récit des exploits de Beretta derrière ses sacs de riz et ses boîtes de conserve sur la piste Ho Chi Minh, prétexta un travail urgent à faire avec Jacques. Comme ils regagnaient leur bureau, Jacques dit :

“ Je comprends maintenant pourquoi nous mangeons un jour sur deux du sanglier ! “

Et ce que ne t’a pas dit Beretta, c’est que chaque fois c’est du bénéf pour lui. Les sangliers ne lui coûtent rien, tandis que les cochons, il faut les payer encore que les tuer ne lui coûte rien non plus »“ 

*FSNA, français de souche nord-africaine, incorporé dans l’armée française, qui prétextera une visite en ville chez le dentiste pour déserter et rejoindre l’armée algérienne.

**Attrapez  *** tête ****dégonflé



 

 

 

jeudi 26 mars 2026

Des citations qui donnent à réfléchir et parfois à agir

 

“ Il y a des services si grands qu’on ne peut  les payer que par l’ingratitude 

Alexandre Dumas

J’en ai fait personnellement l’amère expérience et j’avoue que  je n’arrive pas à l’effacer de ma mémoire.  La preuve : je me sens obligé d’en parler bien des années plus tard.

J’aurais dû, quand il était encore temps, écouter :

- la mise en garde de Georges Bernanos “La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme, sauf dans de rares exceptions“  et “ la haine paraît quand la reconnaissance devient insupportable“.  

- le conseil d’un  philosophe, grec, je crois, repris par le constructeur Enzo Ferrari “Si tu ne supportes pas l’ingratitude, ne fais pas le bien ".

- et surtout celui de Tacite cité par André Gide dans les faux monnayeurs.

Les bienfaits sont agréables tant que l’on peut s’en acquitter

Mais, ni mes professeurs, ni mes parents ne m’ont  appris la notion fondamentale des relations humaines qu’est la réciprocité :

-Quand nous donnons à quelqu’un, que ce soit de l’argent, du temps, de l’attention ou de l’amour, nous le rendons débiteurs, nous l’obligeons. S’il ne peut pas nous rembourser, s’acquitter de  la dette qu’il a contractée envers nous, le plus souvent involontairement, il peut nous en vouloir.

Ce qui peut paraître à première vue paradoxal, mais s’explique très bien.

C’est pourquoi il nous faut donner à quelqu’un que l’on a obligé, chaque fois que l’on peut, la possibilité de s’acquitter de sa dette.     

"Tout ce qui est gratuit rend ingrat“ dixit un auteur anonyme dont je partage le constat.

Dans mon Blog du 21 octobre 2022 intitulé « Pourquoi les gens ne répondent pas aux courriers », j’examinais quelles pouvaient en être les causes.
Je relevais que l’une d’entre elles était l’habitude de recevoir passivement des informations gratuites payées le plus souvent par la publicité et les contribuables  s’agissant de la radio et de la télévision publique et pour certains d’entre eux, ils pensent que tout leur est dû, ils ne remercient jamais, automobilistes ils n’utilisent pas leurs feux clignotants et jettent par leur fenêtre leurs déchets pour ne prendre que ces exemples.  Ce phénomène ne date pas d’hier. En relisant mon Journal afin de le publier, j’avais relevé qu’en l’an 2000, sur 40 exemplaires de mon dictionnaire DICOMAZ* que j’avais offerts à des clients, 7 seulement m’avaient remercié,  mais il s’est aujourd’hui aggravé avec le développement des plates formes qui distribuent en continu de l’information et des divertissements.

J’avoue qu’il m’arrive parfois, de guerre lasse, de cesser certaines correspondances toujours à sens unique.    

Les gens qui sont ingrats ont pourtant bien tort,

S’ils le savaient, ils se comporteraient autrement mais, hélas pour les autres, ils l’ignorent. En effet,  plusieurs études  scientifiques ont révélé que la gratitude avait pour effet de réduire le stress, d’améliorer les relations personnelles et professionnelles grâce  à une attitude plus positive. Ainsi des médecins de l'hôpital de Boston ont observé une nette évolution de l'état d'esprit chez des patients hospitalisés pour pensées ou comportements suicidaires après avoir pratiqué des exercices de gratitude et de psychologie positive et à Hong-Kong ainsi qu’ en Irlande, des études ont montré que, chez des personnes particulièrement exposées au stress professionnel, le fait de cultiver la gratitude par écrit ou oralement entraînait en l’espace d’un mois une chute considérable de leur niveau de déprime et d’anxiété.

En terminant cet article, j’ai le sentiment, pour une fois , de ne pas avoir encore  épuisé le sujet et je pense que j’y reviendrais plus tard.  

*Dictionnaire du management de la santé.

 

 

jeudi 12 mars 2026

Nouvel extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen" Quand Jacques devient le Prince de Clèves le temps d'une garde dans la station de radio

 -Le studio d’enregistrement était une vaste pièce, très haute de plafond, éclairée par une large baie vitrée et séparée de la cabine technique par une paroi, elle-aussi vitrée, derrière laquelle s’affairaient deux techniciens. Il était simplement meublé d’une table plaquée contre la paroi et de chaises en bois rangées le long des murs. Jacques avait installé son lit de camp dans l’angle de la pièce, près de la porte qui permettait de communiquer avec la cabine. Tous les trois avaient aligné, comme à la parade, leurs pistolets mitrailleurs, leurs casques et un sac à dos dans lequel se trouvait leur repas. Jacques venait d’être nommé caporal, ce qui expliquait qu’il avait été désigné ce jour-là chef de patrouille et cette promotion ne lui apportait rien à part une augmentation de la solde mensuelle dérisoire qui bondissait de 9 francs à 15 francs 20.

Deux femmes et un homme, tous trois européens, pénétrèrent dans le studio. La plus âgée des femmes était grande, distinguée, épouse d’un lieutenant-colonel appartenant à l’Etat-Major. Coiffée à la garçonne, elle avait l’âge des femmes accomplies, un âge indéterminé entre 35 et 45 ans. Elle portait, serré sur sa poitrine, un gros bouquin à la couverture grise qu’elle déposa avec précaution sur la table. L’autre femme, brune aux longs cheveux auburn, plus jeune, mais également distante, elles avaient seulement salué les soldats d’une brève inclination de la tête, étala à côté du livre des feuillets manuscrits après les avoir extraits d’une épaisse chemise en carton bleu. Le garçon, vingt ans à peine, se rendit immédiatement dans la cabine après avoir salué Jacques et ses compagnons.

Le gros bouquin, c’était le roman « La princesse de Clèves » de Madame de La Fayette qui devait être enregistré pour être diffusé plus tard à la radio. La femme du lieutenant-colonel jouait la récitante, le garçon et l’autre femme tenaient respectivement les rôles du Prince et de la Princesse de Clèves.

Une lumière rouge s’éclaira au-dessus de la paroi vitrée, annonçant que l’enregistrement était lancé. La récitante commença d’une voix posée et mesurée la présentation de ce roman dont l’action se situe dans les dernières années du règne de Henri II à la cour de Valois. L’héroïne est une demoiselle de Chartres, toute jeune femme de 16 ans, épouse du prince de Clèves. Son mari découvre qu’elle est éprise d’un autre homme, le duc de Nemours. Elle lui en fait l’aveu puis se réfugie à la campagne pour fuir la Cour et surtout ne pas succomber aux avances du duc. Cependant ce dernier tente de la rejoindre. Le prince de Clèves l’apprend et en meurt de chagrin tandis que sa femme en perd la raison.

Les acteurs lisaient les dialogues entre la princesse et son mari. Si la princesse avait un accent que l’on pouvait imaginer entendre à la cour du Roi de France, le prince, lui, avec son accent pied-noir invraisemblable et surtout incompatible avec le ton et la gravité des propos portait plutôt à sourire, si on était charitable. Profitant du passage momentané de l’autre côté de la vitre de l’interprète, Jacques s’approcha des deux femmes et leur fit part de sa réaction.

Mais Antoine ne tient le rôle que pour nous rendre service, il est technicien à la station“ lui répondit la récitante qui ajouta. “Si vous voulez prendre sa place ?“

Jacques avait fait un peu de théâtre quand il était au lycée Claude Fauriel. Alors qu’il jouait dans « Le médecin malgré lui » de Molière le rôle modeste de Thibaut, le paysan voisin de Géronte (il avait cinq répliques en tout), il avait été remarqué par le Professeur du Conservatoire qui lui avait proposé à la fin de la représentation d’entrer dans la classe d’art dramatique qu’il dirigeait. Bien que très flatté, il avait refusé. Les cours étaient fréquentés par de jeunes snobs, notamment des filles qui l’horripilaient. Plus tard, il s’était souvent dit que s’il avait rencontré Planchon à Lyon ou Marechal  à Villeurbanne, son destin aurait peut-être changé, sans être sûr qu’il eut été meilleur.

“  Oui je veux bien ! “ répondit-il, acceptant l’offre sans hésiter. Mais un militaire de garde dans un studio d’enregistrement avait-il le droit d’abandonner son poste pour jouer la comédie sans en référer à son supérieur ? Jacques ne se posa même pas la question. Il était maintenant le prince de Clèves face à une épouse amoureuse d’un autre homme. Entre deux dialogues, tandis que la femme du lieutenant-colonel poursuivait le récit, le nouveau Prince, levant les yeux de son texte, regardait sans vergogne la princesse de Clèves, fière, hautaine, inaccessible pour le simple caporal de l’armée française qu’il était.

Ce fut avec un vif plaisir que Jacques, presque moribond, lui dit d’une voix volontairement affaiblie par la maladie et la douleur, mais teintée de mépris :

“Vous versez bien des pleurs, Madame, pour une mort que vous causez et qui ne vous peut donner la douleur que vous faîtes paraître. Je ne suis plus en état de vous faire des reproches, mais je  meurs du cruel déplaisir que vous m’avez donné. Mais ma mort vous laissera en liberté et  vous pourrez rendre Monsieur de Nemours heureux sans qu’il vous en coûte des crimes. Qu’importe ce qui arrivera quand je ne serai plus, et faut-il que j’aie la faiblesse de jeter les yeux ! “

Quand elle lui répondit avec un peu plus de chaleur dans la voix :

“Regardez-moi, du moins écoutez-moi ! S’il n’y allait que de mon intérêt, je souffrirais des reproches, mais il y va de votre vie “ il ne put s’empêcher de laisser échapper un léger sourire amusé. Il regrettait en cet instant de ne pas avoir en face de lui une vraie comédienne qui aurait su communiquer la désespérance d’une jeune épouse vertueuse, bien qu’amoureuse d’un autre homme et qui se sent coupable de la mort de son mari. Une comédienne qui aurait oublié, le temps d’une réplique, la condition sociale de son partenaire.

L’enregistrement terminé, la récitante remercia poliment Jacques de sa collaboration. Quant à l’interprète de la princesse, elle le salua à peine, presque gênée de s’être, commise un instant avec un simple soldat, fusse- t-il caporal et pourtant chef du détachement militaire chargé de sa protection.

L’après-midi, le studio fut envahi par un orchestre arabe venu interpréter de la musique arabo-andalouse en direct sur les ondes de Radio Tlemcen, cette musique typique importée par des musulmans refoulés en 1236 de Cordoue et de Grenade. Une vingtaine de musiciens prirent place accompagnée de leurs instruments : des violons, des tambours, des cymbales et des cithares.

Assis comme les deux autres soldats sur son lit de camp, Jacques se laissa bercer par la musique aux effets légèrement soporifiques tout en ruminant l’humiliation qu’il avait dû subir.

“ Si j’avais eu une barrette sur l’épaule plutôt qu’un seul galon sur une manche, j’aurais été traité autrement par ces deux femmes“, se persuadait-il et il lui revint à l’esprit que son frère, à son retour d’Algérie, lui avait raconté « le coup du canapé de Médéa ». Des pieds noirs invitaient un jeune officier chez eux, le recevaient royalement à déjeuner puis le laissaient seul au salon avec leur fille. Un peu plus tard, ils le surprenaient à l’improviste sur le canapé en train de lutiner leur fille préparée au sacrifice. Outrage ! Déshonneur de la famille ! L’odieux responsable n’avait plus qu’à réparer en épousant la belle et bien sûr la ramener en Métropole.

Il se consola en pensant à ses petits camarades qui, bientôt, sur leurs transistors, l’entendraient jouer le Prince de Clèves.

 

 

mercredi 25 février 2026

Les personnes célèbres que j'ai rencontrées ou failli rencontrer, suite et fin.

 

Les gens du monde de la Presse, des Lettres et des Affaires

Jean François Khan.

Je l’avais rencontré une première fois  à la Fête du Livre de Saint-Etienne puis nous avions ensuite entretenu une correspondance. Un point de désaccord existait entre nous sur la moralité des patrons. Lui pensait, contrairement à moi, que seuls les grands patrons étaient malhonnêtes.  Il reste pour moi un modèle de journaliste éclectique ; il avait  à une époque animé à la  radio une émission sur la chanson française que je suivais toujours avec plaisir  et d’intellectuel à suivre.

François de Closet.

Alors que j’écrivais mon essai « Mérites-tu vraiment ton salaire » je me suis mis en relation avec lui. Il m’a encouragé à poursuivre et je lui ai même proposé de signer l’ouvrage, considérant que son succès commercial serait assuré. Nous devions nous rencontrer à une fête du livre de Saint-Etienne, mais nous n’avons pas pu hélas nous voir et je n’ai pas cherché à le recontacter. Peut-être ai-je eu tort ?

Christiane Collange

La sœur de Jean-Jacques Servan Schreiber et épouse du journaliste Jean Ferniot. Je l’ai connue à la Fête du Livre de Saint-Etienne, plus exactement dans un restaurant de la Place Jean-Jaurès où nous étions assis côte à côte après qu’elle ait dédicacé son livre « Chers enfants » à mon épouse. Elle nous a raconté la fable à laquelle elle tenait beaucoup, celle des deux mouches dans un bol de lait. L’une ne lutte pas et se noie rapidement tandis que l’autre se débat jusqu’à  ce que le lait devienne du beurre et lui permette de se sauver.

Françoise Giroud

Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais nous avons échangé des lettres après que je lui ai adressé mes commentaires sur son dernier livre que j’avais lu.

Pierre Tchernia

Le Monsieur Cinéma de la télévision. J’ai fait sa connaissance dans l’avion de Paris qui nous ramenait un jour de Tarbes à l’époque où j’intervenais à la clinique du docteur Courty dont je parle dans « Une vie au service de l’hospitalisation privée » , étant assis l’un à côté de l’autre. Il m’avait raconté que la veille, à l’aller, il avait rencontré des touristes qui rentraient de l’Ile Maurice et se plaignaient d’avoir mal mangé. Nous dissertons sur le comportement de ces touristes qui ne méritent pas tous  les bienfaits de la civilisation moderne. Ils sont à des milliers de kilomètres de chez eux comme s’ils allaient dans le canton voisin, sans surprise, sans curiosité, sans émerveillement. Pierre Tchernia me dit qu’un film américain dénonçait parfaitement ce comportement. Il s’appelait « C’est mardi, ce doit être la Belgique »    

Pierre Charras

J’ai fait la connaissance de cet  écrivain d’origine stéphanoise à la Fête du Livre de Saint-Etienne où il m’a dédicacé son livre « Bonne nuit, doux prince » et ensuite nous avons eu un échange épistolaire très intéressant.

Antoine Riboud

Nous avons failli nous rencontrer  à Villeurbanne dans les bureaux de BSN dont il était le PDG pour parler de la  création d’une société de caution mutuelle chargée du financement de fonds propres des créateurs d’entreprise et dont les membres auraient été des personnalités éminentes du monde économique comme lui. J’étais alors professeur de finances à l’Ecole Supérieure de Commerce de Lyon chargé d’un cours sur les créations d’entreprise.  Projet auquel il était intéressé et c’est pourquoi nous devions nous rencontrer. Hélas, un évènement familial imprévu l’a obligé à se décommander au dernier moment.  J’ai appris plus tard par son fils qui avait pris sa succession que ce jour-là venait de décéder en Savoie sa belle-mère. Je me suis bien sûr poser la question : Pourquoi ne l’ai-je pas rappelé pour convenir d’un nouveau rendez-vous ? Je n’ai pas plus la réponse précise aujourd’hui qu’à l’époque, mais peut-être qu’inconsciemment je ne me sentais pas capable de mener à bien ce nouveau projet qui venait s’ajouter à d’autres projets que j’avais lancé ou prévu de lancer.

Alain Griotteray

Je l’ai rencontré, non pas en qualité d’homme politique, d’éditorialiste du Figaro, mais patron de l’entreprise des Aspirateurs Tornado qu’il faisait fabriquer à Bourg-Argental chez mon ami Maurice Martin, industriel par ailleurs ingénieur conseil qui avait été un de mes  associés dans l’IFRHOS, l’Institut Français de Réalisations Hospitalières.

Je l’ai retrouvé un jour à la Charpinière où il était venu faire une conférence et la dernière fois c’était à Orly. Nous attendions notre avion et avons bavardé puis il s’est brusquement levé tout en me disant : “Allons-y ! “ sur un ton qu’il avait dû prendre quand il était chef de réseau dans la Résistance. Hélas, lui prenait l’avion de Bastia et moi celui de Saint-Etienne. 

  Pierre Gagnaire

Quand il était à Saint-Etienne, il  regrettait de ne pas avoir de chambres à offrir à ses clients comme d’autres grands chefs. Il m’avait donc proposé de nous envoyer ses clients – nous avions déjà quelques clients communs- et nous avions arrêté le slogan “ Venez manger chez Gagnaire et dormir à la Charpinière“. Hélas, pour moi, il a préféré aller s’installer à Paris.