samedi 16 mai 2020

L'Honnête homme, chef d'entreprise, suite




Après que nous ayons vu qu’il devait obéir à plusieurs commandements vis-à-vis de ses salariés, nous examinons maintenant le rapport de l’Honnête homme à l’environnement et son comportement vis-à-vis des autres qui doit être irréprochable.

Vis-à-vis de son environnement.
Pratiquer le mécénat humanitaire et social ainsi que le bénévolat.
Nous devons nous interroger sur ce que l’Honnête homme, chef d’entreprise, fait de l’argent que gagne son entreprise comme nous nous sommes interrogés dans l’Honnête homme et l’argent sur ce qu’il faisait de son argent personnel. Mais aussi de ses compétences.
Les bénéfices de son entreprise sont consacrés aux investissements (les emplois et les profits du futur, aux actionnaires sous forme de dividendes, s’il en a, et aux salariés sous forme d’intéressement) Les bénéfices peuvent être utilisés en partie pour financer des actions de mécénat comme le font certaines grandes entreprises à travers des fondations qu’elles créent à cet effet. Ainsi le Groupe Danone qui a créé Danone Communities, désigné comme un incubateur de « social business ». Il finance des entreprises locales dans les pays en voie de développement et apporte son savoir faire grâce à un réseau d’expert. Par exemple au Sénégal où il apporté des fonds et un appui technique (formulation produit, marketing, production et commercialisation)  à un jeune vétérinaire autochtone pour construire une laiterie récoltant le  lait de 800 éleveurs pour le distribuer à 5 300 points de vente.

Les entreprises qui pratiquent ce mécénat humanitaire peuvent aussi en tirer profit car leurs équipes intervenant dans des régions aux infrastructures le plus souvent inexistantes doivent apprendre à s’adapter.

L’entreprise doit aussi pratiquer le mécénat social, sans oublier le mécénat culturel et sportif ainsi que le bénévolat.  Ce dernier a l’avantage de faire participer activement ses salariés, qu’ils soient de compétence ou ne nécessitant pas de qualification particulière.

Dans une perspective futuriste qui intègre l’environnement, je citerai Roger GODINO,* fondateur de l’INSEAD et père de la CSG:
« L’entreprise doit résulter d’un contrat fondateur entre les apporteurs de capitaux, les salariés, les sous-traitants, les clients, les associations partenaires gardiennes de l’environnement et de la cohésion sociale »  

S’ouvrir au monde enseignant

Un partenariat avec les lycées et collèges.
Les français sont nuls en économie et n’ont pas toujours une bonne opinion de leurs entreprises. Une étude réalisée par la SOFRES, il y a quelques années, avait révélé que seulement 7% de nos compatriotes admettaient comprendre les mécanismes économiques. J’ai été témoin tout au long de ma carrière de cet état de fait, notamment chez les médecins que je fréquentais régulièrement. « L’état de l’enseignement de l’économie est une catastrophe et il est responsable du blocage social dans notre pays » déclarait Michel ROCARD, effrayé de constater chez les lycéens leur vision de l’économie poussée à un tel degré d’abstraction et de dogmatisme qui leur interdisait toute utilisation dans la vie sociale.
Cette faillite s’explique par le fait que les professeurs sont trop éloignés du monde de l’économie réelle et des entreprises privées dont ils donnent une image incomplète et trop souvent négative.
C’est pourquoi il faut que les jeunes gens découvrent le plutôt possible, la spécificité de l’entreprise et le contexte économique dans lequel elle évolue. Les patrons d’entreprise et en premier lieu, l’Honnête homme, chef d’entreprise doit ouvrir grandes ses portes aux élèves et à leurs professeurs.  

Une association avec les Universités et les Grandes Ecoles.
D’une part les universités ont maintenant pour mission l’insertion professionnelle de leurs étudiants et d’autre part les entreprises ne peuvent pas se désintéresser de la formation de leurs futurs cadres. C’est donc tout naturellement qu’ils doivent collaborer.

Donner leurs chances aux jeunes.
Trop de patrons en particulier de petites entreprises refusent d’embaucher des apprentis au prétexte qu’ils leur font perdre leur temps, qu’ils ne savent rien, qu’ils ont un mauvais esprit…dans les écoles on leur a surtout appris le droit du travail..Ils n’ont pas toujours tort car les jeunes gens qui viennent apprendre sur le terrain leur métier ne sont pas tous préparés, motivés et soutenus par leurs parents. Notons cependant pour s’en féliciter que la nouvelle équipe gouvernementale a encouragé l’apprentissage qui aujourd’hui se développe.

Vis-à-vis de tous
Etre irréprochable
Dans une enquête certes un peu ancienne, à la question : Pensez-vous que pour arriver au sommet, il est nécessaire d’être corrompu, 52.6% des français avaient répondu par l’affirmative contre 13.4% en Norvège et 22.3 % aux Etats-Unis. Seuls les polonais et les russes étaient plus méfiants que nous et avaient peut-être de meilleures raisons.
C’est pourquoi, le chef d’entreprise doit en France plus qu’ailleurs, persuader ses salariés que sa réussite est justifiée. Comme disait CALVIN, on peut faire du commerce sans perdre son âme. L’Honnête homme, chef d’entreprise peut gagner de l’argent, à condition que ce ne soit pas au détriment des autres, en exploitant ses salariés, en pressurant ses sous-traitants et en ne payant pas ses impôts dans son pays.

Déjà en 1908, le 10 Mars, Eugène SCHNEIDER, le maitre des forges, recevant CLEMENCEAU, avait déclaré : « Les patrons doivent être exemplaires. Nous avons plus de devoirs que de droits. Ne l’oublions pas, l’opinion publique nous regarde »
Un siècle plus tard, la crise financière qui a secoué la planète a montré que des dirigeants de banque notamment ont recherché avant tout le profit maximum sans se soucier des risques qu’ils faisaient courir à leurs clients et à l’économie mondiale. C’est pourquoi, Klaus SCHWAB, fondateur du forum économique mondial de DAVOS se demande s’il ne faudrait pas créer un équivalent du serment d’Hippocrate des médecins dans le domaine du management des entreprises qui intégrerait cette notion de responsabilité sociale. Sans elle, des catastrophes se reproduiront inéluctablement.

A l’heure où certains voudraient rendre responsable d’économie libérale de la pandémie de coronavirus que nous subissons (il faut bien trouver un bouc émissaire) et la remettre en question, il est impérieux de défendre le rôle de l’entreprise privée et celui irremplaçable de son chef. Mais ce dernier doit autant que faire se peut, être un Honnête homme comme nous l’avons défini.

A ceux de mes lecteurs qui peuvent penser que je ne m’adresse qu’à des patrons de grandes entreprises, je leur dirai que même un patron de PME peut obéir aux différents commandements que je prescris, excepté peut-être le mécénat humanitaire, encore que des micro-projets de collaboration sont légions de part le monde et notamment en Afrique. Enfin qu’il est très facile de créer un fonds de dotation aux ressources en partie défiscalisée, il suffit d’adresser à la Préfecture ses statuts. Laquelle l’inscrit au Journal Officiel.

*Auteur de Réenchanter le travail. Pour une réforme du capitalisme aux éditions La Découverte.

Dans les prochains chapitres nous examinerons l’Honnête homme, cette fois quand il est journaliste. Un métier dont ceux qui l’exercent sont aujourd’hui l’objet de beaucoup de critiques justifiées.

dimanche 10 mai 2020

En rangeant ma bibliothèque...A la recherche de livres disparus



J’ai voulu retrouver dans ma bibliothèque trois ouvrages : 

« Pas pleuré » de Lydia Salveyre, que je veux faire lire à mon épouse qui suit fidèlement sur Netflix « Les demoiselles du téléphone ». Elle découvrira dans ce roman le drame des familles espagnoles déchirées par la guerre civile où il n’y avait pas que les bons d’un côté et les mauvais de l’autre.  

 « La Religieuse » de Diderot que j’ai déjà lue, mais que je veux relire pour m’imprégner davantage de l’ambiance d’un couvent comme celui qu’a connu mon aïeule Toussainte dont j’écris la biographie, enfin 

«Némesis Médicale »  d’ Yvan Ilitch dans laquelle il montrait que  les épidémies disparaissaient comme elles étaient venues, indépendamment  de l’intervention des médecins  et qui mérite donc d’être relue aujourd’hui.

Perdus au milieu de mes 2 451 ouvrages, chiffre actualisé à ce jour, j’ai beaucoup de peine à les dénicher.  J’ai délimité des zones dont hélas, ils ne relèvent pas : Les livres en langues étrangères que je pratique, les œuvres littéraires anglo-saxonnes, celles russes, les œuvres complètes du général De Gaulle, de François Mauriac, de Pagnol, et d’autres grands auteurs, des collections prestigieuses comme celle des Prix Nobel des éditions Rombaldi. Ils ne relèvent pas non plus des œuvres théâtrales complètes comme celles de Shakespeare, des œuvres poétiques ou philosophiques ou encore d’essais divers et variés, notamment d’économie.

Non ! Ils sont perdus dans une masse de livres, essentiellement des romans, qui garnissent les deuxièmes rangs d’où ils sont invisibles. Les premiers rangs de certains rayons étant occupés par des livres d’accès facile que je relis ou envisage de relire un jour comme ceux de Milan Kundera, Camus, Malraux, Aron ou Zweig…Je relis actuellement l’Immortalité de Kundera.  Je suis donc obligé de dégarnir les premiers rangs pour les retrouver. Ce qui est fait pour la Religieuse que j’ignorais posséder dans deux collections différentes.

C’est un exercice physiquement pénible que de ranger une bibliothèque, les livres ne sont pas de poche, d’autant que j’ai décidé de profiter de cette occasion pour créer une nouvelle zone dédiée aux romans et essais traitant du Maghreb, en particulier de l’Algérie, et du Moyen Orient, ce qui m’oblige à de nombreux transferts. Mais c’est aussi un exercice intellectuellement excitant.

 En effet, j’exhume des livres que j’avais oubliés et dont j’essaie de me remémorer ce que j’en ai retenu en feuilletant les premières pages. D’autres livres que je croyais avoir lu et que je mets en réserve, d’autres encore que j’ai envie de relire et vont essayer de se faire une place au premier rang, quitte à rétrograder douloureusement, par exemple, les romans de Ismaël Kadaré, très grand conteur albanais dont un de mes condisciples au lycée Claude Fauriel, Alexandre Zotos, était un des traducteurs attitrés.

A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai retrouvé que la Religieuse. Les deux autres ne se sont pourtant pas égarés pendant un déménagement, j’habite à la même adresse depuis plus de 40 ans. Il est par contre fort probable que je les ai prêtés, mais à qui ? Je ne me souviens pas, et qu’ils ne m’ont pas été rendus.  Ce qui me contrarie. J’aime bien que l’on me rende ce que j’ai prêté et savoir si mon choix a été judicieux. Cela peut paraître un peu ridicule aux yeux de certains, mais c’est ainsi. J’ai trop de respect pour les livres pour ne pas m’inquiéter de leur disparition et ignorer s’ils ont été ou non appréciés.  

Le seul livre qui m’a toujours été rendu, c’est « La volonté de guérir »* de Norman Cousin que j’ai prêté aux amis proches touchés par une maladie grave et qui après l’avoir lu n’ont pas voulu en priver d’autres dans la même situation que la leur.

Je forme le vœu que mes prochains emprunteurs, car je continuerais à prêter des livres que j’aime,  se comporteront comme eux.

·      *C’est l’histoire édifiante d’un journaliste américain atteint de polyarthrite ankylosante condamné par les médecins qui refusent leur verdict.

samedi 2 mai 2020

L'Honnête Homme, Chef d'entreprise



Un Honnête homme quand il est patron doit non seulement développer son entreprise, rémunérer ses actionnaires, quand il en a, et créer des emplois, si possible, pérennes. Il doit aussi vis-à-vis de ses salariés et de son environnement obéir à plusieurs commandements et vis-à-vis de tous, être irréprochable.

Vis-à-vis de ses salariés
Les rémunérer selon leurs mérites respectifs
Il faut que les salariés de l’entreprise puissent voir leurs mérites récompensés individuellement ou ce qui est souvent préférable, chaque fois que cela est possible, collectivement dans le cadre d’une équipe ou d’un service pour privilégier le travail en groupe. Le patron aura toujours intérêt à avoir des collaborateurs plus motivés qui seront plus productifs. Une fois plus, là encore, le vice rejoint la vertu…

Donner de l’intérêt et du sens à leur travail
Le salarié ne se contente pas d’être bien rémunéré, il faut qu’il trouve de l’intérêt et du sens à ce qu’il fait. La parcellisation des tâches, le travail à la chaîne et l’informatisation ont fortement dévalorisé le travail. Il faut donc que le chef d’entreprise, chaque fois que cela est possible le revalorise en développant notamment la polyvalence grâce à la rotation des postes et en donnant la possibilité au salarié d’être autonome en lui laissant une certaine liberté pour s’organiser.
 
Le salarié souhaite aussi que son patron utilise pleinement ses compétences et lui permette de les développer. Ce dont nous avons parlé dans l’Honnête homme et le travail.
L’Honnête homme chef d’entreprise doit considérer ses salariés, eux-aussi, comme des Honnêtes hommes. 

Fustigeant une fâcheuse tendance que nous avons à médicaliser les maux du travail, Pierre Eric Sutter, psychologue du travail affirme : « Ce dont les français ont plus besoin, c’est de sens, pas de soins »
Pour que le chef d’entreprise donne du sens au travail de ses salariés il faut qu’aux yeux de ceux-ci la stratégie de l’entreprise soit lisible et qu’il en donne une image valorisante à l’extérieur dont ils puissent être fiers.  Enfin les salariés non seulement doivent être fiers de leur entreprise, mais si possible l’aimer et en être les ambassadeurs à l’extérieur et qu’elle soit en phase avec leurs valeurs.

Bien évidemment, toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines ont une finalité plus évidente que d’autres et pour lesquelles il est plus facile de donner un sens à l’action.  
Personnellement, j’ai eu la chance de diriger une société de conseil spécialisée dans la gestion hospitalière dont la finalité était évidente, celle d’améliorer la qualité des soins et je n’avais pas à l’expliquer à mes collaborateurs le sens de notre action.

Leur assurer un minimum de sécurité et de perspectives d’évolution
Nous ne pouvons pas vivre dans une totale insécurité, qu’elle soit bien réelle ou seulement ressentie.
Même les plus dynamiques et entreprenants d’entre nous avons besoin d’un minimum de sécurité pour agir. Dans son ouvrage prémonitoire « Le Choc du futur » publié dans les années 70, Alvin TOFFLER écrivait que l’homme a besoin, dans un monde en perpétuelle agitation, d’un îlot de stabilité.  Celui-ci pourrait être la famille, mais c’est aujourd’hui loin d’être toujours le cas, car elle aussi soumise à de fortes perturbations. Reste l’entreprise le plus souvent dont le chef, s’il est un honnête homme, ne doit pas aggraver cette instabilité en utilisant ses salariés comme de simples « variables d’ajustement. » sauf si la vie de l’entreprise est en jeu et avec elle le maintien de l’emploi d’une partie du personnel.     

Leur témoigner reconnaissance et considération
De même que nous ne pouvons pas vivre sans un minimum de sécurité, nous ne pouvons pas vivre sans que notre utilité sociale, mais aussi professionnelle soit reconnue. Trop de salariés ont aujourd’hui le sentiment de ne plus être utile à l’entreprise puisqu’elle peut par exemple délocaliser son activité à l’étranger et ainsi les priver d’emploi.

La reconnaissance du travail accompli peut se traduire de plusieurs manières : par une augmentation de salaire, par une promotion, mais aussi et surtout par l’intérêt que portent les autres sur ce que nous faisons. Le salarié veut entendre de la bouche de ses collègues et en premier lieu de son patron ce compliment : « Tu as bien travaillé »  

Comme patron, je n’ai pas toujours su féliciter mes collaborateurs chaque fois qu’ils le méritaient tandis que je ne me privais pas de les morigéner dans le cas contraire. Avec le recul et aujourd’hui éloigné du champ de bataille, je m’interroge posément sur mon attitude. A ma décharge, personne dans mon entourage m’a conseillé d’agir autrement et pendant mes études supérieures, aucun professeur ne m’a enseigné l’art d’être patron, mais encore eut-il fallu qu’il le connaisse. Professeur à mon tour de financement et de créations d’entreprise à l’EM de Lyon, je n’ai enseigné à mes élèves que des techniques. J’aurais l’occasion de revenir sur le rôle défaillant de l’enseignement supérieur et de l’école en général.

Tout patron expérimenté sait qu’une demande d’augmentation de salaire est parfois une fausse barbe derrière laquelle se cache une insatisfaction profonde et en premier lieu un manque de reconnaissance.   
L’écrivain Hervé BAZIN qui connaissait bien la nature humaine et nous sen fait profiter dans ses romans, tout au moins à ceux d’entre nous qui aimons les livres, affirmait :
« Les gens ont soif de considération bien plus que de mérite »

Nous aurons l’occasion de revenir sur le manque de considération, d’indifférence, voire de mépris dont doit se garder tout Honnête homme dans ses relations avec les autres, notamment avec ceux qu’il peut juger inférieurs à lui dans l’échelle sociale.

Nous verrons dans un prochain chapitre quel doit être le comportement de l’Honnête homme vis-à-vis cette fois de son environnement et comment doit-il être irréprochable.