mardi 6 octobre 2026

Ma mère et ses proverbes

Ma mère aimait bien citer des proverbes et adages. Elle n’était pas très instruite, encore qu’elle eût obtenu au début du siècle dernier son certificat d’études dont elle était d’ailleurs, à juste titre, très fière. En effet, être une fille de paysans à son époque où on ne parlait à la maison que l’occitan du Velay, le patois de la région, et devant faire un long trajet par tous les temps pour se rendre à pied à l’école, il fallait beaucoup de volonté et de persévérance.

Certains me reviennent en mémoire…

« On ne peut pas être et avoir été » qu’elle a souvent prononcé dans les dernières années de sa vie. Elle, très active, souffrait de ne plus pouvoir l’être autant, mais l’énoncé de ce proverbe devait la consoler en quelque sorte, je suppose. Aujourd’hui dans sa situation, je me le répète tout en pensant à elle et bien que je sois moins actif qu’elle ne l’était.

“Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait“

Elle enrageait parfois de ne pas faire ce qu’elle n’était plus capable de faire. Frappée par une hémiplégie, elle était limitée dans ses mouvements.

Oscar Wilde un siècle plus tôt avait fait le même constat qu’elle, en déclarant : “Le problème n’est pas d’être vieux, mais de rester jeune“

Nous connaissons tous des gens qui encore jeunes étaient déjà vieux et sont donc habitués à leur sort.

 « À chaque jour suffit sa peine »

Elle se concentrait totalement sur ce qu’elle faisait et ne se laissait pas distraire par des pensées sur l’avenir.

« Un coup de langue va plus loin qu’un coup d’épée »

Elle avait été témoin dans sa vie des dégâts parfois irréversibles que peut provoquer la parole et elle m’avait ainsi conseillé de toujours mesurer mes propos.

« Il faut tourner sept fois la langue dans la bouche avant que de parler »

Il importe de bien réfléchir aux paroles qu’on veut dire, avant de les laisser échapper.

« Toute vérité n’est pas bonne à dire »

Il y a des vérités qui blessent inutilement et il est donc sage de ne pas les dévoiler. En prononçant ce proverbe, elle pensait sûrement à quelqu’un qu’elle ne voulait pas froisser.

« Il faut de tout pour faire un monde » 

Truisme à première lecture, mais en vérité, une affirmation que nous avons tous besoin les uns des autres, que nous devons accepter tous les gens avec qui nous vivons. Ma mère était foncièrement libérale, sans le savoir.

« Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que des sottes gens »

Ayant vécu au bas de l’échelle sociale dans sa jeunesse, elle n’acceptait pas que des personnes méprisent ceux qu’elles estimaient inférieures à elles.

« Ce qui est fait n’est pas à faire »

Ce constat qui justifiait presque instinctivement son refus de reporter à plus tard ce qu’elle pouvait faire tout de suite. “Do it now !“ , le mot d’ordre d’une chef d’entreprise Linda Wachner, PDG de la firme Warnaco, la femme, alors, la mieux payée des Etats Unis à ses 13 000 collaborateurs était le titre de mon Blog que j’avais choisi où je reprenais celui dans un de mes éditoriaux de la Lettre d’IFRHOS* dans lequel j’expliquais à mes lecteurs que l’Histoire avait toujours donné raison à ceux qui avaient su dans le passé agir le plus vite.

« Les chiens ne font pas des chats »

Prononcé chaque fois qu’elle constatait chez quelqu’un, pour les regretter, les marques de l’hérédité.

« La vérité sort de la bouche des enfants »

Un proverbe auquel elle était fermement opposée et qui la mettait en colère. Elle avait été bonne d’enfants et elle avait constaté que les enfants mentent parfois effrontément.

« A quelque chose malheur est bon »

Ce proverbe révélait chez elle son optimisme foncier.

Nota Bene : Il lui arrivait d’utiliser des proverbes en patois notamment quand elle bavardait avec une de ses sœurs, mais je ne serais pas capable de les transcrire. Elle m’avait avoué qu’elles s’exprimaient plus rapidement qu’en français, du moins en avait-elle l’impression. C’est sûrement ce qu’éprouvent nos compatriotes en utilisant entre eux leur langue maternelle quand elle n’est pas celle de Molière.

*Lettre de management hospitalier que j’ai publiée tous les deux mois pendant des nombreuses années et qui s’adressait aux directeurs d’établissement hospitaliers et aux administrateurs de cliniques privées.

 

 

 

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