mardi 22 septembre 2026

Extrait de "Djemila, la fiancée de Tlemcen"

 

Nouvelle rencontre de Jacques avec DJEMILA

Pour les nouveaux lecteurs, nous sommes à Tlemcen en 1962 où Jacques Neyrand y effectue son service militaire dans une unité du Génie et où il a interprété à la radio, un jour où il était de garde, le rôle du Prince de Clèves.

 

 Jacques retourna à la Maison des Lys, toujours accompagné des inséparables sergents Micelli et Bruneau. Nous étions vendredi et les pensionnaires du bordel militaire venaient à peine de rentrer de l’hôpital du Mechouar, garanties saines de corps par les médecins militaires.

“ Bonjour Messieurs, bonjour Monseigneur !“ 

Madame Mireille les accueillit avec empressement. Djemila, en déshabillé blanc à fines fleurs jaunes, bavardait au bar avec une grande fille aux longs cheveux crépus et aux hanches monumentales qu’elle mettait en relief en se penchant sur le comptoir. Tandis qu’une trompette attaquait avec force un pasodoble, une autre pensionnaire vint se joindre à elles. Des seins agités sous une robe pourpre qui semblaient vouloir s’échapper, des lèvres charnues, celle supérieure ourlée d’un fin duvet, un chignon noir bas, une peau très blanche et des yeux qui jetaient des flammes.

“ Bonnesoare! “ lança-t-elle à la cantonale d’une voix sourde, légèrement rocailleuse. Jacques était sur le point de faire un pas vers elle pour l’inviter, mais Micelli, plus rapide, l’avait déjà entraînée dans la danse. D’autres militaires arrivaient, des gars de la Légion Etrangère et de l’Infanterie de Marine, tous gradés. Il s’approcha du bar et commanda un sirop d’orgeat. Djemila était placée derrière lui et il ne l’avait pas encore saluée.

“Alors, Djemila, on ne dit rien à son Prince ?“ demanda Madame Mireille sur le ton de la réprimande amicale. Jacques se retourna.

“Bonjour ! “ 

“Bonjour ! “

“ J’ai cru que vous ne reviendriez pas ! “dit-elle.

“  Oh, j’ai simplement été très occupé ces derniers temps ! “

“ Vous venez avec moi ou vous préférez Conception ?“ 

“Qui est Conception ? “

“ La fille qui danse avec votre camarade et qui semble beaucoup vous plaire“. 

“Ah Non ! Quelle idée ! Je peux vous offrir un sirop d’orgeat ?“ 

“ Oui ! Je veux bien “.

La sous maîtresse, faisant fonction aussi de barman fit le service. Jacques, enfin, leva ses yeux sur Djemila et lui sourit. Sur la piste improvisée, Micelli et sa cavalière se laissaient emporter par la danse et soulevaient l’admiration des spectateurs. Surtout quand Micelli la faisant virevolter, la robe courte et légère de Conception s’envolait et laissait découvrir des cuisses fortes et musclées et une touffe pubienne sombre et foisonnante. A cette vue, Jacques se dit que les mœurs avaient bien changées depuis le 18ème siècle où seules les courtisanes alors portaient des culottes.

“ Vous venez ? “Djemila tendit la main à Jacques qui la suivit sans un mot.

La chambre était la même, un peu plus claire que la première fois, dehors le soleil était plus haut dans ciel. Cette fois Djemila attendit, sagement assise au bord du lit, que Jacques se déshabille, mais celui-ci lui demanda d’en faire autant pour lui permettre de dissimuler sa gêne.

Quand il ressortit de la chambre, il aperçut le capitaine major du Bataillon, son grand Chef, qui entrait dans la chambre voisine sur les pas de la blonde avec qui Bruneau avait dansé la fois précédente. Il fit semblant de ne pas l’avoir vu. Au retour, Micelli invita Jacques à dîner dans son bureau avec Bruneau, d’un litre de vin rouge, d’un camembert et d’une boîte d’anchois.

Pour la première fois depuis fort longtemps, depuis l’époque qui lui paraissait maintenant lointaine de ses études à Lyon, Jacques partagea son repas, dans l’intimité, avec des amis. Le camembert était juste à point et se mariait parfaitement avec le château Mansourah, vin rouge des coteaux de Tlemcen. Tous les trois se découvrirent à cette occasion une prédilection commune pour les anchois.

“Un jour, vous verrez“, pronostiqua Bruneau : “ il y aura des self-services dans les casernes et les soldats boufferont dans leur piaule“.

 

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