Dans un article précédent, j’ai
parlé de la SIATLI, société internationale pour le développement du tourisme et
des loisirs, dont je fus l’éphémère directeur financier. Son fondateur et
principal animateur avait beaucoup d’entregent, du charme certain et un aplomb
énorme que je n’ai retrouvé qu’une seule fois dans ma carrière – nous avions un
projet de Centre de Rééducation à Rovereto dans la province de Trente et son
animatrice, après avoir décroché des subventions européennes, n’hésitait pas à déranger
chez lui au téléphone le Ministre italien de la Santé – A noter que tous les deux
n’avaient pas fait de longues études, ce qui ne les complexait pas du tout, bien
au contraire, mais ils étaient dévorés par l’ambition.
Michel Gillibert avait, de
surcroît, une relation privilégiée dont il allait beaucoup se servir, celle de Philippe
Malaud, directeur du cabinet de Couve De Murville, ministre des Affaires
Etrangères. Nous sommes à la fin des années 60.
Il avait installé les bureaux de
notre société à Lyon, quai Victor Augagneur, au bord du Rhône, dans un magnifique
appartement au parquet classé monument historique, loué gracieusement par son
propriétaire qui avait l’ambition de voir sa fille, charmante au demeurant,
évoluer dans la haute société parisienne. Les meubles de style avaient été
prêtés par un antiquaire de Saône et Loire et les murs tapissés de toiles de
maîtres prêtées par un marchand de tableau qui possédait deux galeries, l’une Quai
Romain Rolland à Lyon et l’autre Avenue Matignon à Paris, (Il avait notamment
sous contrat Pierre Soulages). Les
prêteurs de meubles et de tableaux escomptant gagner en notoriété et développer
leurs affaires, bien entendu, grâce aux relations de Gillibert, et nouer des
relations de haut niveau, si j’ose dire. Une des filles Rothschild faisait
partie de ses relations.
Nous avions un chauffeur avec
voiture attitré qui nous conduisait à Paris et à Genève. Je ne me souviens plus
qui nous avait prêté la voiture, mais certainement quelqu’un qui espérait, lui
aussi quelques bénéfices en retour.
Parmi les actionnaires de la
SIATLI, on trouvait notamment l’animateur de la célèbre émission de France
Inter, Le Pop Club ; José Artur, qui se présentait ainsi : “Je ne suis
pas juif et je ne suis pas homosexuel“. La première fois que j’étais allé chez
lui, il m’avait montré sa photo de mariage avec l’actrice Colette Castel et tout
en me désignant au premier rang une jeune demoiselle d’honneur, il l’avait
appelée par son prénom et elle était tout de suite apparue : c’était sa
nouvelle compagne. Nous avions fait
ensemble plusieurs pop club où étaient invitées des vedettes du cinéma et de la
télévision.
Un autre actionnaire avait un
studio de photo à Genève où nous nous rendions régulièrement et des jeunes
filles attirées par le cinéma venaient faire des bouts d’essai.
Un jour nous avions déjeuné dans
un célèbre bouchon lyonnais avec François De Grossouvre qui aura en 1981 son
bureau à l’Elysée et souhaitait nous faire profiter de ses relations avec François
Mitterand me proposant d’être rémunéré régulièrement pour cela. Nous avions
décliné son offre, Philippe Malaud assurant qu’il connaissait bien le patron du
parti socialiste et avait voyagé récemment avec lui en venant de Roumanie.
Parmi les actionnaires, des gens
de radio et de télévision connus dont j’ai oublié les noms et quand bien même
je m’en souviendrais, je ne dévoilerais pas.
Nous étions reçus, Gillibert, Malaud et moi-même avec tous les honneurs par les banques, comme
celle de Paribas, qui nous invitaient à déjeuner dans leur salle à manger
privée.
Mais ces mêmes banques n’acceptèrent
pas de nous suivre dans notre projet à cause même du concept de drugstore
inadapté pour la France et nous dûmes avec Jacques Verrière, le marchand de
tableaux, déposer les statuts de la société avant qu’il ne soit trop tard, que
l’affaire se transforme en scandale politico-financier comme en avait connu la
Vème République. Nous étions les deux seuls lyonnais impliqués dans cette affaire
et tenions à notre réputation.
La leçon que j’ai surtout retenue
de cette aventure qui aurait pu mal se terminer et dont je ne suis pas très fier
: très peu de personnes sont capables de résister à l’attrait des relations de
prestige, des fréquentations de la vie mondaine et des rencontres de gens célèbres.