Un chirurgien, Pdg de sa
clinique que j’avais aidé à construire m’annonce que ses associés médecins ne
voulaient pas s’occuper de gestion et souhaitaient vendre leurs actions à un groupe
financier.
Il est le dernier d’une longue
liste de médecins responsables de cliniques privées qui ont passé la main.
En préambule de mon livre Je
vous ai bien aimés, docteurs*, publié en 2005, j’écrivais, déjà :
« Je veux témoigner d’une
époque où de jeunes médecins (le plus souvent chirurgiens, mais aussi
gynécologues obstétriciens) construisaient à la sortie de leur clinicat avec
d’autres médecins associés leur propre clinique privée dans des conditions
difficiles, et parfois rocambolesques et sans le savoir, participaient à la
mise en place d’un réseau hospitalier performant que nous connaissons
aujourd’hui. Non seulement ils créaient des établissements hospitaliers
d’excellente qualité, mais aussi stimulaient l’esprit de compétition des
cliniques anciennes et des hôpitaux publics. » Et je citais un
directeur départementale de l’action sanitaire et sociale qui m’avait déclaré :“Si
au moins, il existait une clinique privée dynamique pour obliger mon hôpital à
se développer.“
Le binôme Pdg Médecin/Directeur
Le médecin qui avait accepté la
charge de responsable de l’exploitation de la clinique s’appuyait sur les
compétences administratives, juridiques et comptables de son directeur. Il assurait
le relai indispensable entre les médecins et l’administration de l’établissement.
Bien entendu, il fallait que le PDG
médecin s’instruise suffisamment des contraintes notamment financières, ait un minimum
de culture économique. Je révèle ici une anecdote au sujet de mon dictionnaire DICOMAZ*.
Ce qui m’a décidé de l’écrire est l’usage et la compréhension du mot
amortissement que je devais expliquer chaque fois aux nouveaux administrateurs
et cela depuis plus de vingt ans. Toute une partie de DICOMAZ est consacrée à
l’économie d’entreprise. Je justifiais dans ma préface son importance par la
nécessité pour les organisations hospitalières, quel que soit leur statut, sont
des entreprises qui, bien que très spécifiques, doivent obéir de plus en plus
aux mêmes exigences et utiliser les mêmes outils.
J’ajoute que devant les cris
d’orfraie poussés par beaucoup, médecins, cadres administratifs quand ils
entendent parler d’hôpital entreprise, que la finalité de l’hôpital n’est pas
le profit qu’il soit public ou privé, ce qui le distingue d’une entreprise
commerciale encore qu’aujourd’hui l’entreprise responsable ne recherche pas
systématiquement le profit.
Pour sa part, le directeur
devait posséder au moins un vernis de culture médicale. C’est la raison pour
laquelle, j’avais lancé des formations animées par le regretté Docteur
Lecaignard. Ces formations leur fournissaient des connaissances sur
l anatomie des principaux organes, par exemple « le cœur et les
vaisseaux » leur physiologie, leurs pathologies et surtout les différentes
thérapies avec si possible leur coût/efficacité.
Aujourd’hui, ces patrons de
cliniques privées ont laissé place à des directeurs salariés de groupes
financiers et les hôpitaux publics sont toujours dirigés par des cadres
administratives.
Le gouvernement veut
« réformer » l’Hôpital en donnant le ¨pouvoir aux médecins, mais ces
derniers sont-ils capables, même si certains le proclament haut et fort.
Sont-ils plus prêts aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier à apprendre comment
fonctionne un hôpital. A l’Université de médecine de Saint-Etienne, j’avais démarré
une formation d’économie de la santé et lors de la première séance, le
directeur général du CHU, René Bandelier, un homme très ouvert que je salue et
avec qui j’avais débattu sur les coûts respectifs de l’hospitalisation publique
et privée, tous les gradins de l’amphithéâtre étaient occupés par des médecins,
la plupart chefs de service. Etait même présent mon ami le Président de
l’Université, le docteur Annino. Mais, les cours suivants, rapidement les
médecins brillèrent par leur absence et mes élèves étaient surtout des cadres hospitaliers.
Je dois ajouter que les médecins
hospitaliers sont comme les autres français allergiques à l’économie qu’on ne
leur pas enseignée à l’école ou pire, mal enseignée. Certains en sont encore à rabâcher
ce qu’avait dit un ministre de la Santé fraîchement nommée en 1981 “Je ne
serais pas la ministre des comptes“ Sous-entendu, la Santé n’ayant pas de prix,
alors pourquoi tenir des comptes !
En vérité, il faut non seulement
les tenir, les comptes, mais les gérer au mieux des possibilités financières
qui ne sont pas illimitées au regard des besoins de plus en plus grands de nos
concitoyens et les patrons de clinique
sont les mieux placés pour cela.
· Publié aux
éditions Ifrhos