Le problème est très préoccupant car avec le vieillissement de la population conjugué à la diminution de la population active, le fameux « trou de la Sécu » ne peut que s’élargir et devenir impossible à combler.
En 2024, les dépenses de santé ont dépassé les 250 milliards d’euros, un montant très élevé qui pèse lourdement sur les finances publiques.
En premier, le comportement des Français
Beaucoup de nos concitoyens sont irresponsables et n’en sont pas toujours conscients. Ils gèrent mal, voire très mal, leur capital santé. J’y ai consacré un chapitre entier des Chroniques 2014-2024 intitulé « Notre rapport à la santé »
-Ils ont des comportements à risque : ils fument, se droguent en faisant, au passage, la fortune des narco- trafiquants et en favorisant la criminalité que ces derniers provoquent, ils consomment beaucoup trop d’alcool, sont en surpoids, voulant surtout ne se priver de rien et se souciant comme d’une guigne du coût pour la Collectivité.
-Ils ignorent les règles élémentaires d’une bonne diététique et quand ils les connaissent, ne les respectent pas.
-Ils ne respectent pas les prescriptions de leur médecin. Un patient sur deux ne les suit pas scrupuleusement.
-Ils gaspillent les médicaments.
-Ils n’essaient pas de résister aux chants des sirènes de certains laboratoires pharmaceutiques. Un exemple. Une firme avait réussi à décupler les ventes d’un antiseptique en le proposant pour traiter une nouvelle maladie, l’halitose, prétendument chronique aux conséquences sociales graves, qui n’est autre que la mauvaise haleine.
Depuis le 26 septembre de cette année, un changement discret mais majeur s’est invité dans le quotidien des Français. Chaque bénéficiaire de la Sécurité sociale voit désormais sa boîte mail s’animer après un passage chez le médecin, à la pharmacie ou encore chez le kinésithérapeute.
Ces mails, envoyés dans un délai de dix jours après chaque soin rappellent que derrière chaque rendez-vous ou chaque médicament délivré se cache une dépense supportée par la Collectivité.
En France, le système de santé repose sur la solidarité nationale et sur un principe qui a parfois un effet pervers : le tiers payant. Ce dispositif évite aux patients d’avancer leurs frais, mais entretient aussi une impression d’acte gratuit. Or, comme le rappelle Marc Scholler, directeur financier de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), « la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût ».
En second, les gestionnaires du système de santé : les médecins et les dirigeants.
Les directeurs d’hôpitaux
Quand j’étais professeur à l’EM Lyon et que j’enseignais la gestion hospitalière après avoir enseigné le financement puis la création d’entreprise, je proposais à la direction de l’Ecole de créer une passerelle avec l’Ecole de santé de Rennes, d’où sortent les directeurs d’hôpitaux. Ma demande avait été refusée au motif que les hôpitaux publics ne payaient pas de taxe d’apprentissage, source de financement de l’école. L’ école de Rennes forme à l’administration et non pas au management d’entreprise hospitalière pour laquelle j’ai consacré un demi-siècle de mon existence comme je le raconte dans « Une vie au service de l’hospitalisation privée »
Il est vrai que diriger une structure de soins dans laquelle des médecins exercent leur métier en toute indépendance n’est pas chose facile, je peux en témoigner et j’en ai parlé notamment dans « Je vous ai bien aimés, docteurs ! »
Les médecins .
Certains n’ont pas appris à tenir compte des contraintes économiques et même parfois tout simplement les refusent comme ce « grand patron » lyonnais qui s’était un jour offusqué que le directeur général des Hospices Civils ose lui demander quand il partait en vacances, la gestion des lits, si possible optimale, n’étant pas du tout son affaire.
Je raconte dans mon livre que mon goût pour les ratios et l’utilisation du benchmarking* en agaçaient certains qui me traitaient d’économiste, et même d’économiste aux yeux bleus pour ceux du Midi de la France, terme péjoratif dans leur bouche. Un jour, le PDG d’une clinique privée, chirurgien orthopédiste de son état m’avait demandé de présenter à ses collègues les résultats de l’étude que j’avais faite du coût de fonctionnement de son Bloc opératoire. Je leur avais appris que les consommations de produits consommables y étaient dix fois plus élevées que celles d’une clinique traitant les mêmes pathologies. Leur PDG en avait été alors très contrarié. Un autre exemple : j’avais relevé que le coût des prothèses dans une clinique qui ne les refacturait pas aux patients, comprises donc dans ses prix de journée, était nettement plus élevé que celui des prothèses d’un établissement qui, lui, les refacturait.
Au nom de la Santé n’a pas de prix, on ne s’abaisse pas à parler dépenses. Sous la présidence Mitterand, son ministre communiste de la Santé s’était même écriée : “Je ne suis pas la ministre des comptes ! “ .
Attention, je ne dis pas que dans certains services hospitaliers, il n’y ait pas un manque de personnel, mais la gestion, grâce à une meilleure organisation, pourrait être améliorée. Les syndicats dénoncent systématiquement un manque de moyens, mais ils ne proposent jamais une meilleure organisation. Pour cela il faudrait que les différents acteurs soient suffisamment motivés. Pour les directeurs d’hôpitaux, ce serait possible à mon avis, par contre pour les médecins, il est difficile d’imaginer qu’ils puissent être récompensés pour leurs économies de moyen.
Par contre il faudrait leur faire prendre davantage conscience de la dimension économique de leur activité et donc de leur responsabilité en diminuant le coût de leur exercice comme par exemple:
-Déprescrire à bon escient, chère au Professeur Patrice Queneau inventeur de ce néologisme.
-Intégrer la diététique dans les conseils à leurs malades comme je l’ai conseillé dans mes Blogs du 26 mars et 17 juin 2025 « des médecins qui seraient aussi diététiciens »
-Eviter les examens redondants ou parfois inutiles.
-Quand ils sont hospitaliers , améliorer leurs relations avec leurs collègues de l’établissement où ils exercent et éventuellement avec ceux d’autres établissements où leurs malades ont séjourné.
- Améliorer la qualité et la rapidité de leurs diagnostics et des traitements qui s’en suivent.
Et pour cela continuer à se former, surtout aujourd’hui plus que jamais, avec l’arrivée de l’IA qu’ils devront intégrer demain dans leurs pratiques.
pmazenod@wanadoo.fr
* Définition du DICOMAZ, dictionnaire du management de la santé: “Démarche continue et méthodique d’évaluation de ses services par rapport à ceux d’entreprises très performantes dans le secteur d’activité considéré afin d’améliorer sa position stratégique et satisfaire davantage ses clients.“
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