vendredi 20 septembre 2024

La grande bataille de l'information. Suite

 

Dans mon Blog précédent, je préconisais les mesures que chaque citoyen devrait adopter, à l’exception de la réforme de la Loi  sur la concentration des médias qui relève du Parlement.

Mais il y a des mesures qui ne peuvent être prises que par les Etats, voire pour certaines que par l’Union Européenne.

Récemment les Etats Généraux de l’Information voulus par le Président de la République ont rendu un rapport de 350 pages  dans lequel ils demandent d’agir vite pour disent-ils :  « sauver le modèle informationnel français, maillon essentiel de notre démocratie ». Pour eux les menaces sont l’explosion des fausses informations sur les réseaux sociaux en particulier des « deepfakes », des trucages que laissent diffuser les plateformes et qui manipulent, grâce à l’intelligence artificielle, une vidéo ou un son. Un des plus connus et des plus dangereux est aujourd’hui celui de la publicité  médicale mensongère, faite à leur insu, par des médecins très connus du grand public comme Michel Cymes en France.

Les instances européennes doivent pouvoir sanctionner les plateformes qui ne luttent pas contre la désinformation à l’instar de l’Australie, même si cela ne plait pas à des patrons comme celui de X ex twitter qui l’a traité de fasciste. 

A noter que parmi les mesures proposées par les Etats Généraux de l’Information, celle d’inclure l’éducation aux médias et aux faits scientifiques dans l’Education à l’image de la Finlande où le taux de confiance en l’information est le plus élevé d’Europe.

Des lecteurs m’interrogent

Conscients de leur infobésité, ils se demandent comment ils peuvent essayer de s’en libérer.

-Le premier moyen est de lutter contre l’oisiveté, mère de tous les vices comme dit le proverbe, en trouvant d’autres occupations ludiques ou pas. Dans la cure de désintoxication dont j’ai parlé, on devrait faire découvrir et intéresser les auditeurs à des  activités chronophages qui limitent le temps consacré à regarder des chaînes d’info, écouter des radios et consulter leurs smartphones. Bien sûr, les gens qui aiment travailler de leurs mains sont avantagés.

-Le second moyen est  de s’intéresser aux autres. Un jour dans le TGV de Paris, j’ai fait tout le voyage en compagnie de mon épouse avec assis en face de nous, deux hommes d’affaires qui n’ont pas relevé une seule fois la tête de leur ordinateur, sauf dans les dernières minutes à l’approche de Lyon où nous avons fait enfin fait connaissance, mais hélas trop tardivement.

-Le troisième moyen encore plus radical est de fermer momentanément les sources d’information et ne les ouvrir qu’à une certaine heure, voire que certains jours.

Je recommande au lecteur, qui ne l’aurait pas lu, mon Blog du 17 avril 2019 « Pourquoi je n’écoute plus France Info ».

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jeudi 12 septembre 2024

La grande bataille de l'information

 

Nous devons engager cette bataille et la livrer,  sans relâche et sans faiblir, si nous voulons pouvoir conserver demain nos libertés et sauver notre démocratie en péril.

Aujourd’hui celui qui détient le contrôle de l’Information détient le Pouvoir et les extrémistes de droite quand ils arrivent au Pouvoir comme en Italie, s’empressent de transformer les médias publics en outils de propagande alors que dans l’opposition ils criaient à la censure.

Il nous faut donc :

1/ Tout d’abord bien prendre conscience que :

-Nous sommes manipulés et cela parfois sans le savoir. L’industriel Bolloré, propriétaire de nombreux hebdomadaires,  du Journal du Dimanche, de Paris Match, d’ Europe 1 et de Cnews, lors de la dernière campagne présidentielle, a développé à travers ses médias les thèmes qui lui sont chers : l’Islam, la sécurité et l’immigration. Des thèmes qui ont été repris par d’ autres médias français comme BFMTV et on ne s’étonne plus alors de la progression du vote d’extrême droite dans notre pays.

-La démocratie, telle que nous la connaissons, risque de disparaître ainsi que tous les contre-pouvoirs qui lui sont indispensables. Si le RN arrive aux affaires, l’ARCOM (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) risque de perdre tout pouvoir.

2/ Endiguer la concentration des médias et aider à l’émergence de nouveaux médias indépendants comme Franc-Tireur.

Pour cela, il faut revoir la loi existante sur la concentration des médias datant de 1986 pour la rendre encore plus restrictive. Elle interdit de posséder à la fois une station de radio, une chaîne de télévision et un quotidien, ce qui déjà empêché Bolloré de racheter un quotidien pour ne pas l’enfreindre, ayant déjà les deux autres.

Etant un libéral convaincu, je ne suis pas opposé à la présence de capitaux privés dans les médias, mais dans certaines limites et notamment celle de l’atteinte au bon fonctionnement de la démocratie. Le lancement réussi de Franc-Tireur devrait inciter à la création d’autres médias.

3/ Rendre les médias publiques, financés par nos impôts, indépendants.  

Ils devraient être un contrepoids efficace, mais ils sont, hélas, défaillants parce que ses journalistes, en majorité de gauche, sont plus des militants que des journalistes qui, par exemple, ont voulu s’ opposer à l’arrivée de leur confrère Patrick Cohen jugé par eux trop complaisant avec le Pouvoir actuel, en vérité seulement objectif et compétent. Nous pourrions peut-être aussi parler des journalistes très militants par exemple de Libération, mais ce ne sont pas nos impôts qui les paient et leurs lecteurs partagent leur penchant idéologique, donc ne sont pas trompés sur la marchandise.

4/ Noter les journalistes politiques

J’avais suggéré d’interroger les journalistes politiques dans mon Blog du 20 Juin 2020 :  Et si nous nous décidions enfin à renverser les rôles, et je persiste dans cette idée. Maintenant il nous faut aller plus loin en donnant notre avis sur chacun d’entre eux et même les noter. Un des critères importants serait leur absence ou non de démentis aux  mensonges proférés par leurs invités, des mensonges  appelés pudiquement des contre-vérités.

Selon un sondage réalisé en Janvier Février 2020, à la question : Avez-vous confiance dans les informations données dans les médias, sur 40 pays, la France arrive à l’avant dernier rang avec 23% de réponses positives !  Je ne crois pas qu’en quatre ans les français aient changé d’avis.

5/ Dénoncer  le catastrophisme qui fait vendre

Dans son dernier  livre, « La civilisation de la peur. Pourquoi et comment garder confiance dans l’avenir »* l’essayiste Nicolas Bouzou appelle à résister à cette peur qui nous assaille de tous côtés. Une peur savamment entretenue par les prophètes de malheur dont j’ai déjà parlé dans un Blog précédent, une peur qui fait vendre. Il y a un véritable marché de la peur qui ne cesse de croître. La peur, quand elle est justifiée, peut, bien sûr, être salutaire car elle nous incite à nous protéger, mais celle face à l'avenir est souvent excessive, voire irrationnelle.

6/ Tenter de nous libérer de notre infobésité.

France Info, comme les chaînes en continu, sont les réponses à une addiction aux informations très dangereuse dont nous sommes tous atteints à des degrés divers et dont j’ai parlé dans un de mes précédents Blogs Brèves Chroniques de l’été. Il existera un jour peut-être des cures de désintoxication comme il en existe pour l’alcool par exemple. Il faut bien comprendre que plus nous demandons de l’information, plus les médias nous en fabriquent, même fausses et inutiles.

7/ Combattre le mensonge sous toutes ses formes

Il faut nous rappeler les paroles d’Hannah Harendt citée dans un Blog précédent.

Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges,  mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut pas se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez.“

La bataille de l’information comprend celle de la lutte contre le mensonge devenu une arme redoutable dans les mains de responsables qui n’ont qu’un seul objectif, prendre le pouvoir pour ne plus jamais le laisser, la fin justifiant pour eux tous les moyens. Prenons seulement l’exemple du Brexit bâti sur des informations erronées et de fausses promesses dont les anglais mesurent aujourd’hui les dégâts.

Chacun, à son niveau de responsabilité doit participer à cette bataille, déjà en ne relayant pas des informations dont il n’est pas sûr et en les contrôlant le cas échéant par la consultation d’autres sources. Puis en les dénonçant sans aucune hésitation.

*Aux éditions Xo